12-02-2026 16:35 - L’anti-Diaye ne doit pas se muer en discours anti-impôt et anti-État

L’anti-Diaye ne doit pas se muer en discours anti-impôt et anti-État

Mohamed Ould Mohamed El Hacen -- Depuis plusieurs mois, des campagnes coordonnées et multiformes sont menées contre le Premier ministre Mr Moktar Ould Diaye. Leur origine est généralement attribuée à des réactionnaires et populistes incultes qui, depuis 2019, ont fait de la déstabilisation institutionnelle de la Mauritanie une “ politique” assumée.

Ce qui est nettement moins compréhensible, et qui mérite d’être explicitement dénoncé, est l’implication présumée de certains cercles administratifs et politiques, au mépris du principe fondamental de solidarité gouvernementale, ainsi que de postulants précoces, impatients et déraisonnables, déjà engagés dans des calculs électoraux à quatre ans de toute échéance légale.

La dérive la plus grave demeure toutefois la récente campagne anti-impôt, qui constitue, en réalité, une campagne anti-État et anti-nationale. Il n’existe aucune expérience historique, aucune construction étatique moderne, ni aucune économie fonctionnelle sans un système fiscal structuré, légitime et opérant.

S’attaquer à l’impôt, c’est s’attaquer aux fondements mêmes de la souveraineté, de la redistribution et de la cohésion nationale. Une telle posture relève non pas du débat économique, mais de l’irresponsabilité civique.

Il est exact que l’acteur concerné, ancien directeur général des impôts puis ministre des Finances sous la “Décennie”, a été associé, dans un contexte donné, à un recours fiscal perçu comme excessif. Cette critique mérite d’être contextualisée et analysée, et non instrumentalisée.

En tant qu’économiste et spécialiste des questions financières, ayant étudié de manière approfondie l’évolution de la situation macroéconomique et financière de la Mauritanie entre 2008 et 2019, je tiens à rappeler, pour l’Histoire, les faits suivants, qui ne relèvent ni de l’opinion ni d’une prise de partie :

• la Mauritanie se trouvait dans une situation de surendettement critique, réduisant drastiquement sa capacité d’accès aux financements extérieurs ;

• les avoirs en devises atteignaient des niveaux alarmants, frôlant l’insolvabilité ;

• l’État a dû recourir à un emprunt exceptionnel de 300 millions de dollars auprès de l’Arabie saoudite afin d’éviter une cessation de paiement ;

• parallèlement, le pays subissait un choc externe majeur avec l’effondrement du cours du minerai de fer, passé de 174 à 37 dollars la tonne, combiné à la baisse des autres matières premières, conséquence directe du ralentissement de la demande chinoise et européenne.

Dans ce contexte, la faute historique n’a pas été le recours à l’impôt.

La faute majeure réside dans la gestion antérieure d’un afflux exceptionnel de ressources financières ayant alimenté, durant plusieurs années, les caisses de la SNIM et de l’État, sans que ces fonds ne soient mobilisés pour réduire la dette, constituer des réserves de stabilisation ou préparer le pays à un retournement brutal du cycle économique.

Ce sont précisément les recettes fiscales — et les efforts déployés par l’administration financière, de Ould Diaye, fussent-ils rigoureux, voire excessifs — qui ont permis d’éviter l’effondrement financier de l’État, dans un environnement marqué par une opacité structurelle privant aussi bien les cadres que les citoyens des outils nécessaires pour distinguer la réalité économique des récits fabriqués.

Cette mise au point s’impose pour l’histoire, mais aussi pour l’avenir.

Le recours à l’impôt n’est ni une faute morale ni un crime politique ; il constitue un instrument fondamental de souveraineté et de résilience économique.

Il doit être équitable, rationnel et proportionné. Car si l’impôt est une nécessité vitale pour l’État. Certes, tout excès, comme toute démagogie fiscale, dans ce domaine, demeure un poison pour la nation.

***

Mohamed Ould Mohamed El Hacen
Expert comptable. financier et bancaire
Diplômé de l’Université Paris IX DAUPHINE
10 Février 2026



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