15-01-2026 19:36 - Ibrahima Ba (ex-Meta) : « Il faut continuer d’investir dans les câbles internet sous-marins »
Kassataya -- La ruée des financements vers les data centers liés à l’entraînement de l’intelligence artificielle ne doit pas oblitérer les besoins qui demeurent dans l’équipement du continent en fibre optique sous-marine et terrestre, prévient l’ancien directeur des infrastructures de réseaux chez Meta.
Le Mauritanien Ibrahima Ba est l’un des rares profils d’ingénieurs à être courtisé par la tech américaine.
Depuis qu’il a quitté son poste fin 2024 de directeur des infrastructures de réseaux chez Meta, le diplômé de l’école des Mines de Saint-Étienne en France, ne cesse d’être rappelé par le groupe de Mark Zuckerberg pour un éventuel retour.
Les Etats africains doivent-ils jouer un rôle plus important dans ce secteur et se garantir une certaine souveraineté ? Si oui, comment ?
Oui, l’Afrique doit jouer un rôle plus important. Une des approches pourrait être la connectivité régionale. Les pays qui n’ont pas un accès direct ou suffisant aux câbles sous-marins existants pourraient se connecter indirectement à travers les pays voisins via des systèmes feston (câbles sous-marins sans répéteurs électroniques, donc plus faciles à installer) ou des liaisons transfrontalières terrestres. C’est à ce niveau qu’il faudrait rapidement investir.
La fibre terrestre fait aussi partie des solutions. L’Afrique a la chance d’être un continent de 1,4 milliards d’habitants.
Il existe de nouvelles technologies de fibre terrestre qui reproduisent la qualité, les caractéristiques techniques des câbles sous-marins.
Enfin, il faut encourager le développement d’industries de câbles sous-marins. C’est un investissement à long terme mais important. Des initiatives existent, comme Africa Subsea Ecosystem Forum, et elles doivent être soutenues.
Est-ce pertinent de chercher la souveraineté sur ce point, ou doit-elle être garantie ailleurs ?
Il faut nous concentrer sur le développement d’applications locales et la diversification de nos partenaires géostratégiques. Les infrastructures rattraperont leur retard, bien qu’assurer la souveraineté numérique demande un plan à long terme, coûteux et s’appuyant sur une coordination régionale. Un slogan ne suffit pas. La souveraineté numérique ne s’obtiendra pas si chacun des 54 pays africains décide d’avoir ses câbles sous-marins, ses propres fibres optiques et ses data centers.
Source : Jeune Afrique n° 3156 (Janvier 2026)
