30-10-2022 07:03 - Mali : le bambara en étendard ?

Mali : le bambara en étendard ?

Jeune Afrique - En plein débat sur l’avant-projet de nouvelle Constitution malienne, la revalorisation des langues nationales pourrait conduire à la reconnaissance du bamanankan comme langue officielle.

Le 24 octobre dernier, arrivé à Moscou en brandissant son passeport béninois – comprendre « pas son passeport français » – l’activiste Kemi Seba tirait à boulets rouges sur l’élite française, sur la Françafrique et sur le franc CFA, le tout en… langue française.

Certes, la francophonie est de moins en moins hexagonale et l’écrivain algérien Kateb Yacine invitait les anciens colonisés à se saisir du français comme d’un « butin de guerre » ; mais les pourfendeurs maliens de la politique française en Afrique semblent décidés à pousser le bouchon de la cohérence un peu plus loin…

Modifier une Constitution jusque-là largement calquée sur celle de la Ve République française fait partie de cette cohérence des nouvelles autorités, tout comme interroger la place des langues nationales dans la vie du pays. Le français y est la langue officielle utilisée par l’Etat, les services publics et bon nombre d’enseignants. Faut-il accorder au bamanankan un statut identique ? L’article 31 de l’avant-projet de nouvelle Constitution n’écarte pas cette hypothèse, et l’envisage à terme pour toute langue « patrimoniale » du pays. Est-ce si simple ?

Des langues « compétitives » ?

Primo, si quelques pays africains indépendants ont conservé le vocabulaire et la grammaire de l’ancien colon comme langue officielle, c’est d’abord par souci d’uniformisation, voire de cohésion sociale, sur des territoires aux parlers divers. Si seul le bambara devait être promu au rang « officiel », faudrait-il brandir des statistiques de linguistes – 70 à 80 % de la population utiliseraient cette langue – pour justifier la mesure aux locuteurs du senoufo, du fulfulde, du soninké, du bozo, du tamasheq ou encore du songhaï ?

Secundo, comment gérer le tremblement de terre que représenterait, au niveau de l’éducation, un éventuel statut de langue officielle exclusif du bambara ? Quid du renouvellement de tant de manuels scolaires et autres supports ? Quid des projets d’uniformisation des examens au niveau de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) ? Quid de la compétitivité des diplômés au-delà de l’Afrique ? Certes, le français n’est que la cinquième langue la plus parlée au monde, après le mandarin, l’anglais, l’espagnol et l’arabe, et les Maliens à ambitions internationales n’ont pas attendu pour apprendre les langues jugées « compétitives ».

Au moment de l’éventuelle promotion du bamanankan comme langue officielle, il faudra donc décider si le bambara partage ce statut avec le français, d’une part, et avec d’autres langues nationales, d’autre part. Et poser les jalons d’une transition linguistique progressive. Si la situation sécuritaire le permet, un référendum devrait entériner ou non, en 2023, l’avant-projet de Constitution. Un avant-projet certainement soumis aux électeurs en une kyrielle de langues…

Par Damien Glez
Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.



Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité


Source : Jeune Afrique
Commentaires : 0
Lus : 1755

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (0)