13-06-2015 17:33 - Une autre présentation de l’histoire de la fondation mauritanienne : Mohamed Ould Cheikh, le plus proche équipier de Moktar Ould Daddah de 1957 à 1966 - journal et entretiens en Décembre 1967

Une autre présentation de l’histoire de la fondation mauritanienne : Mohamed Ould Cheikh, le plus proche équipier de Moktar Ould Daddah de 1957 à 1966 - journal et entretiens en Décembre 1967

Le Calame - Le contexte d’un témoignage
Avertissement BFF-Ould Kaïge

Les mémoires de Yahya Ould Menkouss dont il a été rendu compte ici le 15 Mai dernier et les six livraisons d’entretiens avec Ahmed Baba Ould Ahmed Miske, gagnent à être suivis du témoignage de Mohamed Ould Cheikh. Nos rencontres ont eu lieu à deux époques et deux endroits. D’abord, aux environs de Nouakchott, sous sa tente, les 9-10-11 et 17 Décembre 1967, soit après celles d’Ahmed Baba deux mois auparavant à Paris.

Puis à Aïn Selama en Décembre 2002 et en Décembre 2005, au retour d’exil du président Moktar Ould Daddah puis après la mort de celui-ci. La publication des documents disponibles sur le Sahara reprendra ensuite. Le fichier de ce qui a déjà été donné est communicable sur demande au journal ou à b.fdef@wanadoo.fr

Pendant les neuf années les plus décisives pour la Mauritanie contemporaine, Mohamed Ould Cheikh, co-fondateur de l’Association de la Jeunesse Mauritanienne, est le co-équipier le plus proche de Moktar Ould Daddah : il l’est plus encore d’esprit que de position toujours plus importante dans l’organigramme (cabinet du vice-président du Conseil de gouvernement, commandant de cercle, secrétaire général à la Défense nationale de 1961 à 1965, ministre des Affaires étrangères et de la Défense de Juillet 1965 à Février 1966).

Lors de nos entretiens de Décembre 1967 – je ne l’avais jamais approché pendant mon premier séjour mauritanien – l’ancien « homme fort » reste d’autant plus en disgrâce qu’il a pris partie pour Ahmed Baba Ould Ahmed Miske quand celui-ci a été accusé de malversations dans l’accomplissement de sa mission diplomatique à Wshington et à New-York, indépendamment de sa très brillante illustration du pays et notamment des thèses mauritaniennes sur l’appartenance du Sahara encore administré par l’Espagne.

Je souhaite apprendre de lui sa propre version des années fondatrices après celle reçue d’Ahmed Baba Ould Ahmed Miske deux mois avant – je n’apprendrai celle du président Moktar Ould Daddah qu’en Décembre 1979, passant seul avec lui dix jours de sa convalescence à Toulon – mais plus encore connaître sa psychologie et enfin un point d’histoire : a-t-il ou non demandé l’intervention des troupes françaises pendant les événements de Janvier-Février 1996, la lui fut-elle proposée par l’ambassadeur Jean Deniau ? Et cette rumeur d’une prise de pouvoir possible ? La sienne. Lin Piao mauritanien ?

Un mois après nos conversations, Mohamed Ould Cheikh et sept autres haut-fonctionnaires dont Elimane Kane sont accusés de « distribution de tracts de nature à porter atteinte à l’intérêt national », et condamnés à 25.000 francs d’amende. Puis s’ouvre, à Nouakchott, le 3ème congrès ordinaire du Parti. Les oppositions ne sont encore qu’individuelles.

Bertrand Fessard de Foucault - Ould Kaïge

Journal manuscrit

(J’avais quitté la Mauritanie le 9 Avril 1966 et y reviens, par bateau, le 18 Novembre 1967 pour un stage à Miferma au titre de ma scolarité à l’E.N.A. française. Trois semaines donc à Port-Etienne puis à Zouérate par le train minéralier à enquêter pour la direction générale de la société, puis un retour à Nouakchott pour faire se comprendre mutuellement les deux parties : l’investissement étranger et l’autorité nationale pour un avenir qu’alors personne ne devine. J’en profite surtout pour me mettre à jour de l’évolution d’un pays qui m’est doublement cher : terre d’un amour adolescent et objet d’une thèse de doctorat).

N o u a k c h o t t
+ Vendredi 8 Décembre 1967
22 heures 50

Ambiance générale – de Nouakchott modifiée par rapport à 1966 :

– plus de verdure : les arbres ont poussé, l’hivernage a duré, de l’herbe. Nouveaux bâtiments : mairie et bloc fiscal, maison du Parti, très importante. Chose signifiante : la tribune officielle, servant aux divers défilés, a été déplacée, elle faisait face à l’hôtel des Députés, elle fait maintenant face à la maison du Parti.

– il semble qu’on soit encore moins ardent au travail qu’avant. La journée continue n’y aide pas.

– attentisme, et absentéisme.

Hier surtout, cette impression était frappante. Je n’ai pu voir aucun ministre ou directeur de cabinet. Pas là, ou ailleurs.

A la Permanence, on m’a dit que Mohamed Salah était à Nouakchott, mais pas censé y être jusqu’au retour du Président.

On m’a demandé les documents que je voulais, et j’ai effectivement pu en prendre livraison ce matin, fort bien classés et complets.

Ce qui n’est pas le cas à la Présidence, où je vais devoir rechercher pratiquement moi-même les discours du Président de cette année, ainsi que ses circulaires.

– Européens, semblent las et inquiets.

Rôle du Parti omnipotent et en même temps couvrant l’absence de décision ou de doctrine : vg. rien sur l’élaboration du 2ème plan, cela dépend du Parti (même réflexion du directeur de cabinet au ministère de l’Intérieur, au sujet de la réorganisation administrative et d’une éventuelle régionalisation du budget).

Irresponsabilité : qui prend réellement la décision ? Problème des Chinois qui s’installent au Guidimaka et qui jouent à fond la carte de la division raciale. Problème de la rupture avec les Etats-Unis, et de l’hystérie au moment de l’affaire d’Israël.

Vu Ahmed Killy(1) ce matin, ministre de la Santé, du Travail, des Affaires sociales et de la Fonction publique. Je l’avais rencontré chez les Darde en France.

– exposé sommaire du plan de ma thèse, lui apparaît très ambitieuse, peut-être trop. Partie sur la colonisation superflue, et bien connue. Change un peu d’opinion, quand je lui explique comment je la conçois.

– la Mauritanie dans une période de transition, pas d’idéologie, pas de doctrine, se cherche, empirisme essentiellement. Difficile – sauf en politique extérieure, car faits précis demandant ligne politique précise – de tirer de ce qui a été fait, une ligne

– fonction publique : réforme profonde, avec la loi récente. Adapter les textes aux nécessités et réalités du pays. Restaurer l’autorité des responsables et du pouvoir hiérarchique et donc de l’Etat. En Mauritanie, le fonctionnaire est né avant l’Etat. Substitution de corps à celle de cadres. Conseil de discipline unique d’où jurisprudence unique. Discipline renforcée. Mise à pied d’un mois après simple explication. Commission paritaire uniquement pour l’avancement, sont différentes suivant corps.

ENA : croit comme moi à la possibilité de former des administrateurs en Mauritanie, mais nécessité stage pratique en France, dépend curieusement de la formation des cadres : Gandega, mais liaison avec lui.

– personnalité du Général de Gaulle : homme contenu et froid dans ses conférences de presse, un homme qui gouverne et conduit le peuple, au lieu de se laisser mener par lui, Québec et Israël. Battrait Boumedienne et Senghor, et tous les chefs d’Etat africains si élections libres, l’homme d’Etat le plus populaire en Afrique. Voyage en prévision.

Travail tous les après-midis aux Archives nationales finalement montées ici. Rapports politiques :

– si les Noirs ont passé le Fleuve à un moment donné de l’histoire de la Mauritanie, la colonisation maure au Sénégal a été grandement facilitée par l’installation des Français en Mauritanie

– problème Regueibat, et problèmes agricoles ne semblent pas avoir beaucoup bougé, depuis 1903 jusqu’à nos jours.

Parcouru documentation B.P.N.

– communiqués du B.P.N. sont plus durs dans leur rédaction et leur phraséologie et plus « révolutionnaires » que les cir...



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