11-05-2017 11:00 - Conseil scientifique du Parc National du Banc d’Arguin : Préservation des sélaciens et la lagune de Bellat

Conseil scientifique du Parc National du Banc d’Arguin : Préservation des sélaciens et la lagune de Bellat

Le Quotidien de Nouakchott - Une vingtaine de scientifiques, autorités et responsables se sont retrouvés à Chami pour la réunion du conseil scientifique du parc national du Banc d’Arguin (CSBA). Cette rencontre annuelle, ouverte lundi 8 mai, se poursuivra jusqu’au jeudi 10 mai courant.

A l’issue de trois jours de débats, le CSBA formulera une série de recommandations qui iront dans le sens de l’amélioration des projets en cours et/ou à venir et qui concerne la vie du PNBA. Ces mêmes recommandations seront présentées au Ministre de la pêche et de l’économie maritime et également à la ministre secrétaire générale du gouvernement (tutelle du PNBA).

Hier mardi 9 mai, les participants à la réunion du CSBA se sont retrouvés dans la salle de conférence du PNBA et discuté de deux points majeurs. Il s’agit de « la lagune de Bellat » et de l’avenir des « sélaciens ». La formation et l’évolution de la lagune de Bellat fut traitée en premier lieu.

Lagune Bellat

Une lagune est définie « comme un plan d’eau peu profond et situé entre la mer et la terre. » Découverte en 2013, la lagune dite « bellat » attire la curiosité des scientifiques aussi bien mauritaniens qu’étrangers. En effet, la mer s’est frayée un chemin dans le cordon dunaire, sur une trentaine de kilomètres.

Risque

« C’est l’un des rares cas de création de la biodiversité que nous avons sous nos yeux », a commenté Mohamed Baba Said, Professeur de Chimie à l’Université Clermont-Ferrand et Président du CSBA. Une situation qui inquiète la direction du PNBA et son conseil scientifique. En effet, « il y a un risque de voir se former une lagune dans une zone peuplée ». Ce sera « une inondation » martèle le président du CSBA.

Missions

Pour mieux cerner le phénomène, le PNBA mise sur ses chercheurs et experts (de tous horizons). Une première mission a d’ailleurs été effectuée en septembre dernier, pour faire un « état zéro ». Autrement dit, un état de référence qui analyse l’écosystème de la lagune « bellat » à un moment précis (septembre).

Cette première mission ouvre la voie à la seconde qui se déroulera jeudi 10 mai, à la fin des travaux de la réunion du CSBA. En effet, c’est en fonction de l’analyse de l’état zéro, que seront évaluées d’éventuelles futures transformations de l’environnement de la lagune.

Perspectives

Au passage, le Président du CSBA a estimé que « le phénomène inédit a un caractère scientifique imminent » avant de souligner « nous voulons d’abord mobiliser des moyens scientifiques locaux et internationaux par la suite». Il est possible que cela aboutisse à terme, à faire du PNBA un laboratoire d’observation du changement climatique. Bien que cela n’ait pas été confirmé, le changement climatique pourrait être à l’origine de la formation de la lagune de « bellat ».

Sélaciens au menu

Après avoir épuisé le premier point de l’ordre du jour, les participants sont passés au suivant : les sélaciens. Il s’agit là des raies et requins avec une durée de vie limitée et un taux de fécondité très bas. la pêche de cette espèce menacée de disparition a été interdite.

La loi autorise la population locale (imraguen) à pratiquer une pêche de subsistance. Mais depuis ces dernières années, « cette pêche tend à devenir commerciale », selon un intervenant. Cette crainte de transformation de la pêche de subsistance en pêche commerciale, inquiète au plus haut niveau.

C’est ce qui ressort du rapport de la mission dépêchée du 6 au 13 janvier 2014 au PNBA, par le Centre du Patrimoine Mondial de l’UNESCO. La mission a formulé 18 recommandations qui doivent être mise en pratiques.

Le PNBA à la manœuvre

Prenant la parole, l’avocat et directeur du PNBA Me Aly Ould Mohamed Salem, a indiqué « qu’aucun effort n’est ménagé pour la lutte contre la pêche ciblée des sélaciens » avant d’ajouter que le PNBA « opte pour une approche participative et un dialogue avec les populations locales qui vise à leurs faire saisir les enjeux autour de la pêche des sélaciens ».

Cette approche précise le directeur se matérialise par des rencontres et missions de sensibilisations sur le terrain, conformément « à la recommandation numéro deux de l’UNESCO ».

Alternatives…

Les interventions ont pour la plupart tourné autour de deux aspects. Le premier concerne l’interdiction et l’avenir de la pêche des sélaciens. Cet aspect du sujet ouvre la voie à une autre interrogation. Quelles alternatives possibles, pour donner à la population locale, les moyens de vivre dignement.

Interdiction totale ?

Notons, en outre, qu’une troisième question peut être posée dans le cadre de la lutte contre la pêche des sélaciens. En effet, les ailerons séchés et salés ne sont pas consommés au niveau local mais vendus à des commerçants étrangers (Nigéria Ghana). Ces derniers en exportent des tonnes à l’étranger.

Ce qui veut dire, qu’ils payent une taxe aux douanes qui alimentent le trésor public. Plus le montant des rentrées annuelles est élevé, plus l’interdiction totale sera difficile à envisager et appliquer. D’où la question : Les autorités sont elles suffisamment motivées pour se priver d’une telle rentrée de fonds d’une part et effectuer des dépenses en plus pour offrir une alternative à la population locale?

Nouveaux siège du PNBA

Une chose est cependant sûr, tous s’accordent pour dire qu’il y a « nécessité d’agir pendant qu’il est encore temps ». Au terme de cette journée chargée, les participants à la réunion ont été invités à visiter les nouveaux locaux du PNBA dont la construction a été financée avec la coopération allemande « WFK) à hauteur de 280 000 000 d’Ouguiyas.

Selon le directeur, ce siège « est conçu pour l’épanouissement du personnel et des visiteurs »
. Le bâtiment principal a une superficie de 1842m2 tandis que l’unité opérationnelle est de 250m2 environ.

Ce siège qui a poussé au milieu du désert devra faire face à plusieurs défis, dont celui de l’entretien. La date l’inauguration n’est toujours pas connue.

Le PNBA faut-il le rappeler, a été créé en 1976 et a été inscrit en 1989 sur la lise du patrimoine mondial. Le PNBA « constitue l'habitat le plus important de L’Atlantique oriental pour les oiseaux nicheurs de l'Afrique de l'Ouest et les échassiers migrateurs d'origine paléarctique », lit-on sur le site du patrimoine mondial de l’UNESCO

Amadou Sy











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Commentaires (3)

  • moukhabarat (F) 11/05/2017 15:06 X

    La Mauritanie doit disposer d'une institution de suivi par satellite du Banc d'Arguin. Pour le rappel le Banc d'Arguin est précurseur en Mauritanie de cette discipline mais ses experts l'on quitté.

  • ELVALLI (H) 11/05/2017 13:37 X

    Le joyau écologique et environnemental qu’est le Parc National du Banc d’Arguin, crée par la volonté de grands hommes de sciences tels T. Monod et de grands hommes politiques vraiment nationalistes tel M. Daddah, convaincus de son intérêt majeur pour la nation, la sous-région et pour le reste du monde, pourra-t-il trouver des hommes nouveaux assez convaincus et assez puissants pour le défendre de la menace de l’exploitation des hydrocarbures dans l’offshore de la cote mauritano-sénégalaise ? BP qui vient de s’acheter la zone maritime plus au sud du Parc pour exploitation du gaz est à l’origine de la plus grande marée noire de l’histoire par déversement à partir de son forage exécuté par la plateforme « Deep Water Horizon » 5 milliards de mètres cubes de pétrole brut dans le golf du Mexique ! Barak Obama leur a infligé la plus grosse amende de l’histoire des pollueurs soit 25 milliards de dollars. Mieux vaut prévenir que guérir…

  • El Houssein (H) 11/05/2017 11:46 X

    J'ai eu l'honneur et la chance d'assister hier à Chami, à une séance du Conseil Scientifique du Banc d'Arguin, à l'invitation de son aimable SG, Monsieur Lemhaba Ould Yarba, pour présenter une communication sur la découverte d'une Rivière souterraine dans le Nord Ouest de la Mauritanie. J'ai rencontré des imminentes personnalités, des très grands scientifiques internationaux étrangers et mauritaniens de l'Amérique, de lEurope et d'Afrique, de grands professeurs mauritaniens qui traitent dans la discrétion et la maîtrise parfaite de très sérieux problèmes de recherches sur la flore, la faune, l'eau et autres dans le Banc d'Arguin. Je remercie vivement cette honorable assistance sans oublier de le DG du PNBA, qui a entouré tout le monde des bons soins qu'il connaît bien.