08-05-2014 21:55 - Mémoire nationale mauritanienne : guerre civile et conquête coloniale au Sénégal.(6)…

Mémoire nationale mauritanienne : guerre civile et conquête coloniale au Sénégal.(6)…

Adrar Info - ….La fin de la monarchie et l’essor de l’islam au Kajoor, 1859-1890. Le conflit de 1874-1875 d’après les sources musulmanes et mourides Les sources musulmanes rappellent également le conflit de 1874-1875.

Les sources proches de Lat Joor suggèrent qu’il répondît à la défaite de cette période en ouvrant sa cour aux notables musulmans du Kajoor qui avaient été jusque-là exclus.

Il pensait ainsi contrebalancer la faiblesse politique qui avait conduit à cette défaite. Cette ouverture aux « notables » débuta seulement après que Lat Joor eut traité avec les traîtres qui avaient menacé son règne. Le petit-fils de Lat Joor rappela la répression des musulmans qui avaient pris parti pour Amadou :

« Peu après la guerre, Lat Joor conduit une embuscade contre quatre marabouts de Louga qui s’étaient rangés du côté de l’envahisseur. Il les tua pour avoir apporté l’esprit de rébellion chez les autres marabouts, parce que cet esprit de rébellion avait affaibli le Kajoor et ruinée l’autorité du Dammel. [1]»

Les sources mourides qui retracent la vie d’Amadou Bamba traitent de ces événements à cause de leur importance dans la vie à la fois de Momar Anta Sali et de son fils.

Ici, c’était le père qui était important. Le plus important commentaire mouride sur les événements de 1875 commence avec le récit de la controverse, au sein des musulmans, autour de la guerre entre le Kajoor et Amadou Seexu.

Le passage commence par mettre en doute la sincérité du jihâd. « Amadou Seexu, un homme venu du Fuuta, qui prétendait mener une guerre sainte contre les souverains du Kajoor afin de les convertir à l’islam en dépit du fait qu’ils aient prié, jeûné et prononcé le témoignage.

Allâh sait le mieux ce qu’il en était.[2] »
(Mbacké 1980 (1) : 604). Cette déclaration rappelle que tous les musulmans ne soutenaient pas le jihâd au Kajoor. Après la guerre, une controverse se déclencha parmi les musulmans pour savoir si les vainqueurs pouvaient mettre en esclavage leurs ennemis défaits.

Le père d’Amadou Bamba soutint que la guerre avait été une guerre entre musulmans, et qu’ainsi aucun prisonnier ne pouvait être mis en esclavage et que les vaincus devaient être renvoyés chez eux. La cour ignora cet avis et trouva d’autres juges musulmans qui décidèrent qu’il était légitime de mettre en esclavage les prisonniers et de saisir leurs propriétés.

Les sources mourides condamnent également la manière dont Lat Joor réprima les musulmans du Kajoor qui avaient pris parti pour l’ennemi. Amadou Bamba raconta à son fils Bachir qu’il avait vu un jour les corps de Muhammad Fati et de Alé Lô alors qu’il visitait la cour à la demande de son père.

Les deux hommes étaient issus de familles musulmanes influentes de Njambur, que possédaient de titres et de positions de pouvoir. Ils avaient été exécutés après avoir été traînés en captivité. Amadou Bamba dit : « Lorsque je m’arrêtais devant les deux corps, je perdis le peu d’attachement que j’avais encore vis-à-vis de ce monde. » (Mbacké 1980 (2) : 56-57). Cette histoire se situe clairement dans le cadre des séquelles de la guerre de 1875.

Les traditions mourides permettent d’expliquer la raison pour laquelle Majaxate Kala remplaça Momar Anta Sali. Kala était renommé par son habilité pour réconcilier la loi islamique avec les coutumes du Kajoor. Dans une décision juridique controversée, Kala autorisa Lat Joor à collecter des taxes des musulmans destinés à donner l’aumône (en wolof assaka [de l’arabe zâkat]) aux pauvres[3].

Plus importante encore, la nomination de Majaxate Kala pouvait être considérée comme un geste au parti musulman (Diop 1966 : 520). La question la plus prégnante et concrète concernait le statut du butin de guerre prit au cours du conflit du Kajoor avec Amadou Seexu. Majaxate Kala indiqua que le combat du Kajoor était justifié et légitima la saisie du butin de guerre aux fidèles musulmans, ainsi que la mise en esclavage des prisonniers.[4]

Comme je le notais précédemment, Lat Joor revint au pouvoir avec l’aide conditionnelle du parti musulman, mais il ne fut jamais capable de remporter leur total soutien. Lorsqu’il envahit le Bawol, en 1873, les musulmans crurent qu’il avait trahi l’alliance qui l’avait placé sur le trône. En conséquence, une partie importante de la faction musulmane soutint l’invasion du Kajoor par Amadou Seexu en 1875.

À la fin de la guerre, des nouvelles questions et des nouveaux conflits émergèrent. La manière dont Lat Joor avait brutalement supprimé les traîtres musulmans et sa décision de mettre en esclavage ses ennemis vaincus furent âprement critiquées.

Ses tentatives de gagner l’aide du parti musulman en retirant Demba War Sall du pouvoir furent également critiquées comme une réelle ingratitude par ceux qui se rappelaient l’attitude héroïque de Demba dans la guerre contre Amadou. Sa décision de nommer Kala comme juge en chef lui rapporta quelque soutien au Kajoor, mais elle fut perçue par d’autres comme un signe d’opportunisme et de manque de foi véritable. Par-dessus tout, Lat Joor dû affronter le futur sans le soutien de Demba War Sall et des esclaves royaux, qui l’avaient mis sur le trône.

A suivre…/



Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Commentaires : 1
Lus : 2360

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (1)

  • dienguery (H) 09/05/2014 11:05 X

    Article au titre pompeux, mais vide et peu instructif. L'histoire est une science exacte, ne se fait pas historien qui veut, et le moyen d'expression doit être maitrisé, alors que ce texte est un ramassis de on-dit, de personnages qui n'avaient aucune importance historique au moment des faits.