22-02-2015 18:00 - Sissako: Après les guirlandes, les cordes de la critique se dressent

Sissako: Après les guirlandes, les cordes de la critique se dressent

Mauriweb - A peine auréolé par les Oscars pour son film "Timbuktu", notre compatriote Abderrahmane Sissako essuient les salves des critiques et des médias.

Pour la presse malienne notamment, le film "Timbiktu" en dépit de la sympathie ne relève pas réellement la tragédie pour laquelle il a été fait. Certains médias maliens lui reprochent notamment d'angéliser le "touareg" et de passer sous silence "les atrocités" de la rébellion dans le nord-Mali. Et les critiques les plus vives -à la limite du lynchage- viennent des terres maliennes où Sissako a fait ses premiers pas de cinéaste.

"Aucune allusion n’est faite dans « Timbuktu » à cette rébellion touarègue, qui a mis le feu aux poudres en janvier 2012, avec le massacre de plus de 70 militaires maliens, égorgés ou tués d’une balle dans la nuque dans leur caserne d’Aguelhok. Massacre suivi par une conquête fulgurante, en mars, des trois régions administratives du nord du Mali (Tombouctou, Gao et Kidal)" lit-on sur Malijet pour dénigrer la "partialité" du réalisateur mauritanien.

La critique lui reproche également d'avoir évoqué à travers l'histoire d'une vache disputée le "symbole du ressentiment accumulé au fil des rébellions touarègues, exactions et répressions successives, entre les minorités touarègues nomades et la majorité noire, songhaï, peule et bozo, sédentarisée, qui vit au nord du Mali ?".

Si pour ces critiques, "Timbiktu" permet de faire la différence entre "l’islam normal, religion de tolérance, et l’islam dévoyé, religion manipulée par des radicaux", ils se demandent, par contre, si cette fiction de Sissako n'est finalement qu'une "fable", «conte pour Occidentaux ».

Pire encore, un anthropologue français, André Bourgeot, spécialiste du Mali au CNRS parle de l’œuvre de Sissako comme tendre avec les terroristes; UNE « approche manichéenne qui présente les djihadistes sous un jour qui n’est pas particulièrement néfaste ni barbare ».

Après donc les Oscars, les cordes de la critique se nouent autour de notre compatriote, Abderrahmane Sissako pour son œuvre d'une brulante actualité. Même si certains estiment encore qu'il reste "loin de la réalité".



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Commentaires (4)

  • jakuza (H) 22/02/2015 22:12 X

    Un mauritanien a gagné! Réjouissons-nous et...crèvent les aigrefins et autres tangakhols............

  • zelimkhan2 (H) 22/02/2015 20:48 X

    Imposture, collaboration, cupidité, duplicité, malhonnêteté, Ce sont les mots qui me viennent à l'esprit.

  • GreenNktt (H) 22/02/2015 20:39 X

    Et les exactions de l'armée malienne? Et leur instrumentalisation des djihadistes, en particulier des anciens du MUJAO contre les séparatistes touaregs? Quid encore de la libération des terroristes détenus dans ce pays dont des lieutenants d'Iyad? La thèse que tous les malheurs du pays du pays viendrait de la rébellion de 2012 est de la pure propagande et montre l'aveuglement raciste qui sévit dans les cercles proches du pouvoir et dans la presse au Mali. L'armée malienne avait pourtant abandonné le Nord à Aqmi bien avant 2012. Quant à Bourgeot ce n'est qu'un infâme idéologue qui soutient les pulsions génocidaires de Bamako pour se venger dont ne sait quel grief il a contre les Touaregs. Ce n'est en rien un analyste sérieux. La forme même de ses interventions bêtement polémistes et les accusations qu'ils portent sans aucun recul contre l'ensemble des touaregs devrait le mettre au ban des universitaires et des experts. L'émergence ces dernières semaines d'une nouvelle rébellion liée à Aqmi au Macina cette fois, et qui est le fait de Peuls, eux aussi victimes d'exécutions sommaires par l'armée malienne dans le sillage de l'intervention française devrait discréditer ces préjugés racistes. Non le problème du film n'est pas qu'il présente son angélisme vis-à-vis des touaregs, mais qu'il propose une version de l'intervention qui passe sous silence toute la complexité de la situation et les aspects sombres de cette intervention, en particulier les atrocités commises par l'armée malienne et couvertes par la France. En France depuis l'assassinat plus que suspect des deux journalistes de RFI à Kidal c'est le black out complet sur ce qui se passe au Mali. Les seules images sont donc celles du cinéma, sans que personne ne semble s'en inquiéter. Le triomphe de ce film, c'est pourtant le triomphe de la propagande la plus éhontée. (Sans parler des liens de Sissako avec le pouvoir ici.)

  • synthetiseur (H) 22/02/2015 18:59 X

    J'ai suivi hier une émission sur F24 où les journalistes avec une certaine ironie s'étonnaient du fait que le film est présenté aux oscars (notamment aux USA ces jours-ci) au nom de la Mauritanie alors qu'il a été financé sur un budget français. Comme quoi il faut tout faire pour être indépendant.....Sur une autre chaîne française d'autres critiques ont précisé par ailleurs que le caractère politique du film, lié à la lutte contre les jihadistes menée par la France a beaucoup joué sur la remise du César du meilleur réalisateur à Cissakho. Qu'importe tout cela l'essentiel c'est que le César est bien mauritanien, et si le film ne le méritait pas il ne l'aurait pas eu car la compétition est très serrée dans ce monde du cinéma surtout pour nous africains...