25-10-2026 16:03 - Editorial : A quoi rime la décision du ministre de la culture au sujet du français ?
INITIATIVES NEWS - La fameuse circulaire du tout nouveau ministre de la culture imposant l’arabe comme langue unique autorisée pour les correspondances administratives adressées à son Cabinet a eu l’effet d’une bombe.
Au-delà du tollé suscité par cette décision en porte-à-faux avec l’esprit d’ouverture et le pragmatisme affiché par le gouvernement, elle soulève beaucoup d’interrogations.
Comment en est-on arrivé là ? S’agit-il d’une décision concertée et mûrement réfléchie ? A-t-on mesuré ses conséquences néfastes aussi bien sur le plan intérieur qu’au niveau international ?
Le ministre avait-il besoin d’une entrée sur scène aussi fracassante ?
En effectuant un tel coup de com n’a-t-il pas mis le gouvernement dans l’embarras en lui rendant un mauvais service ?
A-t-il le droit d’interdire l’usage du français pour satisfaire sa carence linguistique en la matière et partant créer une situation ingérable et piétiner le droit de milliers de francophones qui sont un pur produit du système éducatif national ?
Quoiqu’il en soit, cette décision ministérielle a eu le mérite de remettre la question de la langue de travail au-devant de la scène.
Il s’agit en effet d’une question récurrente qui revient à intervalles réguliers dans les débats, aussi bien dans le secteur de l’éducation pour ce qui est de la langue d’enseignement que pour l’administration.
Il convient de rappeler que depuis l’indépendance du pays et jusqu’au jour d’aujourd’hui, le français a toujours occupé une place de choix au sein de l’administration et de l’armée.
Cette situation n’a pas toujours été du goût d’une certaine « élite » arabophone formé dans les mahadras et dans les universités égyptiennes, syriennes, irakiennes, libyennes….
Les cadres issus de cette catégorie profondément imbus d’idéologies panarabistes importées ont ouvert un front contre le français et les francophones considérés à tort comme les membres de la 5ème colonne impérialiste au service de l’Occident.
Ces panarabistes purs et durs qui ont coulé notre système éducatif en imposant une arabisation au rabais ont réussi à noyauter le système politique, administratif et sécuritaire, en occupant une bonne partie des leviers de commande.
Ainsi, grâce à ce rouleau compresseur, ils ont réussi à imposer leur loi et leur orientation pour le pays.
Seulement, il en fallait beaucoup plus pour déboulonner définitivement le français du pays et le rayer de la carte.
Il se trouve que la tâche s’est avérée beaucoup plus ardue qu’ils ne l’imaginaient.
En effet, malgré la décision constitutionnelle de 1991 faisant de l’arabe la seule langue officielle, le français demeure une langue principale de fait au niveau de l’administration, de l’armée et du secteur privé.
Et au niveau des organisations internationales présentes en Mauritanie, c’est la langue de travail.
Au niveau du ministère de l’intérieur, le fameux service RAC qui communique sur toutes les activités de l’administration territoriale, travaille en français.
Au niveau de toutes les administrations techniques, on travaille en français.
Et même au niveau du parlement et au-delà, la plupart de nos lois ont été rédigées en français avant d’être traduites en arabe.
Et pour la petite histoire, la plupart de nos responsables, pour se donner de l’importance, au cours des visites présidentielles ou ministérielles sur site, s’efforcent à lancer des mots en français pour se montrer plus sérieux.
Et même notre premier ministre qui n’est pas francophone tombe dans ce jeu.
Par ailleurs, le président de la République, il arrive qu’il prononce ses discours en français. Et c’est un francophone qui se sent plus à l’aise en parlant français. Et c’est normal et naturel.
Les arguments mettant en exergue l’importance du français ne manquent pas.
La politisation de la langue ne nous avance en rien. Un ministre et tout responsable qui se respecte doit au moins maîtriser au moins le français et l’arabe.
Et il est temps de lever l’équivoque sur le statut du français qui est une langue qui fait partie de notre histoire, de notre patrimoine et de notre vécu quotidien.
Bakari Gueye
