08-02-2012 16:02 - Sur la route de Wadane (2).

Sur la route de Wadane (2).

Le front dunaire se dessine loin à droite. Il se rapproche parfois de la route qu’il occupe de temps en temps. A gauche, ce sont les étendues plates de l’Aftout (Avolle) sur les premiers cinquante kilomètres, de l’Inchiri ensuite.

La monotonie des paysages n’est rompue qu’à quelques 45 km de la ville d’Agjawjet (Akjoujt) à l’apparition de Temaagouth, la dernière montagne au sud selon le parler berbère de ces contrées. C’est que la toponymie est le seul lieu de conservation de cette langue qui n’est plus parlée que par des minorités qui s’en cachent d’ailleurs. Des villages éparpillés sur la route qui ont troqué justement les anciennes appellations pour d’autres, plus arabisés, plus «convenables» à l’air du temps.

Ce n’est pas le propre de cette route, mais quelque chose qu’on voit partout en Mauritanie : Bavrayshiya qui devient Dubai, Dhbay’iyaat devenant Al Açmaa, Oumkreye devenant Elbeledou Ettayib… partout…

Et puis Agjawjet (Akjoujt), ville minière qui semble avoir l’âge de la chaîne des Mauritanides dont les affleurements l’entourent. Le plus vieux relief du monde a fini par marquer de son poids cette ville surgit de nulle part.

Si l’on excepte quelques trois ou quatre – au plus cinq – maisons bien bâties, on peut facilement oublier que cette ville a vu des milliards de dollars extraits des entrailles de ses montagnes (avec le cuivre et l’or) ; qu’elle a fourni aussi plus de 70% des cadres ayant eu à gérer l’économie nationale soit en tant que hauts fonctionnaires (ministres des finances, de l’économie, des mines, des pêches…, gouverneurs de la Banque Centrale, dirigeants de grands projets, directeur de la SNIM…), soit en tant qu’hommes d’affaires ayant ou non bénéficié de l’époque des «généreux» prêts bancaires. En termes de richesses, l’époque de la prédation devait avoir plutôt bénéficié aux ressortissants de cette région.

La ville a dû son existence aux mines. Elle doit beaucoup à quelques-uns de ses fils qui ont refusé de l’abandonner. On vous cite aisément Maurice Benza qui fut son député, Abeydi Ould Qarrabi qui fut son maire, ses populations laborieuses qui ont tenu sur place malgré l’exode des plus forts, malgré la fermeture des mines dans les années 80 et 90, malgré l’état des routes tout ce temps-là…

C’est le lieu de rendre hommage ici à ces dizaines de personnes qui ont continué à fouiller, bêcher pour cultiver une terre de plus en plus ingrate, pour produire quelques carottes, quelques tomates, maintenir en vie une palmeraie qui demandait plus d’efforts chaque guetna…

Yaghref… on comprend ici pourquoi les habitants de l’Adrar ont une longueur d’avance sur les autres habitants de l’espace Bidhâne : la valeur du travail. Ici, on cultive son jardin. Quel qu’en soit le prix. En plein désert, au milieu de nulle part, au loin se dessine déjà le mur du plateau de l’Adrar. Tout le monde semble s’occuper. Les cultures, malgré le déficit pluviométrique, ont été bonnes. C’est ce qu’on vous dit. Les troupeaux de chameaux sont lâchés dans les champs et les réserves fourragères de l’hivernage passé. Une exploitation maximale des dons de Dieu.

Ayn Ehl Taya… même ambiance, celle où le travail est une valeur et non une torture. Il est vrai qu’il y a eu un coup de main heureux, mais n’empêche, le fonds était là. D’ailleurs, comme dit Pasteur (ou Pascal, je ne sais plus) : «le hasard ne favorise que les esprits préparés». L’apport extérieur ne peut vouloir dire quelque chose que si, déjà sur le terrain, existe une volonté de bien faire.

Mohamed Fall Oumeir

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Commentaires (3)

  • Ibadou (H) 08/02/2012 17:34 X

    Encore un grand bravo à notre ami Ould Oumeir ! Je t’assure que ces carnets de voyages sont plus profitables que la plupart des thèmes développés au cours de ces cérémonies très parcimonieuses de festival de villes anciennes. Ces récits nous mettent au cœur du vécu et de la vivacité de ces villes qui sont d’abord bien nommées dans leur originalité qui a souvent manqué aux bâtisseurs actuels imbus de biens mal acquis, reniant leur histoire et valeur pour se tourner vers des chimères qui ont pour noms Doubai, Bagdad, Oumoul Khoura etc. .

    Et le résultat est là de la centaines de ces fossoyeurs des institutions de l’Etat mauritaniens, tu n’en sors qu’un seul nom à savoir Monsieur Maurice Benza qui a pensé à revenir, ou n’a pas oublier d’où il venait.

    Aussi, saluons la labeur de la population de l’Adrar à qui on fait un procès de mauvaises intentions, en voulant rattacher leurs privilèges à l’action du dictateur Ould Taya, alors qu’ils les portent d’abord à leurs efforts dans le travail et dans leur esprit d’entrepreneurs. Ce qui me permet d’être d’accord avec Oumeir, Pascal ou Pasteur à savoir que «le hasard ne favorise que les esprits préparés».

  • KANTAKI (H) 08/02/2012 17:07 X

    respecté Mouhammad Vall O'umeir, si l'on s'en tient à votre volonté de transcrire les noms de villes ou village selon votre tempérament ou vos états d'âme. Les noms propres sont des noms propres.

    Wadane s'écrit Ouadane et non Wadane. Akjoujt ce n'est pas la transcription que vous en avez faite. Mais vous êtes bien donc un mauritanien! Vous prenez vos sentiments pour des réalités et tels que nous autres vous avez très peu de respect poir les conventions.

    Cela dit, nous sommes restés sur notre faim. Vos descriptions sont aussi maîgres que les chacals de Oualata, pardon "Walatta" et vous avez ramenez de si beaux titres à des commentaiures peu amènes sur les choses set sur les gens.

    Que de beaux paysages vous aurez pu nous faire découvrir et vous auriez pu à souhait nous faire rever mais savez seulement le faire?

    Bien amicalement

  • Elwatani70 (H) 08/02/2012 17:02 X

    bien vu como siempre