09-11-2017 01:30 - Nouvelle parution d’Abdarahmane Ngaïdé : Au Kaffe avec Ergës, Dakar, l’Harmattan-Sénégal, 2017

Nouvelle parution d’Abdarahmane Ngaïdé : Au Kaffe avec Ergës, Dakar, l’Harmattan-Sénégal, 2017

Les Traces de l'Info - Cette publication d’Abdarahmane Ngaïdé ouvre une nouvelle collection (« Petites Gens ») que l’auteur co-dirige, à la maison d’édition l’Harmattan-Sénégal, avec le journaliste et philosophe Ibrahima Mané. Argumentaire de « Petites Gens ».

La collection Petites Gens n’est point un espace où l’on raconterait juste toute « la misère du monde », ni non plus un lieu d’écritures qui se déploie comme un simple « art de faire ». Petites Gens tente une aventure à travers le ronronnement diffus du social afin de rendre compte de toute sa richesse, dans un langage brut, qui puise dans les ressources de l’humour et de l’ironie, de quelques-unes de ses facettes les plus expressives.

Petites Gens est une place largement ouverte (dingiral ou pènc) à l’insolite, c’est-à-dire à ces « choses », à ces « fulgurances » qui titillent la curiosité intelligente, lui permettant ainsi d’emprunter le large et fécond boulevard de l’innovation. Celle qui nous permet de frôler la frontière qui sépare une « histoire vraie », d’une « histoire réelle ». C’est-à-dire cette histoire qui se fabrique de manière quotidienne et qui mérite d’être rendue.

Petites Gens se fraie comme un chemin d’aventures avec l’investigation de « l’utilité de l’inutile » afin d’appréhender sa réelle place dans nos imaginaires, c’est-à-dire ceux qui informent notre propre réalité.

La collection Petites Gens a donc pour ambition déclarée de rendre compte de la production quotidienne de l’histoire à partir de lieux diversifiés avec des textes qui puisent dans le « cru » de la vie telle qu’elle est vécue. Il ne s’agit pas ici d’une production de textes narratifs fades, mais plutôt d’une grosse envie de faire voyager le lecteur à travers la poéticité de la société, et du même coup l’instruire en l’égayant.

Parce que l’humour, l’ironie, la forme et les images doivent servir ici de fils conducteurs afin que l’instruction puisse épouser pleinement tout son sens et sa finalité dernière : se diffuser totalement dans toutes les couches de la société.

Quatrième de couverture

Un kaffe refroidit au comptoir pendant que son histoire s’écrit en mémoire… Et Ergës màgg bu soppaliku xale bu reew est là matinal comme jamais, le voilà qui… qui peut disparaître pendant de longs mois avant de revenir enquiquiner tout son monde. Sa présence dans le Béréb, envahissante certes, est en même temps égayante ; on y apprend, en riant de tout, oubliant le kaffe qui a cessé instinctivement de « fumer ». La vapeur n’a de sens que lorsqu’elle s’est totalement évaporée…

Au kaffe avec Ergës est une errance dans le fantastique du quotidien et ces/ses milles fils conducteurs qui interconnectent les discussions, se nouant en se dénouant autour de questions, dépassant largement les préoccupations centrales de ceux qui ensemble produisent une partie de la rationalité de leur propre rencontre.

Extraits 1 Préface (p. 13-14) « Dans aucune case »


« À la lecture de ce récit inclassable, on peut dire que le périple culturel, qui contient une belle promesse, est une véritable réussite. En effet, l’auteur nous invite à parcourir un territoire inexploré, avec une stylistique qui lui est propre, mais aussi à la recherche d’un espace qui foudroie les frontières iniques qui séparent les cultures. C’est un intervalle littéraire qui est celui des terres culturelles métissées en profondeur.

Au kaffe avec Ergës est un véritable récit historique, culturel, métaphysique, philosophique et sensible. L’auteur y explore le langage de manière très imagée, drolatique et poétique, tout en instruisant le lecteur de notre culture ancestrale métamorphosée par son regard, son talent et son imaginaire.

Le récit est construit dans une sorte de fusion des sens qui mélange la parole, la musique du langage, les sons, les couleurs, les effluves, les images, autrement dit il invente un art polymorphe qui apporte une touche esthétique rafraîchissante.

La construction y est intelligente, érudite même, et toujours savamment distante, jouant de l’humour et d’une virtuosité rythmique et poétique.

Ainsi, ce récit est une totale surprise littéraire qu’il est impossible de classer dans un genre défini. Cette initiation romanesque olfactive et sensorielle ne rentre dans aucune case et c’est finalement une bonne chose.

La littérature n’est-elle pas justement celle par qui l’inattendu se produit ? N’est-elle pas l’interprète idéale pour bousculer nos préjugés, nos pensées préconçues dans le but de dépasser nos humanités et nos errements, et dans la volonté de rebâtir une vérité nouvelle par les mots et une certaine allégorie ?

Une vision renouvelée, attachée à son histoire, mais pas du tout figée et qui s’inscrit dans le cheminement de la renaissance africaine. »


(Amadou Elimane Kane, Poète-écrivain, enseignant-chercheur, fondateur de l’Institut Culturel Panafricain et de Recherche de Yene)

Extrait 2 (p. 15)

« Lorsque, ce matin, je suis arrivé, la grande salle se présenta à moi dans toute son immensité architecturale, réfléchie et concurrente que surplombent quatre carrés aux très vives couleurs, jaune, bleu, vert et mauve, séparés par une croix blanche, et ayant une bande rouge, sous la forme d’un fer-à-cheval, comme pourtour.

L’air alizéen m’accueillit de partout, ouvrant largement toutes mes artères avant d’emplir et de gonfler mes poumons de ce doux parfum si particulier qui règne dans cet endroit.

Une sourde musique me parvenait déjà, avec un vieux tube d’Oumar Pène, montant de derrière le comptoir, sur lequel était posée une tasse toute blanche portant la marque LavAzza et qui laissait s’échapper non pas, une fumée, mais plutôt une mince vapeur de kaffe dont le parfum titillait de loin les narines intéressées d’un fin gourmet. »


Extrait 4 (p. 29)

« L’histoire est une éminente question de projection. C’est une balle qui ricoche, mais finit toujours par atteindre une certaine cible. L’analyse de sa trajectoire dépendra, elle, de l’enquête qui sera ouverte après la découverte du préjudice subi ou commis. Reconstitution et retour sur le lieu du crime, études balistiques, portrait-robot, décryptage téléphonique, traque sur Internet… Finalement il s’agit d’une opération qui toujours aboutit à une forme de traçabilité. Parce qu’on suit des traces.

Ergës a perdu celles de ses modèles. En les décrivant, il l’est dépeint en de véritables personnages de romans policier, de photo-romans, de BD… entre Lucky Luck, Leuk le Lièvre et « Bukki Tukki », jusqu’à l’enclos du pauvre mbaam xuux de Lapu Diokh. Tout ça… là… dans sa tête. Il continue de gonfler et de dégonfler ses joues, s’il ne tourne pas la tête en refusant de vous serrer la pince. Hygiène oblige dit-il, à haute voix, avec un singulier biiñ qu’il est le seul à avoir le secret. Ergës est, ce qu’on appelle en pulaar, un hanjere c’est-à-dire un vieux gombo avec toutes ses fibres, inadéquat pour la confection d’un maafe kanja qui se respecte.

De toutes les manières, « une chèvre ne broute que là où elle est attachée ». Ah oui ! Donc un porc est un corps sans « s » parce que son sang a été vidé pour se métamorphoser en boudin créole à la sauce kaañi GuadelupwallaMartinik… Chaleur assurée ! »


Extrait 5 (p. 133)


« L’écriture est une spirale au bout de laquelle est accrochée une vrille qui tente de déverrouiller le dictionnaire social tel qu’il se renouvelle quotidiennement au fond de son propre magma. L’écrivain doit, semble-t-il, être toujours fasciné par le fait que les sociétés africaines, chaque matin, dés-instituent en instituant. Donc il doit pouvoir transe-écrire comme au temps des scripteurs.

Tapuscrit, manuscrit, transcript. Il faut donc les décrypter. Une histoire peut être vraie sans être réelle. Elle met toujours en jeu, le fond qui l’encadre et la forme qui le délimite en se limitant elle-même à ses propres limites.

Les mots fonctionnent comme ces milliers de fils d’Ariane multicolores, noués autour d’une brique, et que le tisserand tire toute la journée. Avec sa navette, il « porte » et fait « courir » les fils en les tissant ensemble pour produire une étoffe étoffée.

Ergës, lui, a oublié le « fil gris » qui traverse en les séparant le modèle, l’exemple et la leçon. »








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