03-11-2013 08:17 - Plume : c’est quoi la plume, l’homme de plume et la victime de la plume ?
La plume est « une tige creuse garnie de duvet qui couvre le corps des oiseaux » et qui a, autrefois, servi comme instrument pour écrire (plume d’oie). Plus tard, une autre plume, cette fois-ci en métal taillé en bec, sera la plus répandue dans l’art d’écrire et même de dessiner.
Pour faciliter sa manipulation et la valoriser davantage, on créera divers supports pour la plume (porte plumes) et on l’incorporera dans des stylos de toutes sortes et de tous prix.
Quant aux manipulateurs de la plume, ils sont généralement appelés Hommes de plume et on distingue, parmi eux, les Ecrivains et les Littéraires pour qui l’écriture est une passion que catalysent une prise de conscience de la tragédie des maladies de la société et la nécessité de développer un don ou de rentabiliser un produit intellectuel comparable à n’importe quelle autre marchandise de grande valeur.
L’éveil d’esprit et de la conscience, peut parfois pousser ces écrivains et littéraires à transgresser les frontières de la politique ou s’y investir carrément, mais souvent dans le seul intérêt général. Combiens d’hommes de plume ont marqué l’histoire par leur contribution dans le combat contre des despotes ou des régimes politiques, moins dictateurs, pour les contraindre à privilégier le côté social dans le cadre du socialisme, d’un capitalisme populaire ou d’un système de réformes visant une meilleure justice sociale.
En plus, il y a la catégorie des Journalistes dont une partie se confond souvent avec les Ecrivains et les Littéraires dans la mission qu’ils exercent au service de l’intérêt général ou pour gagner leur pain comme dans le cas de toute autre profession. Le comportement de l’autre partie des journalistes, est différent selon qu’elle exerce sa mission dans le public ou dans le privé.
Généralement les journalistes de l’Etat ou affiliés à des partis politiques sont, par définition, non neutres. En conséquence, ils s’efforcent toujours d’amplifier les réalisations positives des amis et les insuffisances des ennemis ; faire les éloges des uns et vulgariser les erreurs des autres, étant alors une constante dans l’exercice de leur mission de journalistes.
Par contre, ceux qui prétendent être indépendants et neutres -ou essayent de l’être- reconnaissent ce qui est bien dans l’action des forces politiques en compétition et lui font le plaidoyer nécessaire. Aussi, ils décèlent le mal indifféremment de son origine et tentent d’emmener la société à en prendre conscience, à le rejeter, à le combattre par tous les moyens permis et à sanctionner ses auteurs qu’ils soient au pouvoir ou qu’ils s’y opposent.
Dans un ‘’Etat de droit’’ comme le nôtre, la liberté d’expression encourage d’autres Intellectuels et ceux qui s’accrochent à leurs pans, à s’exprimer par écrit sur l’ensemble de questions relatives à la vie de la nation ; le fonctionnement de l’Administration, les inégalités sociales, la mauvaise répartition de la richesse, la chance inégale d’accès aux services de l’Etat, la corruption, faisant partie des thèmes les plus abordés.
La majorité de cette classe, préfère l’anonymat et le travail de l’ombre pour (i) servir loyalement le pays et son peuple ou (ii) s’arranger corps et âme du côté de tout pouvoir en place afin d’obtenir le maximum d’avantages indifféremment du prix à payer. Dans ce dernier cas, il s’agit de ne dire et de ne faire que ce qui garantit la confiante du système et plait à ses multiples organes chargés de suivre la scène nationale, notamment du point de vue politique et sécuritaire.
Une dernière et infime partie de cette dernière catégorie d’intellectuels, croit à un idéal et fait fi, dans son entreprise, de toute éventuelle mauvaise interprétation de leur mobile d’écrire ou du contenu de leur écrit. Face à la noblesse de la mission, cette minorité fait également fi de toute menace qui pourrait résulter des manigances des divers pêcheurs dans les eaux troubles.
Ne risquant ni prison, ni tortures sous le régime du Président Mohamed Ould Abdel Aziz, ces apprentis de la plume -desquels je prétends faire partie- n’épargnent aucun thème dans l’exercice de leur mission, mais respectent soigneusement le droit de réserve et leur méchanceté s’arrête à la limite de la critique constructive.
Combien tout Premier Chef et son système, ont besoin d’un œil extérieur, c'est-à -dire de disposer de l’appréciation du peuple sur l’exécution du pouvoir dans les domaines politique, économique et social ; dans notre pays, ce genre de contributions peut faciliter à ses dirigeants le décryptage des synthèses soumises quotidiennement par les organes habiletés sur les rumeurs de façon générale, les éloges de leurs serviteurs et les critiques objectives ou non, lancées par les ennemis au sein et en dehors de l’opposition.
A propos, ces écrits non complaisants font souvent fâcher, chez nous, ceux qui font partie du pouvoir sans partager certaines orientations chères au Président de la République telles que la lutte contre la gabegie, la limitation du rôle des anciens intermédiaires entre le pouvoir et le peuple, le changement de la classe politique, etc. Ainsi, les auteurs de tels écrits peuvent en tomber victimes dans le seul cas où ces collaborateurs déloyaux de Son Excellence, arrivent à tromper sa vigilance. Autrement, notre pays, démocrate qu’il est, n’a pas de victimes d’opinion, ni dans la rue, ni en prison.
Que les lecteurs me permettent, à cette occasion, d’illustrer mon engagement sur la voie de l’éclairage des décideurs en paraphrasant Frédéric Mistral qui a dit « Chaque année le rossignol revêt des plumes neuves, mais il garde sa chanson ». Il s’agit, pour moi, de garder à jamais ma ligne de conduite en matière notamment d’expression libre sans me soucier de préserver un poste déjà occupé ou d’obtenir une promotion meilleure. N’est-ce pas, l’espoir de tout bon musulman réside en son Dieu le tout Puissant? Dieu dont les messagers de l’heure sur terre ( ) ne font que s’exécuter selon sa seule volonté.
Dr. Sidi El Moctar Ahemed Taleb
Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.
