12-09-2018 11:49 - L'Editorial du Calame: Kamikaze ou pas ?

L'Editorial du Calame: Kamikaze ou pas ?

Le Calame - Le premier tour des élections municipales, législatives et régionales a vécu. Et ses résultats n’ont été proclamés que samedi dernier, soit une semaine, jour pour jour, après la fin du vote. Certes, le scrutin était lourd : cinq consultations en une, plus de quatre mille bureaux de vote, près de deux mille deux cents listes en compétition et environ cent partis, pour un marathon où les recalés furent, et de loin, plus nombreux que les admis !

Un challenge presqu’impossible à relever, pour une commission électorale qui traînait un vice rédhibitoire, celui d’être plus politique que technique, et de ne pas avoir fait l’objet d’un consensus entre les partis, particulièrement ceux de l’opposition radicale qui considèrent, à juste titre, qu’ils en ont été exclus.

La CENI a, malgré tout et tant bien que mal, tracé son petit bonhomme de chemin, essuyant, au passage, salves sur salves de critiques. Dont certaines, il faut le reconnaître, sont bien fondées. Des représentants choisis sur des critères qui furent tout, sauf objectifs, et dont certains étaient ouvertement engagés dans la campagne de l’UPR ; des présidents de bureaux de vote zélés, au profit du parti/Etat, excluant les représentants d’autres partis ou refusant de remettre des copies des PV du dépouillement ; des cas de bourrage d’urnes signalés, ici et là.

Tout ceci, et autres « petits détails », ont-ils faussé, de manière significative, l’issue du scrutin ? « Oui », répond en chœur l’opposition pour qui la volonté des électeurs a été « usurpée », par la fraude massive et les manipulations généralisées des résultats. Au profit de qui, selon vous ?

Du parti dont le président de la République est devenu le directeur officiel de campagne ; celui qui se prévaut de plus d’un million cent mille adhérents mais dont, chose bizarre, moins du cinquième a voté en sa faveur ; le parti des notabilités, des féodaux, des fonctionnaires et de l’administration territoriale ; le parti, qui raflera, comme le PRDS en son temps, la majorité des sièges, au Parlement, et des conseils municipaux, avant de se volatiliser, à la première secousse qui emportera son fondateur ; un parti qui, malgré tous les moyens légaux et illégaux dont il a usé et abusé, ne réussira pas à obtenir les fameux deux-tiers des députés de l’Assemblée dont Ould Abdel Aziz s’est fait une barrière psychologique.

À moins de s’allier avec les autres partis de la majorité et autres qui auront obtenu des représentants à la Chambre, désormais unique, du Parlement. Pour faire quoi ? Tenter l’opération kamikaze des amendements constitutionnels et ainsi faire sauter le verrou des mandats présidentiels qui commence à hanter ses nuits.

Kamikaze : Personne qui se met délibérément en grand danger, à un niveau personnel, professionnel ou autre… On peut certes comprendre qu’Aziz joue le tout pour le tout, pour se maintenir au pouvoir, mais, en agissant ainsi, ne fait-il pas courir de plus graves dangers au pays ? La réponse, en fin de comptes, est bel et bien d’abord entre les mains des électeurs : ils ont encore la possibilité de faire élire plus d’un bon tiers d’opposants résolus à cette aventure.

On peut, bien évidemment, parier sur la capacité du pouvoir à tout faire, y compris la plus grossière fraude, pour contrecarrer cette éventuelle volonté populaire. Mais l’important est que celle-ci se manifeste : même s’il la camoufle, le pouvoir saura parfaitement, lui, à quoi s’en tenir. Et mesurer, ainsi, l’exact danger de l’option kamikaze…

Ahmed Ould Cheikh



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Commentaires (2)

  • aminatat (H) 12/09/2018 14:23 X

    M ould cheikh, je vous renvoie aux rapports des observateurs indépendants qui notent la transparence de ces dernières élections. Notre président a fait de la transparence de ces élections un point d'honneur. Il a donné des instructions claires et precices pour que les élections se déroulent démocratiquement. Quand à la ceni, sous l'impulsion de notre président, elle a effectué un travail de qualité c'est pour cette raison que les résultats ont été publiés une semaine après le scrutin, ce qui a permis de vérifier tous les résultats et d'étudier tous les recours et réclamations. Comme vous l'avez constaté lupr a raflé la mise et ce grâce à la confiance que les citoyens ont en notre président. La lecture de ces résultats est toute simple:face à une opposition moribonde le parti du président n'a eu aucun mal à remporter les élections dans la majorité des communes

  • synthetiseur (H) 12/09/2018 12:06 X

    La constitution de la République Islamique de Mauritanie est on ne peut plus claire..«le président de la République est rééligible une seule fois». L’article 29 (nouveau) ajoute «le président de la République nouvellement élu, entre en fonction à l’expiration du mandat de son prédécesseur. Avant d’entrer en fonction, le président de la République prête serment en ces termes: «je jure par Allah l’unique de bien remplir mes fonctions, dans le respect de la Constitution et des lois, de veiller à l’intérêt du peuple, de sauvegarder l’indépendance et la souveraineté du pays, l’unité de la patrie et l’intégrité du territoire national. Je jure par Allah l’unique, de ne pas prendre ni soutenir, une initiative qui pourrait conduire à la révision des dispositions constitutionnelles relatives aux conditions de la durée et du renouvellement du mandat du président de la République, prévues aux articles 26 et 28 de la présente Constitution». Ce serment a été la garantie et une garantie en béton trouvée par feu le constitutionnaliste Ahmed Salem Ould Boubout, car il ne s'agit pas d'un serment assimilable à celui qu'un homme ordinaire peut faire dans certains aspets de sa vie, il ne s'agit pas d'un serment pris à son initiative et dont il peut "racheter" la violation par une "kaffara". C'est un serment dicté dans son principe et dans son contenu par le Constituant et pour une finalité supérieure : Rendre possible l'alternance démocratique dans le pays. Dailleurs le Président est visiblement le seul imbu dans son système de cette réalité lui qui sans relache declare qu'il ne briguera pas un troisième mandat. Et tout indique qu'il tiendra sa parole. Le contraire couterait trop cher à la Mauritanie et au Président Aziz lui-même..