30-11-2014 16:16 - La caravane contre l’esclavage foncier en Mauritanie

La caravane contre l’esclavage foncier en Mauritanie

Hartani - L’esclavage est une réalité concrète en Mauritanie. Dans ce pays, il y 600 médecins (toutes spécialités confondues) . Parmi ces derniers, 20 (vingt) sont des haratine . 580 sont répartis entre les Maures et les Négro-mauritaniens.

Ce nombre de vingt haratine est le fruit de la distribution des bourses extérieures sous l’administration coloniale française et surtout sous le pouvoir post-colonial de 1957 à ce jour . Les haratine en sont exclus du fait de l’esclavage . Une caravane contre l’enseignement esclavagiste est vitale pour dénoncer la sous-scolarisation des haratine et une répartition des bourses internes et externes qui les défavorisent.

« Ce système, discriminatoire à plus d’un titre, est une forme aberrante et continue de cooptation des enfants des groupes dominants pour les bourses de formation et les quotas dans les universités de par le monde au détriment des plus humbles dont les Hratin sont les premiers. Cette politique est une disqualification d’office des groupes serviles des postes dans les secteurs publics et privés qui requièrent qualification et compétence. »

http://www.haratine.com/Site/ancien/article184.htm [More...]

Une vieille hartania, du nom de Keybi Mint Sleymane installe un petit commerce dans un lieu éloigné entre Akjoujt et Bénichad dans le but de subvenir aux besoins de ses enfants . Cette contrée n’était jusque-là fréquentée que par les chacals, les chameaux et les caravanes de passage . Il a suffi que son commerce commence à prospérer pour que le préfet de Bénichad, à la personne de Isselmou Ould Salem et son escadron de gendarmerie débarquent pour démanteler sa baraque . http://haratine.com/Site/?p=1367

Cette arbitraire est l’un des visages de l’esclavage . En effet, chaque fois qu’un abd ( esclave) ou un hartani (affranchi) brave les difficultés de la nature et viabilise un espace donné, l’appétit du Maure s’aiguise, aidé en cela par son complexe de supériorité et le statut réservé aux Esclaves et aux Haratine.

Dans toutes les grandes villes de Mauritanie, les pauvres dans leurs diversités, viennent s’agglutiner aux abords des centre-villes où ils espèrent trouver un « mieux-être » . Ils sont repoussés toujours plus loin dès lors que leurs emplacements deviennent rentables au regard des affairistes maures.

Une caravane pour lutter contre la distribution des terrains de l’habitat et aussi nécessaire car elle montrera les injustices que vivent les haratine et les Négro-mauritaniens dans le domaine du lotissement . On peut multiplier les exemples qui couvrent tous les aspects de la vie où les haratine et les Négro-mauritaniens subissent des injustices, des spoliations, des extorsions et des sévices physiques des Maures, …

«La Mauritanie contemporaine, indépendante depuis 1960 à peine, ne peut être décrite que comme une communauté sadique, asociale, qui recouvre ses crimes du voile de sa religion.» http://www.haratine.com/Site/ancien/article61.htm Rappelez-vous les destructions des townships en Afrique du Sud sous l’apartheid auxquelles se sont livrées les forces du régime blanc . Il y avait là un triple buts : > Récupérer des terres pour les besoins des racistes Blancs > Désorganiser la lutte des Noirs contre l’apartheid > Éloigner les Noirs en vue de contenir le danger beaucoup plus loin et ainsi protéger la communauté blanche.

La communauté blanche d’Afrique du Sud détenait 80% des terres arables. Elle en détient toujours quasiment le même pourcentage et ce, vingt ans après la suppression de l’apartheid. La politique douce d’expropriation n’a pas contribué à une meilleure distribution des terres.

Chaque fois qu’un groupe, une communauté, une ethnie , … s’octroie des droits indus, elle est dans l’obligation de lutter contre les victimes pour protéger les droits mal acquis . C’est le cas en Mauritanie où la communauté maure (par le biais de l’Etat) cantonne, éloigne et surveille la communauté noire et particulièrement la composante haratine.

Ces différents aspects évoqués ci-haut ne diminuent en rien la valeur de la caravane contre l’esclavage foncier. Il montre simplement l’ampleur des tâches auxquelles les abolitionnistes de l’esclavage et du racisme doivent faire face. Une caravane contre l’esclavage foncier, composée de plusieurs associations mauritaniennes, se rend dans la vallée du fleuve Sénégal ( chëmamë ) pour dénoncer les expropriations inégales, les accaparement des terres exploitées par les haratine et les Négro-mauritaniens.

De Rosso à Boghé, plusieurs adwaba, villages ont été visités et des injustices dévoilées. Qu’il s’agisse de celles relatives aux terres ou des charniers découverts. Le seul « tort » de cette caravane contre l’esclavage foncier est d’avoir dévoilé des vérités tues sur lesquelles reposent les intérêts et l’histoire récente de la communauté maure. C’est la aussi où réside le courage de celle-ci qui regroupe toutes les victimes haratine et négro-mauritaniennes.

Cette politique rampante d’expropriation déguisée est le fait de la féodalité maure qui revendique des droits ancestraux et de la bourgeoisie militaire qui s’est enrichie au détriment du peuple depuis 1978. Les populations de la chëmamë victimes de ces spoliations sont diverses. D’abord, il y a des Négro-mauritaniens qui détiennent des terres depuis plusieurs générations. Ils en sont dépossédés progressivement.

Ensuite, les Castés négro-mauritaniens ( esclaves, griots, …) qui pratiquent le métayage ( «cultives et partageons» en hal pulaar) auprès des détenteurs de terre négro-mauritaniens. Il en est de même des haratine habitant dans les villages ou villes négro-mauritaniens. Enfin, il y a les expulsés de 1989 qui sont de retour et dont les terres ont été confisquées au profit des Maures et haratine interposés . Derrière chaque hartani ou abd (esclave), il y a un maure qui surveille de près ou de loin.

Du coté maure, beaucoup de tribus berbères et arabes détiennent des terres dans la chëmamë sur lesquelles sont établis leurs esclaves . Il suffit de lire le livre de Moktar Ould Daddah où il parle des esclaves de sa famille dans le chemame chez lesquels ils se rendaient avec son père pour récupérer la récolte de mil qui leur revient (La Mauritanie contre vents et marées D. Karthala, 2003 ).

N’oublions pas les Castés da la communauté maure, autres que les Haratine (griots, forgerons…) et certaines tribus berbères et arabes sans terre. Ensuite il y a des haratine qui ont acquis des terres depuis longtemps par achat ou par héritage. Enfin il y a des haratine et des esclaves sans terre qui se livrent au métayage auprès surtout des maures.

Tout ce monde vit une situation dramatique . En effet, le système de culture traditionnelle dépendant de la crue et de la décrue a été largement perturbé par les barrages de Manantali et de Diama . Les espaces anciennement cultivés regorgent d’eau d’une manière continue . Seules les terres échappant aux petites et moyennes crues sont accessibles aujourd’hui . Mais à qui ? A ceux qui sucent l’État d’une manière ou d’une autre à savoir la féodalité maure et la bourgeoisie militaire.

A ces facteurs sont venus s’ajouter les capitaux arabes du Maghreb (Maroc…) et du Machrek (Arabie Saoudite, Qatar…) qui permettent l’exploitation de grandes superficies. Cette politique contribue aux déplacements des populations entières et les prive de leurs moyens de subsistances. La solution à ces problèmes complexes réside dans l’élaboration d’une réforme foncière et domaniale juste et équitable qui permet à tout un chacun de posséder un lopin de terre où il pourra pratiquer une culture vivrière. Les expropriations doivent être rares répondant à des critères objectifs et accompagnées des indemnisations des propriétaires des terres.

L’ordonnance 83-127 du 5/06/1983 portant réorganisation foncière et domaniale a été une première ébauche de solution allant dans le bon sens. Mais elle a été torpillée par le régime de Ould Taya. Elle peut constituer une base de travail mais il faut aller beaucoup plus loin dans le sens de l’équité et de la justice. Par exemple : Que faire des esclaves, des haratine, des castés négro-mauritaniens et maures sans terre. Cette ordonnance a souffert de deux réalités:

D’une part, certains de ses articles se contredisent. Il s’agit de l’article 3 « le système de la tenure traditionnelle est aboli » et l’article 5 « les immatriculations foncières prises au nom des chefs et notables sont réputés pour avoir été consenties à la collectivité traditionnelle de rattachement ».

En confiant la distribution des terres aux chefs de tribu, l’Etat renforce le pouvoir tribal sur les terres ancestrales. C’est la manière la plus cynique d’exclure les Haratine et les Castés. D’autre part, le manque de volonté politique lorsqu’il s’agit de l’esclavage, est une donnée structurelle en Mauritanie. La nouvelle réforme doit respecter les espaces vitaux des collectivités ( terrains de culture, de pâturage, de cimetière, les forêts classées, … ) et surtout créer des coopératives villageoises que l’Etat assiste en offrant des semences, des engrais et des tracteurs pour éviter l’endettement des populations.

Dans cette nouvelle redistribution des terres, il ne faut pas oublier les Oueds, El Batha, les lacs et les palmeraies… Ce qui aggrave les injustices, c’est le fait que les terres appartenant aux maures ne sont pas concernées par la réforme. Or, ce sont ces espaces sur lesquels travaillent et suent beaucoup de Haratine sans contrepartie.

Cette fixation sur la chëmamë peut paraître comme un parti pris. Au retour de la caravane contre l’esclavage foncier, elle est attaquée par un escadron de gendarmerie à Rosso avec une sauvagerie rare qui est l’expression de la nervosité maure et la désapprobation de l’action entreprise. De nombreux militants ont été mis en prison et y subissent des tortures.

-AHME exige la libération immédiate et sans conditions de l’ensemble des détenus -AHME met en garde l’État Mauritanien contre toutes atteintes à l’intégrité physique ou morale des détenus . Des nouvelles alarmantes relatives aux tortures nous parviennent quotidiennement.

Paris, le 23 novembre 2014
Mohamed Yahya Ould Cire
Président de A.H.M.E
Journal : Cri du Hartani
Site: www.haratine.com



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Commentaires (4)

  • Vent de Sable (H) 01/12/2014 12:46 X

    Nous sommes ici en face d’une conception selon laquelle tout le malheur des harratines est causé par les beydanes. Or, l’auteur de cet article raisonne dans l’absurde sans avancer aucune preuve tangible. Mais soyons honnêtes : Des milliers de beydanes vivent dans la pauvreté, la précarité, le besoin. C’est à cause de qui ? Des milliers de harratines vivent dignement, travaillent, sont logés, instruits, et n’ont aucun problème. C’est au détriment de qui ? Et puis, les historiens et sociologues n’ont jamais a travers le temps, parlé de la présence en Mauritanie de communauté appelée « beydane » ou « haratine ». Ce qui est sûr et indéniable c’est l’existence d’un peuple appelée tout simplement : les Maures. La distinction entre un beydani et un hartani ne peut être ancrée que dans esprit malade.

  • rororo (H) 01/12/2014 09:46 X

    aHMED 12b, Tu es complètement hors sujet,le sujet ici c'est le problème de l'esclavage en Mauritanie et pas une enquête de moralité sur l'auteur de l'article!parlant de détournement soi conséquent avec toi même : les de-tourneurs de deniers public se connaissent suivez mon regard!

  • reel (F) 30/11/2014 22:03 X

    Mr Ciré, vous ne pouvez jamais donner des leçons de moralité ni de civisme car vous etes le plus grand voleur et pervers de la diplomatie mauritanienne.

  • ahmed12b (H) 30/11/2014 17:19 X

    Excellence Mohamed Yahya Ould Cire! Vous passerez d'abord à la caisse pour rembourser l'argent détourné quand vous étiez en 1997 Consul Général de la République Islamique de Mauritanie en Buissau. Quand vous aurez donné l'exemple en rendant à la nation son patrimoine spolié nous daignerons alors écouter votre militantisme. Ce n'est pas possible de voler avec les voleurs et pister avec les pisteurs.