30-11-2015 06:45 - Indépendance nationale, parce que – lui-même – était indépendant /Par Bertrand Fessard de Foucault, alias Ould Kaïge

Indépendance nationale, parce que – lui-même – était indépendant /Par Bertrand Fessard de Foucault, alias Ould Kaïge

Le Calame - Le colonisateur et le fondateur ont eu un point commun. Ils croyaient en la Mauritanie, pour et par elle-même. La France, même s’il y eut quelque temps un cercle de la Chemama [i], ne songea pas à un pays du Fleuve, unifiant politiquement et administrativement les deux rives à l’économie similaire.

Elle fit même revenir le Hodh [ii] dans l’ensemble mauritanien [iii] et si elle consentit à la partition du nord-ouest de cet ensemble [iv], c’était pour désintéresser Madrid de l’Empire chérifien [v]. Elle le défendit contre les menées expansionnistes de celui-ci, nonobstant la frontière évidemment artificielle.

Moktar Ould Daddah voyait encore plus vaste : l’Azaouad et l’entier du Tiris [vi]. Et quand lui-même, sommé par l’Algérien Boumedienne [vii] de renoncer au Tiris El Gharbia, dut subir, à partir de 1975, la guerre déclarée puis entretenue d’un partenaire dont il avait réclamé l’indépendance – à de Gaulle face à face pendant un conseil exécutif de la Communauté tandis que ses homologues d’Afrique d’expression française se taisaient [viii] – la même France, sans qu’il n’y eut plus d’accords de défense [ix], soutint la Mauritanie par d’efficaces démonstrations aériennes [x].

Une indépendance et qui soit nationale. L’indépendance puisque l’époque était à cela, et pour Moktar Ould Daddah cette prescience date d’événements sans relation avec l’Afrique apparemment.

De même que Gandhi conçut, en Afrique du sud, l’indépendance du sous-continent indien et par la non-violence, de même parti faire des études secondaires puis supérieures en France, Moktar Ould Daddah, jeune membre fondateur du parti des notables maures [xi], comprit l’évolution mondiale et donc la vocation de la Mauritanie à l’indépendance, selon des commentaires dans le train de Marseille à Nice sur l’indépendance de l’Inde [xii] : c’était en Septembre 1948.

Une indépendance nationale, celle d’une nation fût-elle en devenir car le pays sans ses déserts du nord, et aussi des ressources minérales, serait immanquablement satellisé puis absorbé par toute fédération de l’Afrique de l’Ouest sinon par le seul Sénégal.

Et sans ses populations sédentaires de la rive droite, la Mauritanie est soit assimilée au Maroc travaillé par l’Istiqlal [xiii], soit incorporée dans le projet français d’Organisation commune des régions sahariennes. Pour cela aussi, Moktar Ould Daddah, avec déférence mais fermeté défie de Gaulle, son visiteur [xiv].

Pas de régime privilégié ni de tropisme

L’indépendance revendiquée avant même le changement de cours à Paris puisque le congrès d’Aleg [xv] est antérieur d’un mois au retour de l’homme du 18-Juin « aux affaires » [xvi], puisque la Mauritanie veut participer en tant que telle à la garantie du prêt de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement [xvii].

L’indépendance revendiquée hautement, au grand déplaisir des bureaux parisiens, puisque contrairement aux autres Etats membres de la Communauté, la République Islamique disjoint des accords de coopération de celui transférant les compétences communes, et n’accepte [xviii] de les négocier qu’après la proclamation de sa souveraineté internationale et la reconnaissance de celle-ci par l’Organisation des Nations Unies qui ne l’admettent dans leur sein que laborieusement [xix].

La ratification-même de ces accords, finalement intervenus en dehors de la Communauté, est retardée par le Parlement français quand Moktar Ould Daddah affiche son soutien à la Tunisie dans la crise de Bizerte contre l’ancienne métropole [xx].

L’indépendance signifiée en prenant les devants d’une suppression de la subvention d’équilibre qui maintenait le jeune Etat sous perfusion de l’ancienne métropole. L’indépendance consacrée par la nationalisation de la société des Mines de fer de Mauritanie [xxi] après avoir été signifiée par la négociation et la conclusion de nouveaux accords de coopération. Chacune de ces manifestations se fait par surprise [xxii], sans préavis et avec effet sans grand délai.

La relation avec les trois voisins que sont le Sénégal, le Soudan français et le Maroc n’est voulue, si intime qu’elle doive être, que normale. Pas de régime privilégié, surtout pas de tropisme, alors que les élites traditionnelles ne refuseraient pas une participation mauritanienne à une fédération « primaire » en Afrique occidentale puis à la fédération du Mali, et que la jeunesse – génération nouvelle abhorrant les « vieilles barbes » – n’est pas insensible à un Maroc déjà indépendant.

Du moment où il est coopté par le parti majoritaire [xxiii] pour prendre la tête du premier conseil de gouvernement jusqu’à l’ultime campagne contre la fraude fiscale et l’agiotage [xxiv], Moktar Ould Daddah n’a qu’une unique manière de faire valoir un point de vue, presque toujours combattu par la plupart des siens, en réunion parlementaire à la fin des années 1950 et en bureau politique, devenu pléthorique, par souci de faire participer toutes les forces vives, depuis 1975 et plus encore le début de 1978.

Du début à la fin de la période qu’il faut bien appeler fondatrice, l’argument est simple : je ne cautionnerai pas ce que vous voudriez faire, donc faites-le sans moi.

Inversement, la participation des battus de 1957 au gouvernement qui se forme [xxv] et dont ceux-ci cependant font inopinément défection pour rallier la revendication marocaine [xxvi], l’énoncé d’une vocation de la Mauritanie à l’indépendance au congrès d’Aleg, la leçon tirée du oui au referendum de Septembre 1958 [xxvii] et chacune des étapes vers l’indépendance en 1959 et 1960, puis vers l’unité politique [xxviii], s’obtiennent – du jeune chef de gouvernement puis d’Etat – à l’arraché.

Même les décisions révolutionnaires de 1972 et 1974 : la révision des accords avec la France et la nationalisation de Miferma sont en fait minoritaires.

De génération en génération, une opinion domine – qui, si elle gouvernait, découragerait la future « nouvelle vague, ce à quoi se refuse Moktar Ould Daddah pendant les vingt-et-un ans de son exercice du pouvoir– et cette opinion est héritée de la période d’administration française : l’attentisme.

Beaucoup tiennent à une protection physique et morale de l’ancienne métropole, c’est le Président qui refuse le compte d’opérations au Trésor français et qui impose une monnaie proprement nationale [xxix], c’est le Président qui refuse de ménager le « capital peureux » et donc des solutions ne rendant que petit à petit l’Etat mauritanien ou ses nationaux propriétaires des mines de fer et de leur exploitation commerciale.

En réalité et au fond, l’indépendance – version Moktar Ould Daddah – est l’ultime moyen pour que se crée politiquement, se viabilise factuellement, économiquement, financièrement, s’ancre dans les esprits une nation encore à naître quand il en prend la tête puis en proclame l’indépendance.

Pour lui, alors, se conclut un pacte clairement rappelé dans la première grande tourmente : celle de 1966 [xxx]. « Lorsque le 28 Novembre 1960 à 0 heure, je proclamais solennellement l’indépendance de la Mauritanie, je coupais, du même coup, le lien de subordination qui reliait les hommes et les femmes de Mauritanie à l’ancienne puissance coloniale.

Aussitôt après, lorsque vous m’avez tous élu à l’unanimité Président de la République, puis Secrétaire Général du Parti du Peuple, je me suis engagé, devant Dieu et devant les hommes à mener à la tête de l’État mauritanien, une action susceptible d’améliorer le niveau économique et social de la Nation.

Il va sans dire que cette action ne pouvait et ne peut s’inscrire que dans le cadre et sur les bases d’une unité nationale solide qui permette à l’ensemble du peuple mauritanien de supporter le lourd fardeau de l’indépendance, et de lutter efficacement contre les ennemis intérieurs et extérieurs de la Nation. Je me suis solennellement engagé sous serment à protéger et à renforcer cette unité. »


Ainsi l’indépendance nationale mauritanienne fut-elle – à sa racine et dans ses premiers et plus purs développements – un engagement liant au premier chef celui qui – sur le papier, d’abord – l’avait obtenue et en tira, à longueur d’années, toutes les conséquences.

La traduction politique en fut – avec la même constance – l’obsession que tous participent à cette construction. L’option pour un parti unique de l’Etat ne fait pas exception : elle place Moktar Ould Daddah presque toujours à mi-chemin des deux extrêmes. L’indépendance à la façon de Sékou Touré ou le souhait de Félix Houphouët-Boigny d’un maintien de liens fédéraux avec l’ancienne métropole.

Un parti de cadres ou un parti de masses. Le bilinguisme choisi en congrès [xxxi] qui promeut l’arabe au même rang pratique que le français. La fondation « indépendantiste » voulue explicitement a donne constamment à son initiateur une position arbitrale alors même qu’il était minoritaire.

Discours radiodiffusé

prononcé par M° Moktar Ould Daddah,

président du Conseil de Gouvernement de la Mauritanie

le 1er Octobre 1958

(à la suite du referendum du 28 Septembre 1958)

Par son vote massif, la Nation mauritanienne a, sans équivoque possible, manifesté le 28 Septembre son désir de construire son avenir avec l’aide de la France.

Nous avons voté oui parce que la Constitution proposée par le Général de Gaulle comporte d’une part des options dont l’une permet à la Mauritanie d’obtenir la gestion complète de ses propres affaires et reconnaît par ailleurs au peuple mauritanien son droit imprescriptible et sacré à l’indépendance.

En votant oui, nous avons donc opté pour la Communauté des Peuples libres, au sein de laquelle nous jouirons d’ici quatre mois d’une totale autonomie interne dont nous entendons assumer tous les attributs.

Il me paraît dès à présent indispensable que les institutions nouvelles soient conçues et mises en place par une Assemblée Territoriale et un Conseil de Gouvernement renouvelés. Je pense que l’actuelle Assemblée Territoriale devra donc, après le vote du budget en Décembre prochain, démissionner pour permettre l’élection d’une nouvelle Assemblée en Janvier.

Le Conseil de Gouvernement remettrait sa démission à la réunion de cette Assemblée. Un nouveau Conseil de Gouvernement serait formé qui, avec le concours de l’Assemblée nouvelle opterait pour le statut d’Etat membre de la Communauté et élaborerait la Constitution locale à soumettre au referendum du peuple mauritanien.

Ayant ainsi déterminé sa place au sein de la Communauté et grâce à l’aide que celle-ci nous apportera dans tous les domaines pour continuer et amplifier l’aide que la France métropolitaine nous accordait jusqu’à présent, la Mauritanie pourra préparer dans les meilleures conditions l’accession à son indépendance totale. Ce « stage » de quelques années dans la Communauté nous permettra de parfaire notre structure politique et d’asseoir notre économie sur des bases solides.

Lorsque ces tâches essentielles auront été menées à bien, nous déciderons de notre indépendance sans pour autant rompre les liens qui nous unissent à la France et aux Etats de la Communauté. Grâce à la Constitution que le peuple mauritanien vient d’approuver à une si large majorité, nous sortirons le moment venu de la Communauté des Peuples libres du Titre XII pour conclure avec elle les accords d’association prévus au Titre suivant.

Je suis profondément convaincu que la France et la Communauté parfaitement conscientes des impératifs géographiques, historiques et ethniques de la Mauritanie l’aideront sans réserve à préparer cette indépendance qui nous permettra, entre l’Afrique méditerranéenne et l’Afrique noire, d’affirmer notre personnalité et de devenir cette « Suisse africaine » que nous appelons de tous nos vœux.

[i] - 31 Décembre 1922 : arrêtés du Gouverneur général transférant de M’Bout à Kiffa le chef-lieu du cercle de l’Assaba et réunissant les cercles du Chemama et du Brakna en un seul cercle

[ii] - 5 Juillet 1944 : décret modifiant la limite commune des Colonies de la Mauritanie et du Soudan français pour rattacher le Hodh à la Mauritanie

[iii] - terme employé, le 16 Octobre 1975, par la Cour internationale de justice à La Haye dans son avis consultatif : le Sahara occidental n’était pas un territoire sans maître au moment de sa colonisation par l’Espagne car il avait des liens avec le Maroc (14 contre 2 opinions) et avec l’ensemble mauritanien (15 contre 1 seule opinion)

[iv] - 27 Juin 1900 : convention entre la France et l’Espagne pour la fixation de la frontière dans les territoires contestés des régions voisines du Cap Blanc et dans la partie septentrionale du Congo français

[v] - 7 Avril 1906 : acte final de la conférence d’Algésiras internationalisant l’ingérence étrangère au Maroc mais laissant le premier rôle et des pouvoirs de police à la France moyennant l’intangibilité de l’indépendance du Sultan et de l’intégrité de son territoire

[vi] - prononcé à Atar le 1er Juillet 1957 : « Je vous convie aujourd‘hui à regarder avec moi au-delà de la falaise du Dhar, au-delà des dûnes de l’Akchar et de l’Azefal, pour embrasser d’un seul coup tout le « Trab el Beïdane » c’est à dire la Mauritanie. »

[vii] -10 Novembre 1975, le président Moktar Ould Daddah à Béchar pour cinq heures de tête-à-tête avec le président Boumedienne

[viii] - 3-4 Février 1959 - notes de Moktar Ould Daddah : « c'est à la fin de cette session que j'ai posé le problème de la guerre d'Algérie : aucune réponse du Général de Gaulle ; aucune réaction publiées du CEC africains ou français. En aparté, trois membres français du Conseil m'ont adressé séparément leurs félicitations : Boulloche, Buron et Michelet »

[ix] - 14-15 Février 1973

[x] - 25 Novembre 1977, la France envoie pour exercices à Zoueratte 4 avions d’appui Jaguar, à la suite d’enlèvements de ses nationaux par le Polisario, depuis le 1er Mai précédent – Le Monde avait alors titré « la Mauritanie en danger » et le président Moktar Ould Daddah avait affirmé que « cette épreuve commune ne peut que contribuer à renforcer l’amitié qui existe entre les deux pays » - le 6 Mai, le ministre français de la Coopération, Robert Galley, était venu en Mauritanie : pas d’aide militaire en personnel, mais instructeurs et vente de matériels et d’armements

[xi] - 16 – 20 Février 1948, premier congrès de l’Union Progressiste de Mauritanie U.P.M. à Rosso en présence d’ d’Abdallahi Ould Cheikh Sidya et d’Abderrahmane Ould Bakar - élu au bureau où il est trésorier général : Moktar Ould Daddah

[xii] - fin du chapitre IV des mémoires : La Mauritanie contre vents et marées : « Je me souviens que certains de mes voisins de compartiment parlaient des problèmes de l’Inde, de Gandhi, de Nehru, d’Aly Jinah, etc… Etaient-ce des hommes d’affaires ? des diplomates ? des journalistes ? Je ne sais, mais ils semblaient connaître ce dont ils parlaient. Je les écoutais attentivement, malgré mon ignorance du sujet, car celui-ci m’intéressait beaucoup. »

[xiii] - 27 Mars 1956 : au Congrès de la Jeunesse de l’Istiqlal, Allal El Fassi prend pour la première fois position devant un auditoire de son pays sur “les droits politiques du Maroc sur le Sahara occidental ”, mais aucune résolution du Congrès ne fait écho à ses thèses – mais le 25 Février 1958, quand prend fin l’opération “Ouragan” de « nettoyage » du Rio de Oro par les forces françaises, Mohamed V rendu à M’Hamid du Draa, présente la revendication officielle du Maroc sur la Mauritanie

[xiv] - le 10 Décembre 1959, de Gaulle est à Nouakchott – « le Général me propose, de nouveau et avec insistance, l’adhésion de la Mauritanie à l’O.C.R.S. : « La Mauritanie, dit-il en substance, aura beaucoup à gagner en rejoignant cette organisation. Elle bénéficierait de crédits considérables pour son développement économique et social.

Et, pour la France, l’adhésion de la Mauritanie, pays entièrement musulman et à majorité arabe, grand foyer régional de culture islamo-arabe, donnerait à l’O.C.R.S., sur le plan international, une crédibilité qu’elle n’a pas encore, surtout à l’égard des Etats arabes d’Afrique du nord et du Machrek… ».
Je lui réponds que, malgré mon désir sincère de lui faire plaisir, surtout pendant qu’il est mon hôte, je ne peux envisager cette adhésion pour les raisons que je lui ai déjà exposées, raisons relatives à la guerre d’Algérie.

« Dommage pour l’O.C.R.S. et pour nos deux pays, surtout pour le vôtre, pour lequel le manque-à-gagner est considérable », répartit-il à peu près. Il était visiblement contrarié. » – mémoires, op. cit. chapitre VII

[xv] - du 2 au 5 Mai 1958, se tient à Aleg, le congrès de regroupement des partis politiques mauritaniens – Moktar Ould Daddah : "affirmer notre indépendance vis-à-vis du Maroc" ; "maintien de la Mauritanie au sein de la communauté franco-africaine" et "autonomie interne" ; "défense de l'intégrité territoriale" ; "difficile de se laisser absorber par un ensemble africain dont la structure politique serait modifiée dans le sens de la centralisation" ; "aucune solidarité économique des régions sahariennes ne pourra se constituer valablement tant que n'aura pas été résolu le problème algérien" ; "renforcement de la personnalité mauritanienne"

[xvi] - 25 Mai . 1er Juin 1958

[xvii] - 17 Mars 1960, à Washington, signature du prêt de la B.I.R.D. à MIFERMA, prêt garanti par la France et la RIM : "reconnaissance internationale, avant la lettre, du gouvernement de la République islamique de Mauritanie"

[xviii] - 26 Juillet 1960 : entretien de Gaulle- Moktar Ould Daddah à l'Elysée au cours duquel il est convenu que la République islamique de Mauritanie proclamera son indépendance le 28 Novembre 1960 après qu'aient été transférées les compétences communes et négociés des accords de coopération … "négocier simultanément des accords qui permettent à la République islamique de Mauritanie de demeurer au sein de la Communauté rénovée"

14 Octobre 1960 : arrivés à Paris, Moktar Ould Daddah et Sidi el Moktar N'Diaye sont reçus par le Général de Gaulle ; le Premier ministre souhaite le transfert des compétences sans le préalable d'accords de coopération

19 Octobre 1960 : accord particulier portant transfert des compétences de la Communauté à la République islamique de Mauritanie " - le Premier ministre déclare dans son discours que "les accords de coopération dans une Communauté rénovée seront négociés le moment venu … dans le respect de nos souverainetés … et conduites, j'en suis sûr, à bonne fin" - lettre du Premier Ministre confirmant "l'adhésion de la RIM à la Communauté rénovée"

9 Janvier 1961 réponse mauritanienne à la note française : le Gouvernement "exprime sa confiance dans l'avenir des relations de coopération entre la France et la Mauritanie qui ne pourront toutefois se développer que sur la base du respect absolu de sa souveraineté et dans une perspective qui exclut toute forme de mise en demeure dont il ne saurait admettre la caractère comminatoire" - "la négociation ne pourra intervenir avant la fin de la session de l'Assemblée générale des Nations Unies et le nouvel examen de la candidature de la RIM"

18 Mai 1961, le groupe parlementaire du PRM entend deux communications de Moktar Ould Daddah sur la situation internationale à la suite de Monrovia et sur les accords de coopération - décide de négocier en dehors de la Communauté et de prendre les devants pour se passer de la subvention d'équilibre

le Premier ministre indique alors à son homologue français à la lettre de qui il répond : " le gouvernement mauritanien qui s'était initialement proposé … de demeurer au sein de la Communauté rénovée a été amené par le cours de l'évolution récente à reconsidérer sa position et à ne plus envisager son maintien dans la Communauté"

[xix] - 3 Décembre 1960 : en présence du Chef de l'Etat, débat au Conseil de sécurité sur la demande de la RIM à l'ONU inscription à l'ordre du jour - la résolution franco-tunisienne recueille 8 voix contre 2 et 1 abstention, mais le veto soviétique empêche la Mauritanie d'être admise parmi les Nations Unies – 19 Avril 1961, l'Assemblée générale des Nations Unies se déclare favorable à l'admission de la République islamique de Mauritanie par 63 voix contre 15 et 17 abstentions (dont l'Union Soviétique) - c’est donc seulement dix mois après :

le 25 Octobre 1961 que le Conseil de Sécurité recommande l'admission de la République islamique de Mauritanie par 9 voix contre 1 (la R.A.U.) et une abstention (l'URSS) - 27 Octobre 1961, la République islamique de Mauritanie est admise dans l'Organisation des Nations unies par 68 voix : contre 13 : Cuba, Irak, Jordanie, Liban, Libye, Mali, Maroc, Arabie saoudite, Soudan, Syrie, R.A.U., Yémen et 20 abstentions (les pays de l'Est, Ghana, Cambodge, Inde, Congo-Léopoldville, Pakistan)

[xx] - 20 Juillet 1961 : déclaration du président Moktar Ould Daddah à United Press "les évènements de Bizerte prennent l'aspect d'une guerre coloniale ce qui rend indéfendable l'attitude française"

[xxi] - le 28 Novembre 1974

[xxii] - notamment la demande de révision des accords de coopération avec la France, hors la voie diplomatique : le 27 Juin 1972, communiqué du BPN - « Dans le cadre de la repersonnalisation de l’homme mauritanien, fondée sur la recherche constante d’une indépendance plus réelle dans tous les domaines, culturel et économique notamment, le Bureau politique national a jugé le moment venu de procéder à la révision des accords de coopération franco-mauritaniens, signés en 1961 et ce d’ici la fin de l’année en cours.

Cette révision en effet est dictée par l’évolution historique des pays du tiers-monde avec les grandes puissances. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale qui a marqué l’amorce du processus de décolonisation, mais surtout depuis ces quinze dernières années, les pays sous-développés acceptent de moins en moins leur situation de faiblesse face aux pays développés et mettent en œuvre un certain nombre de moyens pour essayer de changer cette situation. Evolution historique de notre pays ensuite : depuis douze ans en effet, nous œuvrons pour la réalisation d’une nation mauritanienne, unie et prospère sur la base de notre repersonnalisation définie par notre parti.

Cette repersonnalisation exige notamment une adaptation à nos options de notre coopération avec la France, coopération que le Bureau politique national souhaite fructueuse, parce que fondée sur le respect des souverainetés et des intérêts de nos deux Etats et ce, sur la base d’une totale réciprocité »


[xxiii] - le 11 Mai 1957, le comité directeur de l’UPM désigne Me Moktar Ould Daddah comme tête de liste du Conseil de Gouvernement

[xxiv] - 7 Juin 1978 : lancement public par le Président de la République d'une campagne contre la corruption : limogeage de 20 haut-fonctionnaires ; toutefois le Bureau politique national limite la portée de ce discours à. la poursuite des fonctionnaires détenant des actions dans le secteur privé : ceux-ci seront relevés de leurs fonctions, mais pas pour autant radiés de la Fonction publique - l'application de la cheria ne donnera cependant pas lieu à l'administration sévère des châtiments corporels – une motion de soutien du Conseil supérieur des jeunes est refusée de diffusion

[xxv] - 21 Mai 1957 :arrêté 158 AG/APA du gouverneur Mouragues contresigné par le Vice-président du Conseil répartissant les attributions territoriales entre les ministres, à l’exception des “affaires intérieures” ; ainsi constitué, le Gouvernement comprend deux membres de l’Entente et deux Français

Chef du Territoire, président du Conseil de gouvernement et affaires intérieures Albert Jean Mouragues vice-président du Conseil, enseignement, affaires culturelles et jeunesse me Moktar Ould Daddah U.P.M. commerce, industrie et mines Ahmed Saloum Ould haiba U.P.M. finances Maurice Compagnet U.P.M. travaux publics et transports Amadou Diade Samba Dioum U.P.M. fonction publique, travail et affaires sociales Sid Ahmed Lehbib U.P.M. domaine, urbanisme, habitat et tourisme Dey Ould Sidi baba E.M. santé publique et population Mohamed el Moktar Ould Bah E.M. expansion économique et plan Jean salette

[xxvi] - 14 Mars 1958 : la presse indique que le ministre du Commerce mauritanien et l’émir du Trarza seraient au caire – le 16, l’ambassade du Maroc au Caire annonce que Dey Ould Sidi baba et Mohamed Fall Ould Oumeir sont hôtes officiels du gouvernement égyptien et le 21, le Conseil de gouvernement annonce que Mohamed el Moktar Ould Bah est également parti pour le Caire

[xxvii] - 2-3 Septembre 1958 à Atar, le comité exécutif du PRM présidé par Moktar Ould Daddah (par 28 voix et 3 abstentions) "se prononce en faveur d'un vote positif au référendum" en réaffirmant - "l'appartenance de la Mauritanie à la communauté franco-africaine et son droit à l'indépendance nationale" – le 30, discours radio-diffusé de Moktar Ould Daddah : " par son vote massif, la nation mauritanienne a, sans équivoque, manifesté le 28 Septembre son désir de construire son avenir avec l'aide de la France… la Mauritanie pourra préparer dans les meilleurs conditions l'accession à son indépendance totale"

[xxviii] - 20-22 Mai 1961, une première réunion de la "table ronde" des partis et tendances politiques initie ce processus auquel le parti gouvernemental n’adhère qu’avec réticence marquée

[xxix] - le 5 Février 1973, à l’occasion d’un entretien avec Le Monde, Moktar Ould Daddah qui « était disposé à maintenir le statu-quo pendant la durée des pourparlers, à condition toutefois que ceux-ci ne durent pas au-delà de la fin Janvier » déclare effective la dénonciation des accords : il vaut peut-être mieux que « la décolonisation se manifeste par une rupture, même si celle-ci n’est pas définitive »
[xxx] - discours radiodiffusé le 10 Janvier 1966, à la suite de la circulation du « manifeste des 19 »

[xxxi] - 24-26 Juin 1966, à Aioun-el-Atrouss, 2ème Congrès ordinaire du Parti du Peuple Mauritanien – présentant le rapport moral, le Secrétaire général du Parti Moktar Ould Daddah déclare : « données historiques et géographiques qui sont autant de facteurs d’unité » ; « une nation mauritanienne viable suppose, au niveau de tous les citoyens, noirs et blancs, une volonté commune et inébranlable d’être mauritaniens, avec les droits et les devoirs attachés a cette qualité » ; « absurdité « de la partition ou de la fédération » ; une commission pour étudier le problème culturel « le bilinguisme plaçant peu à peu sur un pied d’égalité la langue arabe et la langue française, apparaît une option fondamentale »



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