15-01-2026 09:12 - Après l’intervention du président, s’achemine-t-on vers... Un dialogue différent des autres?
LE CALAME - La question est sur toutes les lèvres et taraude surtout les acteurs politiques de l’opposition. En effet, si du côté des pôles de celle-ci on reste assez prudent, du côté de la présidence, là par contre, les premiers pas semblent prouver que le président de la République voudrait marquer le coup, afin de ne pas réitérer l’échec de sa première tentative de dialogue en 2022.
Un sacré défi pour le marabout-président qui voudrait mettre en relief son deuxième et dernier (?) mandat dans l’histoire politique du pays. Un dialogue qui était sur le point de démarrer avait été reporté sine die. Et, pour éviter un nouveau revers, la présidence travaille à la réussite du nouveau processus en cours.
Elle a nommé un facilitateur qui connaît le landerneau politique et tout ce qui s’y agite ou presque, s’attelant à en écouter l’ensemble des acteurs, majorité et opposition ; le Président lui a donné un mandat d’œuvrer pour un dialogue inclusif.
Après plus de sept mois de multiples concertations, Moussa Fall a concocté une feuille de route grâce à l’ensemble des propositions des acteurs politiques et mis en évidence un constat : elles sont toutes similaires. Son rapport est entre les mains du Président depuis Octobre dernier. Trois mois plus tard, celui-ci ne cesse de réaffirmer sa volonté de faire participer l’ensemble des acteurs politiques.
Mieux, il a accepté de tous les rencontrer et s’est engagé, de vive voix, à ce que les résolutions consensuelles du dialogue national et leurs implications seront mis en œuvre, à travers un mécanisme de suivi. On peut dire, en tout cas, que les préparatifs du dialogue sont, à ce jour, différents des dialogues passés.
L’opposition satisfaite
C’est d’ailleurs pourquoi l’opposition démocratique a exprimé un sentiment de satisfaction lors de la rencontre des pôles avec le président Ghazouani, le 8 Janvier dernier au Palais. Pour ces acteurs politiques, celui-ci s’est montré ouvert, clair et rassurant, leur donnant une bonne impression en acceptant même de répondre à un certain nombre de leurs préoccupations. L’opposition tenait à ce qu’il pose des actes susceptibles de rassurer l’opinion sur la réalité de ses intentions d’aller à un dialogue franc, inclusif et sans sujet tabou.
Selon lesdits responsables, ces préoccupations ont concerné la loi sur la nouvelle loi régissant la fondation et la gestion de partis politiques, l’accès aux media publics par l’opposition, les conflits fonciers, la libération de détenus d’opinion et les rumeurs sur les risques de voir s’inviter l’hypothèse d’un troisième mandat présidentiel dans le conclave, à travers la thématique de la gouvernance et de la démocratie.
Excepté la libération des détenus qui relève de la justice, le Président s’est montré des plus réceptifs et a promis de trouver des solutions adéquates. Les partis politiques en attente de récépissé pourraient voir leur situation évoluer…
Quant au troisième mandat sur lequel certaines rumeurs de salon courent, probablement pour faire capoter le dialogue – certains faucons de la majorité étant suspectés de s’opposer à la tenue de celui-ci –, le président de la République a plus que rassuré ses opposants, en laissant clairement entendre qu’il n’est pas intéressé par une telle suite et qu’il veut simplement que l’ensemble des acteurs politiques, de la majorité et de l’opposition s’asseyent autour d’une table, discutent pour trouver des solutions consensuelles aux problèmes majeurs que connaît leur pays.
Il s’agit, ici, de l’unité nationale dont les frictions et méfiances ne cessent de préoccuper les patriotes et de la mauvaise gouvernance qui gangrène le pays, installant le sentiment d’avoir deux Mauritanie : celle des nantis pouvant profiter de la complicité et de l’impunité pour sucer et piller les biens de la Nation et celle des exclus (démunis) qui se battent pour leur survie. Un autre défi que Mohammed ould Ghazouani s’est engagé à relever ; non sans difficulté, car c’est un problème de système fortement ancré.
Mais, malgré les assurances données par le président de la Républiques à ses visiteurs, l’opposition s’est voulue assez prudente. Tous les obstacles ne sont pas totalement levés, dit-elle, quelques lignes rouges demeurent : notamment cette histoire de 3ème mandat, la neutralité de l’Administration et des forces de défense et de sécurité, etc.
Des questions qui pourraient être discutées lors des prochaines étapes du processus. Aujourd’hui, les esprits sont suspendus sur les amendements que pourraient apporter l’opposition sur le document qui leur a été remis par la Présidence. C’est dire que le démarrage du dialogue est loin d'être lancé…
Dalay Lam
