26-01-2026 23:15 - Le premier ministre face aux députés Un discours maîtrisé face à une réalité sociale persistante
SHEMS MAARIF - Il y a, dans l’exercice parlementaire, une part de rituel immuable. Chaque année, le chef du gouvernement vient défendre son bilan, chiffres à l’appui, devant une Assemblée nationale partagée entre applaudissements attendus et critiques prévisibles. La récente intervention du Premier ministre Moctar Ould Diaye n’a pas échappé à cette règle. Et pourtant, elle mérite que l’on s’y attarde.
Pendant près de quatre heures, le Premier ministre a déroulé un exposé dense, méthodique, presque chirurgical. Les chiffres se sont succédé, précis, ordonnés, cherchant à démontrer la cohérence de l’action gouvernementale et à projeter une image de maîtrise et de continuité. Sur la forme, l’exercice fut réussi. Sur le fond, le débat reste ouvert.
Sans surprise, les députés de la majorité ont applaudi, comme à leur habitude, saluant la clarté du propos et la solidité des arguments. L’opposition, elle, a dénoncé un discours trop lisse, parfois déconnecté des réalités sociales, n’hésitant pas à brandir le terme de « démagogie ». Mais force est de constater que ces critiques, bien que vigoureuses, n’ont pas réellement ébranlé l’hémicycle, ni convaincu au-delà de leurs propres rangs.
Moctar Ould Diaye, conscient des limites inhérentes à tout exercice de pouvoir, a choisi la voie de l’apaisement. Reconnaissant que « l’œuvre humaine n’est jamais parfaite », il a salué le patriotisme de ses contradicteurs, affichant une posture rare dans un paysage politique souvent crispé. Calme, posé, sûr de lui sans être arrogant, il a répondu à l’essentiel, esquivant le superflu.
Pourtant, au-delà des murs feutrés du Parlement, le citoyen ordinaire peine à percevoir une rupture. Ce qui s’est joué dans l’hémicycle rappelle, à bien des égards, les débats ayant accompagné les passages de Ould Bilal, Ould Cheikh Sidiya, Ould Hedemine, Ould Bechir ou Mohamed Laghdaf. Les visages changent, les discours se renouvellent, mais la mécanique demeure.
La différence, indéniable, réside dans l’homme. Moctar Ould Diaye est, de loin, le plus éloquent des Premiers ministres que le pays ait connus depuis la démocratisation du début des années 1990. Sa maîtrise de la langue, son sens du rythme et sa capacité à captiver son auditoire lui confèrent une stature particulière. Il parle bien. Très bien. Peut-être trop bien, diront certains.
Mais l’éloquence, aussi brillante soit-elle, ne nourrit pas, ne rassure pas et ne crée pas d’emplois. Pendant que les chiffres s’alignent à la tribune, la cherté de la vie, l’insécurité et le chômage continuent de peser sur le quotidien des Mauritaniens. C’est là que se joue le véritable test du pouvoir : non pas dans la beauté du discours, mais dans sa traduction concrète dans la vie des citoyens.
En définitive, le Premier ministre a remporté la bataille de la parole. Reste à gagner celle de la réalité. Et c’est sur ce terrain, bien plus exigeant que l’hémicycle, que l’histoire jugera l’action du gouvernement.
Yedaly Fall
