13-01-2026 12:28 - Exploitation minière artisanale : quand Maaden prêche la sécurité sans assumer ses responsabilités

Exploitation minière artisanale : quand Maaden prêche la sécurité sans assumer ses responsabilités

Le Quotidien de Nouakchott -- La société Maaden Mauritanie a lancé, ce week-end à Sfeiriyatt (moughataa de F’Deirick), une nouvelle campagne de « sensibilisation » destinée aux orpailleurs opérant dans la wilaya du Tiris Zemmour.

Objectif affiché : alerter sur les dangers de l’exploitation minière artisanale hors des zones autorisées et au-delà des frontières nationales. Une initiative présentée comme responsable, mais qui soulève de sérieuses interrogations.

Car derrière le discours officiel sur la sécurité, l’environnement et le respect de la loi, se cache une réalité bien plus complexe : l’échec persistant de l’encadrement réel du secteur de l’orpaillage artisanal en Mauritanie, dont Maaden est pourtant l’acteur central.

Sensibiliser… après coup

Depuis plusieurs années, les drames humains liés à l’orpaillage clandestin se multiplient : éboulements mortels, intoxications au mercure, traversées périlleuses vers des zones frontalières mal contrôlées, notamment au nord et à l’est du pays. Dans ce contexte, la campagne lancée à F’Deirick ressemble davantage à une opération de communication tardive qu’à une réponse structurelle.

Distribuer quelques équipements de protection individuelle et organiser des séances de sensibilisation ponctuelles ne saurait masquer une évidence : si des milliers d’orpailleurs quittent les zones autorisées, c’est parce que ces zones sont souvent saturées, peu rentables ou insuffisamment aménagées.

Une responsabilité institutionnelle éludée


Maaden Mauritanie rappelle avec insistance que l’orpaillage artisanal doit se limiter aux zones désignées par la société. Mais une question demeure : ces zones sont-elles réellement adaptées, sécurisées et économiquement viables pour les prospecteurs ?

Beaucoup d’orpailleurs dénoncent depuis longtemps : l’insuffisance des périmètres ouverts à l’exploitation, l’absence d’infrastructures de base (eau, santé, sécurité), le coût élevé des autorisations et des services, une gouvernance perçue comme lointaine et bureaucratique et surtout l’obligation de vendre leur production à des conditions peu avantageuses à une obscure société privée.

En se contentant d’un discours moral sur le « respect de la loi », Maaden évite d’interroger ses propres choix de gestion et de planification du secteur.

Le paradoxe de l’État accompagnateur… et sanctionneur

La présence du wali du Tiris Zemmour et des autorités administratives lors du lancement de la campagne donne à l’événement une forte dimension institutionnelle. Mais elle met aussi en lumière un paradoxe : l’État se présente à la fois comme protecteur des orpailleurs et comme acteur d’un système qui les pousse à la clandestinité.

Qualifier l’orpaillage artisanal d’« activité économique à dimension sociale » suppose autre chose que des slogans : cela exige une véritable politique publique intégrée, associant aménagement des sites, dialogue permanent avec les orpailleurs, transparence dans l’attribution des zones, la commercialisation et contrôle effectif des conditions de travail.

Une communication bien huilée, une réforme attendue

La campagne de Maaden s’inscrit officiellement dans les orientations du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani en matière de régulation du secteur minier artisanal. Mais la répétition des mêmes messages depuis des années, sans changement visible sur le terrain, finit par fragiliser la crédibilité de ces initiatives.

À force de privilégier la communication à la réforme de fond, Maaden risque de transformer la « sensibilisation » en aveu implicite d’impuissance.

La sécurité des orpailleurs ne se décrète pas lors de cérémonies officielles : elle se construit par des décisions courageuses, une gestion inclusive et une reconnaissance réelle des contraintes sociales et économiques de ceux qui vivent de l’orpaillage.



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