17-10-2012 23:25 - Médias et processus électoraux: La CEA pour une plus grande implication
La Commission Economique pour l’Afrique (CEA), un organe spécialisé de l’Organisation des Nations Unies (ONU), dédié au développement de l’Afrique, est décidée à pousser les professionnels des médias africains vers une plus grande implication dans les processus électoraux, la gouvernance et la gestion de la diversité.
Cette option est le résultat d’un atelier organisé au profit des médias, sous le thème « Médias, élections et gestion de la diversité » qui a tenu ses assises, à Rabat, les 9 et 10 octobre dernier. La manifestation a réuni une soixantaine de participants venus de plusieurs pays du continent.
Elle s’inscrit dans la préparation de la troisième édition du Rapport sur la Gouvernance en Afrique (RGAIII), axé sur le thème « Elections et gestion de la diversité ».
Un choix pertinent, au vu des nombreux conflits nés des scrutins électoraux sur le continent africain, au cours des dernières années, et des problèmes suscités par la gestion de la diversité, dans des pays dont les frontières ont été tracées, par les puissances occidentales, au mépris des réalités géographiques, humaines et culturelles locales.
La crise postélectorale ivoirienne, de décembre 2010 à avril 2011, le refus, obstiné, d’une des parties à reconnaître le verdict des urnes et le déferlement de violences qui s’en est suivi apparaissent comme un contre-exemple, dans la gestion du processus électoral et de la diversité. De fait, l’atelier de Rabat a permis un large échange, avec la présentation de l’expérience et du processus électoral dans plusieurs pays africains (Bénin, Côte d’Ivoire, Mauritanie, Tunisie, Djibouti, etc.).
Pour une gouvernance rénovée
Dans une allocution prononcée à l’occasion de la cérémonie inaugurale, madame Karima Bounema Ben Soultane, directrice du bureau Afrique du Nord de la CEA, a souligné le besoin irrépressible de bonne gouvernance, « une exigence de l’Etat de Droit, exprimée, haut et fort, par la rue et relayée par les médias et les outils technologiques, comme le téléphone mobile et les réseaux sociaux, dans plusieurs pays du monde, ainsi que sur notre continent. Ce phénomène a connu son paroxysme en Afrique du Nord ».
A l’origine de la bourrasque, la responsable sous-régionale de la CEA pointe du doigt « les transformations politiques et sociales générées par le fait que la croissance n y a pas été suffisamment génératrice d’emplois, les taux de chômage restent élevés, notamment chez les jeunes, les diplômés et les femmes. De fortes inégalités persistent et s’accentuent, parfois. Le dialogue social, lorsqu’il existe, est souvent peu convaincant. La participation de la société civile est très timide, voire peu encouragée ».
Cette lecture apparaît comme un lucide coup de rétroviseur sur le printemps arabe qui a emporté des dictateurs dont le règne a duré plusieurs dizaines d’années.
Diversité des expériences
Les participants à l’atelier ont suivi des communications, instructives, sur la gestion, dans plusieurs pays, du processus électoral et de la diversité, fortement plombée par de graves lacunes en matière de gouvernance. On a d’abord évoqué les violences nées de la crise post-électorale ivoirienne. Une tourmente dont les effets et les échos se prolongent encore, à travers les colonnes d’une presse totalement alignée sur les thèses du vainqueur, le camp du pouvoir actuel. Avec, en face, des journaux bleus pro-Gbagbo, chef de l’Etat battu à l’occasion du deuxième tour de la présidentielle 2010.
Le cas de la Guinée-Conakry, plongée dans un processus électoral inachevé depuis près de deux ans, a également fait l’objet d’une communication. L’exemple mauritanien où l’on perçoit de longues années de monolithisme, soutenue par la pensée unique, suivie de réformes synonymes d’avancées démocratiques, pendant la transition militaire de 2005/2007. Et le difficile apprentissage du pluralisme qui se poursuit encore, sous le régime du président Mohamed Ould Abdel Aziz qui a mis fin au mandat d’un chef d’état démocratiquement élu. On note également l’exemple d’un pays comme le Cameroun, sous la férule d’un régime trentenaire...
Amadou Seck
Envoyé spécial à Rabat
Le défi de l’objectivité
Dans sa communication, Adama Wade, directeur de la rédaction des « Afriques », a mis l’accent sur le défi de l’objectivité qui doit guider les professionnels des media du continent. « L’information », a-t-il insisté, « doit permettre de décrypter les enjeux politiques, économiques et sociaux fondamentaux, pour contribuer à l’animation de l’espace public. Le débat contradictoire, entre pouvoir et opposition, est indispensable ». Et il doit être porté par les media.
Une démarche dont la finalité est « d’éviter le fort risque de collision, entre l’intérêt général et les intérêts privés », dans un environnement médiatique difficile, avec « une presse écrite caractérisée par un marché publicitaire, parcellaire mais en hausse, et des recettes de vente en baisse continue ».
La rencontre de Rabat a convenu de la mise sur pied d’un réseau de professionnels des media sur la gouvernance et la diversité en Afrique. Le thème de la gouvernance étant une question transversale dans tout processus de développement. Reste à éviter l’éternel piège de rencontres dont bien peu vont au-delà des bonnes résolutions…
Amadou Seck
