18-10-2014 01:45 - Un nomade en Chine : Francophobie ou 'Francojolie', n’a pas de sens…

Un nomade en Chine : Francophobie ou 'Francojolie', n’a pas de sens…

Adrar-Info - Le monde est petit… mais pas la Chine. En tout cas pas le mandarin, ni d’ailleurs les autres langues parlées à travers le monde. Celles que je pratique, ne font pas exception, même si l’une ou l’autre d’entre elles fait parfois débat, comme c’est un peu le cas actuellement au sein de mes amis sur face book.

Francophonie, francophilie, francophobie, des mots tellement répandus autour de moi. Ils participent de la structuration du fonds et de l’entourage culturels qui me façonnent. Je les vis au quotidien, plus ou moins intensément. Et pourtant, je ne comprends pas toujours pourquoi est-ce qu’ils suscitent parfois tant de controverses, de passions… ou d’importance.

La confusion a atteint son paroxysme, quand hier, quelqu’un très lié à moi, qui m’accompagne, «collé à ma peau », comme mon ombre, me souffla à l’oreille deux autres mots qu’il venait manifestement de créer sur le même modèle : francofolie et francojolie.

Je m’efforçais, non sans peine, de me les expliquer. Puis, au bout d’un moment d’effort vain, je renonce, orientant ma réflexion dans une autre direction, moins créative certes, mais plus simple et moins pénible à suivre.

Peu importe en effet pour moi la signification, l’intérêt ou la portée de l’invention incertaine de cet interlocuteur anonyme, qui me parait de temps à autre un peu ‘’déjanté’’. Il me rappelle quand même que la langue de Molière fascine toujours. Mais là aussi, qu’y a-t-il vraiment d’original, me demandai-je ?

N’est-ce pas, c’est le cas de toute langue dynamique, qui se refuse au dogmatisme, qui s’ouvre aux autres.

Une langue, n’est-elle pas l’être immatériel le plus vivant, le véhicule de tous les autres êtres ou objets, matériels ou non ! Perçue comme tel, elle exerce inévitablement un vif attrait sur les gens, les éblouit… tout le monde voulant la pratiquer.

Que certains y voient un « ami » ou un « ennemi », parce qu’elle joue son rôle, n’a pas de sens. Ce n’est pas elle que l’on doit condamner ou que l’on doit glorifier : à eux de revoir leur copie. Ils doivent se rappeler de l’évidence :

Une langue est l’outil le plus indispensable à l’homme, ce qui le distingue même des autres espèces animales.

Avec la mondialisation, il est impératif de les diversifier, ces outils. Il n’est plus possible de se contenter d’UNE langue véhiculaire. Plusieurs s’imposent. Sans quoi, nous tomberions dans ce que l’on craignait : une aliénation sans nom, nous condamnant malgré nous à une perte de repères destructrice, à un mutisme suicidaire.

L’enjeu étant d’échanger avec des interlocuteurs dans tous les coins du monde, les supports linguistiques doivent s’élargir et varier au maximum.

Fort de cette conviction, je dirais à mon interlocuteur joueur au «créateur », qu’il n’a qu’à étendre son invention pour inclure toutes les langues vivantes. Le dictionnaire qu’il aura à proposer pour les magnifier sera alors enrichi de : ‘’l’arabojolie’’, ‘’l’anglojolie’’, la‘’mandarinojolie’, l’espagnolojolie, la ‘’russojolie’’, etc. etc.

Une façon de lui signifier que nous avons plus que jamais besoin de développer et de partager les supports langagiers quelle qu’en soit la forme ou la source, pourvu qu’ils rapprochent les hommes entre eux, qu’ils leur permettent d’échanger.

Toutes les langues, maternelles ou pas, sont indispensables et, donc, jolies.

Je me demande même :

L’expression ‘’langue étrangère’’ a-t-elle encore un sens aujourd’hui, les frontières et les souverainetés nationales étant d’une étanchéité de plus en plus secouée ?

Dans ce climat de porosité toujours plus grande, il est difficile de répondre ‘’oui’’, sans soulever des objections ou, au minimum, des doutes, notamment chez ceux qui pensent en termes de mondialisation, qui surfent sur les vagues de l’universalisme culturel.

C’est certain aussi que l’on pourrait par ailleurs voir dans ce raisonnement une autre facette du néo-libéralisme systémique en vogue actuellement, qui met tout en réseau, effaçant les barrières. Soit.

Mais dans ce contexte, ou dans un autre qui reste à imaginer, comment une Nation peut-elle échapper à l’interdépendance dans le domaine linguistique ? Impossible, me semble-t-il.

Beijing, octobre 2014-10-17

El Boukhary Mohamed Mouemel



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