13-09-2026 07:40 - Abidjan–Nouakchott : une histoire qui raconte, des faits qui attestent

Abidjan–Nouakchott : une histoire qui raconte, des faits qui attestent

LE RÉNOVATEUR QUOTIDIEN - Des liens noués aux premières heures des indépendances aux convergences diplomatiques d’aujourd’hui, la Côte d’Ivoire et la Mauritanie donnent progressivement un contenu nouveau à une relation ancienne. Il y a l’histoire, celle des pères fondateurs. 

Et il y a les faits, ceux qui donnent aujourd’hui un contenu concret à la relation. Entre Abidjan et Nouakchott, le rapprochement ne relève donc pas seulement d’une mémoire diplomatique entretenue au fil des décennies.

Il se traduit désormais par des positions communes, des soutiens dans les échéances africaines, des échanges humains et économiques et, plus récemment, par une volonté de renforcer la coopération culturelle.

La décision prise mercredi 9 septembre 2026 par le Conseil des ministres ivoirien de ratifier l’accord culturel signé le 9 décembre 2025 entre la Côte d’Ivoire et la Mauritanie s’inscrit dans cette dynamique.

Le texte entend structurer les échanges artistiques et culturels, favoriser la mobilité des créateurs et encourager les coproductions cinématographiques et audiovisuelles. Il ouvre également des perspectives dans la musique, le montage, le design et le numérique.

Un accord culturel, en apparence technique, mais qui prend une autre portée lorsqu’il est replacé dans l’histoire longue des relations entre les deux pays.

Une histoire qui commence avec les pères fondateurs

La Côte d’Ivoire et la Mauritanie accèdent à l’indépendance en 1960. Dans cette Afrique nouvelle, les dirigeants de la première génération doivent à la fois consolider leurs États et construire des relations entre des pays dont les frontières et les institutions viennent à peine d’être établies.

Félix Houphouët-Boigny et Moktar Ould Daddah appartiennent à cette génération fondatrice. Leurs pays sont différents, leurs priorités ne sont pas toujours identiques, mais ils partagent une même conviction : les jeunes États africains ont besoin de dialogue, de solidarité et de coopération.

Entre les deux hommes, la relation dépasse d’ailleurs le strict protocole. Après le renversement de Moktar Ould Daddah en 1978, Houphouët-Boigny lui apporte son soutien.

Ce souvenir appartient désormais à l’histoire, mais il permet de comprendre la profondeur particulière de certains liens entre Abidjan et Nouakchott.

Une histoire également écrite par les communautés

Cette relation n’a cependant jamais été l’affaire exclusive des présidents et des diplomates. Dès les premières années de l’indépendance, une importante communauté mauritanienne s’installe en Côte d’Ivoire. Commerçants, entrepreneurs et opérateurs économiques y développent leurs activités et y créent progressivement des attaches familiales et sociales.

Pour de nombreux Mauritaniens, la Côte d’Ivoire devient au fil du temps une destination familière, au point d’être couramment désignée sous le nom de « Sahel » dans certains milieux. Cette appellation populaire, qui ne constitue évidemment pas le nom officiel du pays, témoigne néanmoins de la profondeur des relations humaines et commerciales nouées avec la Côte d’Ivoire.

Le mouvement s’effectue également dans l’autre sens. La communauté ivoirienne installée en Mauritanie constitue aujourd’hui un autre trait d’union entre les deux pays. Présente notamment à Nouakchott, elle participe à la vie économique et sociale et s’est progressivement intégrée dans son environnement.

Ces communautés sont, à leur manière, des acteurs de la relation bilatérale. Elles ont souvent fait la diplomatie avant que celle-ci ne soit formalisée par les États.

Des faits qui actent une proximité diplomatique

Cette histoire ancienne trouve aujourd’hui une traduction dans les faits.

La Côte d’Ivoire a notamment accompagné la candidature de Sidi Ould Tah à la présidence de la Banque africaine de développement. Son élection, en mai 2025, à Abidjan, a constitué un succès majeur pour la Mauritanie et un moment révélateur des convergences africaines entre les deux pays.

La dynamique se retrouve également autour de la candidature de Coumba Ba au poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie. Au-delà du résultat de cette échéance, la mobilisation diplomatique autour d’une candidature mauritanienne illustre la recherche d’appuis et de convergences au sein de l’espace africain et francophone.

Ces dossiers donnent un contenu concret à la relation. Ils montrent qu’au-delà des déclarations d’amitié, les deux capitales peuvent se retrouver lorsque des enjeux africains et multilatéraux sont en jeu.

Le dialogue pour dépasser les aléas

La relation n’est évidemment pas exempte de difficultés. Comme dans tout rapport entre États, des questions administratives, migratoires ou économiques ont pu provoquer, à certains moments, des incompréhensions.

Mais ces épisodes conjoncturels n’ont pas effacé le fond du partenariat.

La tenue à Nouakchott, en juillet 2025, de la première session de consultations politiques régulières entre les deux pays a précisément marqué la volonté de consolider le dialogue, d’examiner les difficultés et d’identifier de nouveaux domaines de coopération.

La visite du ministre ivoirien des Affaires étrangères, Léon Kacou Adom, à Nouakchott dans ce contexte a également contribué à donner une nouvelle impulsion aux relations bilatérales. Le choix est donc clair : les difficultés peuvent être discutées, mais elles ne doivent pas occulter l’essentiel.

La culture : un nouvel acte dans une relation ancienne

C’est dans cette logique que s’inscrit l’accord culturel ratifié par Abidjan.

Après les liens politiques, les échanges commerciaux, les mobilités humaines et les convergences diplomatiques, la culture constitue un nouveau terrain pour approfondir le partenariat. Cinéma, audiovisuel, musique, design, numérique : autant de secteurs où les échanges peuvent désormais être davantage structurés.

L’objectif n’est pas seulement de multiplier les manifestations culturelles. Il s’agit aussi de favoriser la circulation des artistes et des professionnels, les coproductions et l’émergence de nouvelles opportunités économiques.

Pour la Mauritanie, la Côte d’Ivoire représente un important espace culturel et économique en Afrique de l’Ouest. Pour Abidjan, Nouakchott ouvre sur un espace sahélien avec lequel les liens humains, commerciaux et historiques sont anciens.

La culture peut ainsi devenir un instrument de rapprochement des sociétés autant qu’un secteur économique à part entière.

L’histoire raconte, les faits actent

Soixante-six ans après les indépendances, Abidjan et Nouakchott disposent d’un capital historique que les changements de génération n’ont pas effacé.

Mais l’histoire ne suffit pas. Elle doit être prolongée par des actes.

Les soutiens diplomatiques, les consultations politiques, les communautés établies de part et d’autre et, désormais, l’accord culturel constituent autant de signes d’une relation qui cherche à passer d’une proximité héritée à un partenariat davantage structuré.

L’histoire raconte la profondeur du lien. Les faits en actent aujourd’hui la continuité.

De Houphouët-Boigny et Moktar Ould Daddah aux générations actuelles, la relation entre Abidjan et Nouakchott change ainsi de registre sans renier son passé : moins fondée sur la seule mémoire d’une amitié ancienne, elle cherche désormais à s’appuyer sur des actes, des intérêts partagés et des projets concrets.





Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité


Commentaires : 0
Lus : 187

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (0)