09-09-2026 21:46 - A qui incombe la responsabilité de notre précarité ?

A qui incombe la responsabilité de notre précarité ?

Dahane Taleb Ethmane -- Pourquoi persistons-nous à faire de l’État l’unique responsable de la situation déplorable du pays, marquée par la précarité, le sous-développement, la dégradation des services publics, la faiblesse des infrastructures et de nombreux dysfonctionnements, comme si la société elle-même et les citoyens n’y avaient aucune part de responsabilité ?

Ne devrions-nous pas aussi interroger nos propres comportements et nos mentalités de citoyens avec la même exigence que celle avec laquelle nous stigmatisons l’administration, le gouvernement et les institutions ?

Il ne fait aucun doute que l’État assume des responsabilités essentielles auxquelles il ne saurait se soustraire : planifier, gérer, assurer les services publics, faire respecter la loi et veiller à la bonne utilisation des deniers publics‚ entre autres.

Mais il ne peut s’acquitter pleinement de ces missions sans notre contribution, en tant que travailleurs et citoyens. Et la réalité, que nous ne voulons pas regarder en face, est que nous portons, nous aussi, une part essentielle de responsabilité dans cette situation.

Je ne m’appesantirai pas sur notre responsabilité en tant qu’électeurs ayant choisi nos représentants et nos dirigeants. Mais le Président, le ministre, le fonctionnaire, le directeur, le maire, le député, l’entrepreneur ou le travailleur sont bien issus de notre société, qui continue à les façonner à son image.

Il est donc difficile d’attendre des institutions exemplaires d’une société qui ne remet pas en question ses propres comportements et ne fait évoluer ni ses valeurs ni sa conception de l’intérêt général.

Il suffit d’observer notre vie quotidienne dans ses détails les plus ordinaires et dans les manifestations les plus élémentaires du civisme, de la modernité et de la discipline collective.

Le constat est tout simplement écœurant. Nous jetons nos déchets dans les espaces publics sans nous en soucier, respectons rarement les règles de circulation, stationnons nos véhicules de manière désordonnée et nous préoccupons peu de la propreté devant nos maisons, celle de nos rues et de nos quartiers. Nous exigeons une ville propre tout en contribuant nous-mêmes à la salir ; nous dénonçons le désordre tout en participant à son entretien. Ce sont là des indicateurs qui ne trompent guère sur le degré de civisme d’une population.

Dans le monde du travail, le respect des horaires, la recherche de la productivité, la qualité du travail et la préservation des biens publics ne figurent guère parmi nos préoccupations. En revanche, nous consacrons une grande partie de nos efforts à rechercher des avantages et des privilèges qui ne sont pas proportionnés au travail fourni ni aux résultats obtenus. Nous dénonçons le favoritisme, mais cherchons volontiers à en bénéficier dès qu’une occasion se présente.

Dans l’espace public, l’invective, la plainte permanente et les jugements à l’emporte-pièce sont devenus notre distraction favorite, celle que nous maîtrisons le mieux, y compris lorsque nous connaissons mal le sujet dont nous parlons ou ignorons les circonstances qui l’entourent. Nous exigeons de l’État transparence, discipline et compétence, exigences parfaitement légitimes et nécessaires, s’il en est, mais nous ne nous imposons pas à nous-mêmes le même niveau d’engagement, de responsabilité, de respect de la loi et de souci de l’intérêt général.

La construction d’un État moderne ne repose pas seulement sur l’adoption de lois, la création d’institutions, l’affectation de budgets et leur bonne gestion. Elle suppose également un citoyen moderne dans son comportement comme dans sa conscience ; un citoyen qui comprend qu’à chaque droit correspondent des devoirs, que la chose publique est aussi la sienne, que la rue est le prolongement de son domicile, que le respect des règles n’est pas une restriction de la liberté mais l’une des conditions de son exercice, et que le travail est d’abord une responsabilité avant d’être simplement une source de revenus.

On ne peut donc dissocier la réforme de l’État de celle de la société, pas plus que l’on ne peut moderniser durablement les institutions sans faire évoluer les comportements et les mentalités. L’État n’est ni une réalité étrangère à nous-mêmes ni une entité séparée de la société : ses fonctionnaires, ses responsables et ses élus sont issus de nos rangs et portent, dans une large mesure, les valeurs, les réflexes et les pratiques du milieu dont ils proviennent.

En définitive, l’État auquel nous aspirons ne se construira ni par la seule critique ni en attendant que la réforme commence toujours par les autres. Il se construira lorsque chacun de nous acceptera de revoir son propre comportement, d’assumer sa part de responsabilité et de respecter la loi ainsi que l’intérêt général.

L’État est, dans une large mesure, le reflet de sa société. Si nous voulons des institutions plus efficaces, plus justes et plus intègres, nous devons également devenir des citoyens plus conscients, plus disciplinés et plus responsables.

Le véritable changement commencera lorsque nous comprendrons que l’amélioration de la situation de notre pays n’est pas seulement une revendication adressée à l’État, mais une responsabilité collective à laquelle chacun doit participer activement. À défaut, nous continuerons indéfiniment à faire du surplace.

Dahane TALEB ETHMANE



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