05-06-2026 14:33 - Lettre ouverte à Son Excellence Monsieur Mohamed Ould Ghazouani

Lettre ouverte à Son Excellence Monsieur Mohamed Ould Ghazouani

Objet : Initiative mauritanienne de médiation préventive pour la stabilité politique au Sénégal

Monsieur le Président,

Je vous écris avec le sens de l’urgence et de la responsabilité qu’impose la situation politique actuelle en Afrique de l’Ouest, en particulier au Sénégal, dont la stabilité constitue un enjeu majeur pour l’ensemble de la sous-région.

Les dynamiques politiques sénégalaises, marquées par des tensions entre acteurs institutionnels, responsables politiques et forces sociales, révèlent les limites des mécanismes purement internes lorsqu’ils sont confrontés à de fortes rivalités et à des lectures partisanes. Dans ce type de configuration, le risque n’est pas seulement politique : il devient également institutionnel et social.

C’est pourquoi je soutiens l’idée d’une médiation régionale mauritanienne, multisectorielle, assumée et structurée, comme instrument de prévention et de stabilisation.

Une situation qui exige un tiers crédible

L’expérience montre que, dans les contextes de tension politique interne, l’arbitrage endogène est souvent fragilisé par :

• la polarisation des acteurs ;

• la méfiance entre les différents camps ;

• les interprétations subjectives des institutions ;

• les calculs politiques à court terme.

Dans ces conditions, l’intervention d’un tiers crédible n’est pas un luxe diplomatique : elle constitue un véritable outil de stabilité.

La Mauritanie comme acteur de confiance régionale.

En effet, la Mauritanie dispose d’un positionnement singulier :

• une proximité géographique, historique et humaine avec le Sénégal ;

• une continuité sociale, culturelle et religieuse entre les deux peuples ;

• un intérêt stratégique commun pour la stabilité du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest ;

• des échanges économiques et commerciaux croissants, qui font de la stabilité des relations bilatérales un enjeu de prospérité partagée ;

• l’exploitation commune des ressources gazières offshore, notamment à travers les projets énergétiques transfrontaliers, qui renforcent l’interdépendance stratégique entre les deux États ;

• une capacité à dialoguer avec l’ensemble des acteurs sans être directement impliquée dans leurs rivalités internes.

Ce positionnement confère à votre pays une légitimité naturelle pour faciliter un cadre de dialogue, à condition que ce rôle soit clairement défini comme neutre, limité dans ses objectifs et orienté vers la désescalade.

Au-delà des considérations diplomatiques, la préservation de la stabilité politique au Sénégal répond également à des impératifs économiques, énergétiques et sécuritaires communs. La réussite des projets structurants engagés entre les deux pays dépend largement d’un environnement régional apaisé et prévisible.

Une médiation multisectorielle et réaliste

La proposition n’est pas celle d’une intervention politique, mais celle d’une architecture de dialogue structurée autour :

• de l’État sénégalais ;

• des forces politiques en présence ;

• de la société civile organisée ;

• des autorités religieuses et des confréries soufies, notamment la Tidjaniya et la Qadiriyya, piliers essentiels de la cohésion sociale.

L’objectif n’est pas de se substituer aux institutions sénégalaises, mais de contribuer à la réduction des tensions, à un climat d'apaisement, à la prévention des blocages et à l’émergence de compromis politiques viables.

Une responsabilité régionale à assumer

Monsieur le Président,

La stabilité du Sénégal dépasse le Sénégal lui-même. Elle engage l’équilibre de toute la région. Toute crise institutionnelle prolongée dans ce pays aurait des répercussions directes sur l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.

C’est pourquoi la neutralité active d’un État frère peut devenir un facteur déterminant de prévention stratégique.

Rappel important : une démarche anticipative déjà engagée

Permettez-moi de rappeler que nous avions déjà adressé, par votre intermédiaire, aux chefs d’État du Sahel ainsi qu’aux organisations régionales et internationales, une feuille de route préventive datée du 16 mars 2021 relative à la situation sécuritaire et politique du Sahel.

Ce document insistait sur le risque d’une instabilité durable touchant notamment le Tchad ainsi que d’autres États de la région, et proposait plusieurs mécanismes d’anticipation concrets.

Les événements ont malheureusement confirmé, quelques semaines puis quelques mois plus tard, la pertinence de nos analyses et de nos prévisions. Nos recommandations formulées n’ont commencé à être prises en considération que tardivement, alors que la dynamique de déstabilisation était déjà engagée et s’était étendue à plusieurs pays du Sahel, aboutissant finalement à la dislocation puis à la disparition du G5 Sahel.

Cette évolution illustre une réalité simple : notre région souffre encore d’un déficit d’anticipation stratégique, alors même que les signaux d’alerte sont souvent clairement identifiables.

C’est dans ce cadre que s’inscrit notre rôle de patriotes et de centre de réflexion stratégique (think tank), à l’image de ce qui se pratique dans des environnements institutionnels plus avancés, où la réflexion prospective est intégrée en amont de la décision publique.

Excellence, Monsieur le Président,

Je vous invite à considérer avec attention l’opportunité de mettre en place un cadre mauritanien de facilitation politique régionale, assumé avec prudence, mais également avec clarté et détermination.

Les périodes de transition politique constituent soit des opportunités de consolidation, soit des points de bascule. Tout dépend de la capacité des acteurs à organiser le dialogue au moment opportun.

La Mauritanie dispose ici d’une carte importante à jouer, si elle choisit d’assumer pleinement son rôle de puissance de stabilité, de dialogue et de médiation régionale.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération.

**

Mohamed Ould Mohamed El Hacen

Diplômé de l’Université Paris-Dauphine

Président-Fondateur de l’Institut International de Recherche et d’Études Stratégiques (2IRES) – Think Tank

4 juin 2026





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Commentaires (1)

  • moussadioulde (H) 05/06/2026 15:32 X

    merci, pour cette initiative, épargnons nos ressources pour tenir notre dialogue qui peine à se réaliser.