22-06-2008 09:52 - Système éducatif mauritanien et Approche par les Compétences transversales : les hics!

Système éducatif mauritanien et Approche par les Compétences transversales : les hics!

L’approche par les compétences transversales met en avant le développement à l’école de toutes les connaissances sociolinguistico-culturelles, expériences et savoir-faire des apprenants.

Dans cet article, j’essayerai de la décrire et de l’étudier à travers les questions suivantes en ce qui concerne le système éducatif mauritanien : approche par les compétences transversales pour quels enseignants, pour quels élèves ? Où se situent les problèmes? Quelles solutions ? Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, je m’attarderai sur cette notion de transversalité.

D’abord, il s’agit d’une volonté de réorientation des apprentissages et ce, en vue de les rendre plus actifs et moins éloignés de l’univers de connaissances des apprenants. Ainsi, au lieu de leur faire subir des apprentissages magistraux, théoriques et décontextualisés, les élèves se verront invités à résoudre des situations de problèmes en rapport avec leur vie quotidienne.

A cet effet, les apprenants sont actifs et moteurs dans leur acquisition du savoir. On est donc en présence d’une interaction qui valorise la participation active des élèves au bénéfice de la pratique orale de la langue d’apprentissage « Pédagogie participative » d’une part, et d’un enseignement pratique axé sur les expériences des enfants, d’autre part.

Ensuite, une prise en compte des compétences de vie des enfants est indispensable dans les apprentissages, car l’enfant mauritanien sait faire et dire des choses dans sa langue maternelle et, compte tenu de la multitude des communautés linguistiques, l’interculturalité doit être un atout pour tous les enfants.

Mais pour tirer le profit optimal d’une telle opportunité, il faut avoir l’audacieuse volonté de chercher à connaître, pour mieux l’apprécier et librement l’aimer, chacune des sphères mises en présence dans le choc bénéfique des cultures. C’est pour cette raison qu’il serait important de travailler en profondeur sur la relation entre la langue1 (langue maternelle) et la langue 2 (langue d’apprentissage).

Une question à ce sujet : dans quelle langue l’enfant mauritanien réfléchit pendant son apprentissage à l’école fondamentale?

Dans les pays comme la Mauritanie, ce type de pédagogie qui nécessite des moyens importants ne réussit que si les Organismes Internationaux ou les ONG assurent un appui consistant en matière d’encadrement, de formation d’enseignants et d’apports en termes d’infrastructures et de matériels.

Pourtant, des sommes colossales ont été mobilisées par les différents partenaires de développement pour résoudre les multiples problèmes du système éducatif mauriatnien mais malheureusement les résultats qualitatifs sont loin d’être atteints. Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné?

En tout cas, nul n’ignore que l’on a une école à deux vitesses qui augmente l’élitisme et qui agrandit ainsi le fossé entre les riches et les pauvres. Généralement les enfants des décideurs ne fréquentent pas l’école publique, mieux encore la plupart d’entre eux sont soit à l’école française soit dans les écoles privées prestigieuses. Jusqu’à quand cette injustice sociale va-t-elle continuer?

De plus, les enseignants mauritaniens ont un mal fou à évaluer les acquis de leurs élèves : comment évaluer la compétence de respecter son environnement, celle de rechercher l’information, celle de traiter l’information ou encore celle de la langue de réflexion de l’apprenant?

Il en résulte une certaine insécurisation de l’enseignant, en particulier d’autant plus que le passage d’une année à l’autre est conditionné par les résultats des acquis de l’élève. Une deuxième conséquence , plus importante encore, est que l’enseignant ne dispose pas de base concrète pour apporter une remédiation aux élèves en difficulté, et leur permettre de combler leurs lacunes pour progresser. Ainsi pour que l’approche par les compétences transversales soit efficace il faut absolument :

1. exiger un degré suffisant de qualification de la part des inspecteurs, formateurs et des enseignants ;

2. mettre en place un environnement favorable et des conditions de mise en œuvre adéquates ;

3. rendre l’évaluation représentative des résultats escomptés avec une grille précise des acquis des élèves afin de déterminer le niveau des élèves et remédier ainsi aux difficultés identifiées des élèves faibles.

Il n’y a pas de magie : sans la prise en compte des aspects cités ci-dessus et une expertise sérieuse c’est-à-dire multidimensionnelle, le problème de la qualité des acquis (lire, écrire, calculer, comprendre, raconter, résoudre une situation de problème en groupe…) des élèves mauritaniens ne sera pas résolu et leur niveau sera de plus en plus faible.

C’est pour cette raison que beaucoup d’élèves mauritaniens continuent à quitter l’école en étant incapables d’utiliser de façon efficace ce qu’ils ont appris, ce qui ne leur donne aucune chance de s’insérer dans le tissu socio-économique, d’où l’importance de la mise en place des conseillers d’orientation dès le secondaire en vue d’apprendre à ces enfants un métier et ainsi assurer leur insertion professionnelle.

J’ajouterai en toute modestie les suggestions suivantes (qui sont non exhaustives et qui devraient être étudiées en profondeur) dans la perspective des travaux des Etas Généraux de l’Education :

1. réfléchir en dehors de tout emprisonnement idéologique et de toute sensibilité communautariste ;

2. adapter la méthodologie aux élèves et non l’inverse et prendre en compte leurs univers de connaissances et leur environnement ;

3. prendre en compte le rapport entre la langue 1 et la langue 2 dans l’apprentissage et favoriser le partenariat entre toutes les langues en présence ;

4. réfléchir profondément sur disciplines à enseigner, à la façon de les enseigner , à la façon de les faire apprendre et aux grilles horaires ;

5. trouver de nouvelles façons d’évaluer les enseignants au cours de leur formation ainsi que les élèves ;

6. infléchir la formation et l’encadrement des enseignants ;

7. mettre en place un environnement de travail et du matériel adéquat ;

8. faire prendre conscience à l’enseignant (même à l’inspecteur) mauritanien au cours de sa formation, la lourde responsabilité qui lui incombe ;

9. définir précisément le statut des toutes langues en contact en Mauritanie et enseigner nos langues nationales et les valoriser ;

10. respeceter et responabiliser les acteurs de l’éducation, ne pas prendre de décision importante sans eux, les considérer comme des acteurs et non de simples exécuteurs de directives. Enfin, il est plus que nécessaire d’impliquer de façon effective les parents d’élèves dans la vie de l’école.

En définitive, pour atteindre l’objectif que s’est assigné la Mauritanie depuis quelques années en matière d’éducation « mise en place d’un système éducatif national unifié, performant, efficace et ouvert sur le monde extérieur », les Etas Généraux doivent d’abord commencer par un Etat des lieux Général indépendamment de toute idéologie.

À cet effet, afin de procéder à un diagnostic fiable, les professionnels de l’éducation doivent être mis à contribution, d’abord pour identifier les vrais problèmes et clivages et ensuite pour proposer une batterie de mesures et de stratégies paliatives en rapport avec les orientations préalablement bien étudiées. Enfin, rappelons que le système éducatif est avant tout et surtout une affaire des professionnels de l’éducation et qu’il constitue le premier enjeu de développement.

Par ailleurs, je souhaiterais avoir l’avis des uns et des autres sur ce site forum en posant la question suivante: compte tenu de l’importance du secteur de l’Education et de la complexité des problèmes en présence, la voie référendaire ne serait-elle pas judicieuse au sujet de certaines orientations de notre système éducatif?

Bayal SY, enseignant chercheur
Liberec, République Tchèque

Source : Bayal SY
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