09-02-2026 22:30 - A Kaédi, le président Ghazouani remet les pendules à l'heure de l'unité nationale et de la cohésion sociale
Le Président Ghazouani, s’adressant aux habitants du Gorgol, a prononcé une phrase qui, à elle seule, résume une rupture attendue depuis trop longtemps :
« J’aurais aimé m’adresser à vous en pulaar ou en soninké, mais malheureusement, je n’ai pas eu l’opportunité d’apprendre nos langues nationales. »
Cette déclaration n’est pas une formule de courtoisie. Elle est un acte politique. Elle constitue une marque de respect explicite d’un Chef d’État à l’endroit des populations de la Vallée, longtemps habituées — depuis des décennies — à l’inverse : le mépris, la violence, l’effacement, et le déni systématique de leurs droits les plus élémentaires.
En parlant en hassaniya tout en se faisant traduire, au fur et à mesure, en pulaar et en soninké, le Président a posé un geste d’une portée symbolique considérable : il a rappelé, par les faits, que ces langues sont des langues nationales à part entière, et que leurs locuteurs ne sont pas des citoyens de second rang.
Ce choix rompt frontalement avec une pratique politique ancienne — et parfois assumée — où l’exclusion des négro-africains de la vie publique commençait d’abord par l’exclusion de leurs langues du discours officiel, comme si elles n’appartenaient pas au patrimoine commun.
Le message est clair : l’unité nationale ne se construit pas par l’effacement des identités, mais par leur reconnaissance. C'est le plus beau des plaidoyer pour leur officialisation qu'il a déjà explicitement admis dans le Pacte républicain signé il y a 3 ans avec le RFD et l'UFP.
Mais c’est surtout sur le terrain de la mémoire collective que le discours présidentiel a pris une dimension historique.
« Notre histoire a des pages glorieuses et des chapitres que nous aurions préféré ne jamais écrire. »
« La force des nations se mesure à leur capacité à reconnaître leur histoire dans son intégralité. »
« Le moment est venu pour le peuple mauritanien d’assumer courageusement sa responsabilité envers son histoire. »
Ces phrases, prononcées à Kaédi, ne sont pas neutres. Elles constituent, dans le contexte mauritanien, une prise de parole rare, et même audacieuse, car elles abordent de front un sujet que l’État a trop souvent contourné : celui des injustices politiques, sociales et identitaires qui ont fracturé le pays, en particulier dans la Vallée, et dont les séquelles restent encore visibles dans la confiance brisée entre citoyens et institutions. Voilà la meilleure façon d'aborder, en vue de son règlement défîitif, le douloureux Passif humanitaire que son premier Ministre a abordé dans le même esprit, devant l'assemblée nationale il y a juste quelques jours.
Le Président a souligné que chaque composante du pays, communautaire ou régionale, a pu, à un moment ou à un autre, causer ou subir du tort. Autrement dit, il a refusé le confort du récit unilatéral, sans pour autant nier la réalité des injustices. Il a rappelé, en creux, que la Mauritanie ne peut pas continuer à avancer si elle refuse d’affronter son histoire dans sa totalité. Le récit national reprend donc son chemin pour tous.
« Il n’y a aucun espoir pour un peuple qui se complaît à rester prisonnier d’un moment précis de son histoire, aussi douloureux soit-il. »
Cette phrase est centrale. Elle signifie que le pays doit sortir du double piège :
celui du déni, qui humilie les victimes et alimente la rancœur ;
et celui de l’enfermement, qui transforme la douleur en destin politique permanent.
Reconnaître l’histoire ne signifie pas s’y enfermer. Mais refuser de la reconnaître, c’est condamner le pays à la répétition.
En posant enfin cette idée :
« Ce qui nous unit est bien plus profond et plus fort que ce qui pourrait nous diviser »,
le Président a tenté de réinstaller le débat national sur son terrain légitime : celui d’un avenir commun.
Bien évidemment, cette parole, aussi forte soit-elle, ne suffira pas à elle seule. Car le peuple mauritanien ne juge plus seulement les discours : il juge les actes.
Si cette séquence de Kaédi marque une rupture, alors elle doit ouvrir une nouvelle étape : celle où la reconnaissance symbolique s’accompagne de décisions politiques concrètes — dans l’administration, dans l’armée, dans l’école, dans la justice, dans les médias, et dans toutes les institutions où l’exclusion a longtemps été normalisée.
Le moment est venu, en effet, pour la Mauritanie d’assumer courageusement sa responsabilité envers son histoire — toute son histoire — non pour rouvrir les blessures, mais pour enfin les traiter, les réparer, et construire un État réellement partagé.
Car une nation ne devient forte ni par l’oubli forcé, ni par l’amnésie institutionnelle, mais par la vérité, la justice et l’égalité.
A Kaedi, on a retrouvé des accents de grandeur politique que le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, El Marhoum, avait pu imprimer le peu de temps qu'il avait pu à notre vie politique. Puisse ce discours de Kaedi marquer le tournant que notre nation attend depuis des décennies pour reprendre la route de l'espoir dans l'union, la Fraternité et la souveraineté.
Gourmo Lô, 9 février 2026
