25-08-2014 02:13 - Littérature : L’ancêtre est sur l’île par Bios Diallo

Littérature : L’ancêtre est sur l’île par Bios Diallo

Agence d'Information d'Afrique Centrale - L’écrivain mauritanien Bios Diallo, qui était au festival Feux de Brazza, rencontre par hasard son homologue Gabriel Okoundji.

Comme en leur temps Césaire et Senghor avaient tissé un pacte dans la découverte, le Mauritanien trouve l’opportunité de replonger dans l’œuvre de notre compatriote. Un poète revisite un poète en terre congolaise !

Gabriel Mwènè Okoundji et moi, nous nous connaissons depuis le début des années 2000. Mais ailleurs, quelque part à travers les ruelles du monde. 

Nous sommes nombreux à courir les salons du livre, festivals, colloques en France, en Allemagne, en Finlande, aux États-Unis… mais rarement sur nos propres terres.

Et souvent avec l’injure dans les arbustes : « Frère, rappelle-moi encore, tu es de quel pays ? » De… « Ah oui, je suis con, Djibouti, tu me l’as souvent répété en plus ! » Oui, nos identités écorchées.

Du coup, lorsque le samedi 2 août, je pose la main sur l’épaule de Gabriel Okoundji, en pleine flânerie dans le jardin de la mairie de Mfilou où se tient la cinquième édition du festival des musiques traditionnelles Feux de Brazza, c’est avec un cri strident que l’enfant d’Okondo me tient : « Ah, ah, le Mauritanien, l’ami mauritanien ! »

Le désormais citoyen de Bègles, sur les rives de la Garonne en France, me présente à ses amis. Puis on se remet dans les bras l’un de l’autre ! La suite dans une dédicace : « Bios, une magie de la terre de te trouver ici à Brazza [… ] J’attends de découvrir le souffle des terres mauritaniennes. » Je donne ma parole à l’une des rencontres littéraires Traversées mauritanides que j’anime depuis 2010 en Mauritanie.

Gabriel m’explique la raison de sa présence au pays. Il est l’invité des Dépêches de Brazzaville et de Télé Congo. Au menu : émission télé avec le journaliste Sauve G. Malanda, interviews et dédicaces. Plus qu’une promotion, une reconnaissance ! Cela fait chaud au cœur. Et pour cause. À dix ans, Gabriel Okoundji est désigné mwènè, l’héritier de la parole du clan.

En 1983, il se rend en France pour des études. Après l’université de Bordeaux, il ouvre un cabinet dans les cordes de sa formation en psychologie clinique. Mais l’horizon est ailleurs. Gabriel est habité par l’écriture depuis son intronisation. Il doit traduire par les mots le souffle des ancêtres.

Et c’est la poésie qui sied le mieux, pour lui, à la trame des enseignements transmis par tante Bernadette Ampili et papa Pampou. Quand Ampili décède en 1994, l’urgence de fixer les vestiges s’impose. Ce sera le début de l’écriture essentielle. Dire les choses, nommer certaines, conserver le secret pour d’autres.

Gabriel Okoundji publie en 1996 Cycle d’un ciel bleu, puis Second Poème en 1998. Partout les signes et confessions de l’arbre, l’eau, la ligne du fleuve… Tout est langage et discours, « danse de l’orphelin sous le regard du destin », puisque « le feu avait fini de prendre la branche.

Pour l’éternité »
, comme il le confesse. Aux ancêtres, l’initié est reconnaissant : « Mon âme est l’empreinte de votre volonté […] Me tenir debout au-devant de votre noblesse, c’est ma force », écrit-il dans le Cycle. Ce qui lui ouvre les racines nourricières de la terre et leur pacte sélectif.

Devant les vagues du fleuve, l’arme est modeste : « Qui n’a pas d’enfant, n’a pas d’ancêtres / qui n’a pas d’ancêtres, n’a pas de parole ». C’est entendu : l’auteur de Bono, le guetteur de signes travaille dans « la coquille de l’énigme ».

Le mwènè veille sur Olounga, le monde des Tégué. Disons-le : l’ancêtre est sur l’île ! Et celle-ci est vaste : le Sang de panthère, kwan go, dépasse les seules rives de la République du Congo. Vent fou me frappe et Au matin de la parole bravent les frontières. Autrement dit, tel le vers qui dit que « le monde entier repose sur les genoux d’une fourmi », la terre de Mpana est le « soleil qui dénude les ténèbres ».

Gabriel Okoundji poursuit son chemin, avec des blessures souvent. On retrouve les stigmates, « le proverbe de la douleur », dans Gnia, ma moni mè, Chants de la graine semée. Mais L’Âme blessée d’un éléphant noir n’abdique pas. Il consolide l’énergie, reste debout. Avec Souffle de l’horizon Tégué, destinée d’une parole humaine, il obtient en 2008 le prix Coups de cœur de l’Académie Charles-Cros.

Prière aux Ancêtres remporte la même année le prix Poésyvelynes ; en 2010, le Grand Prix littéraire d’Afrique noire récompense l’ensemble de son œuvre, puis le voilà en 2014 récipiendaire du prix Senghor pour la poésie et du prix Mokanda. Et justement le professeur Jacques Chevrier, spécialiste des littératures africaines, lui consacre un ouvrage nourri, Gabriel Okoundji poète des deux fleuves.

Lire et voir Gabriel Mwènè Okoundji est un bonheur, car l’auteur de La mort ne prendra pas le nom d’Haïti n’est qu’au début de son écriture.



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