24-02-2014 08:17 - Ahmed Ben Bella est un Béni Hassane

Ahmed Ben Bella est un Béni Hassane

Ely Ould Sneiba - Le Président Algérien Ahmed Ben Bella avait, de son vivant, révélé sur la chaîne Aljazeera, au cours d’une émission ‘’Chahid ala al asr’’ Témoin de l’Epoque (1) que ses parents venaient de Marrakech et précisément des Oulad Nacer.

Cette déclaration volontaire aux relents autobiographiques, qu’accentue la solennité du témoignage, permet déjà de dire que Ben Bella est un Béni Hassane de cette contrée. D’ailleurs, dans certains pays dont précisément le Maroc, le nom tribal et le nom géographique se confondent souvent. Les Filali de Tafilalet en sont d’ailleurs la meilleure des illustrations.

Si cette déclaration est venue trancher la question des origines, objet de controverses, de Ben Bella, elle consacre désormais la certitude que les Maghrébins ont, en plus d’une histoire commune, un peuplement bien enchevêtré.

On trouve les origines de cet enchevêtrement dans les brassages et interpénétrations qui ont changé la physionomie du Maghreb et façonné son tissu ethnologique. On les trouve aussi et surtout, dans les mouvements migratoires qui l’ont marqué, depuis que le déclin de la civilisation de Rome, qui y assurait la stabilité de l’ordre de la citée, a contraint celle-ci a l’abandon de ses provinces de la rive sud de la méditerranée.

Parmi ces grands mouvements de populations, il y a bien sûr les invasions hilaliennes au milieu du XIe siècle, mais il n’est pas de notre propos de revenir ici sur cette dynamique. Nous nous limiterons simplement à faire la présentation succincte des Béni Hassane, notamment leurs branches marocaine et mauritanienne auxquelles appartient l’ancien Président algérien Ahmed Ben Bella. Les Béni Hassan :

Béni Hassan est un ensemble tribal arabe hachémite présent au Maghreb depuis l’arrivée des Béni Hilal en Afrique du Nord. Selon l’historien marocain Ahmed Khaled Enaçeri, auteur de Talaat Almouchteri, leur filiation se présente dans ses grandes lignes comme suit : Hassan, l’ancêtre éponyme, est Ben Mokhtar, Ben M’hammed, Ben Maghil, Ben Moussa El Harraj, Ben Jaafar Al Emir, Ben Ibrahim Al Arbi, Ben Mohamed El-jaouad, Ben Ali Ezzeinabi, Ben Abdallah, Ben Jaafar Attayiar.(2)

Au XIVe siècle, ce flux migratoire de tradition guerrière quitte l’Ifriqiya. En 1455, il est signalé du côté de l’Adrar mauritanien après avoir traversé l’Algérie et le Maroc en y laissant des colonies de peuplement. A une époque plus antérieure, les historiens Ibn Khaldoun, Léon L’Africain, Marmol parlent dans leurs récits des Oulad Delim, Oulad Berbiche et Oudayas au Sud du Maroc, dans la région de Souss (3) où ils y étaient en campagne militaire en appui au chef berbère-hintata Ieder en conflit avec le sultan Almohade. (4)

Au Maroc, les tribus issues d’Oudei Ould Hassane se désignent par Oudayas, pluriel d’Oudei. Elles se composent d’Ereha, Ehel Souss, Almaghafira, et Oudayas se démembrant en une multitude de tribus parmi lesquelles on peut compter sans être exhaustif, Chebanate, Edrabka, Zirara, Oulad Delim, Ould M’taa, Oulad Jerar, Rehamna et Oulad Nacer « qui vivaient au début du XIIème siècle dans le triangle Molouia-Taza-Rif »(5).

Au fil du temps, la vocation guerrière des hommes Béni Hassane s’est illustrée. Pépinière de la Garde Royale, ils étaient devenus de redoutables faiseurs de sultans. C’est pourquoi Moulay Abderrahmane décida de les désarticuler en 1832. Il expédia les Maghafira à Marrakech, les Oudayas à Alaraich, et les Ehl Souss (fraction des Oudayas) iront à Ribaa prendre et sécuriser la Kasbah d’Almansouriya et la Kasbah des Oudayas (6).

La tentative de dispersion ainsi décidée fut de courtes durées eu égard à la double volonté des sultans à étendre leurs acquis territoriaux et aussi maintenir leurs trônes contre vents et marées. L’idée d’une armée régulière va vite s’imposer à l’avantage de ces tribus combattantes, transformées à cet effet en « tribus Guich », tendance qui s’est accentuée au XVIIe siècle sous Moulay Ismail(7).

Le Sultan alaouite en bon stratège contracta une relation matrimoniale stratégique avec les Maghafira. La reine Khnatha Bent Bakar de l’Emirat du Brakna va lui permettre de compter « sur le solide corps de l'Armée des Oudayas, issu de sa confédération tribale » (8).

Que ça soit sous la dynastie des Alaouites ou sous la dynastie des Saadiens ou sous celles qui les ont précédés depuis le XIIe siècle, les Béni Hassane ont toujours joué un rôle de premier plan dans l’histoire du Maroc. Leurs cousins mauritaniens eux aussi ont marqué leur temps. En Mauritanie, les Béni Hassane renferment toutes les descendances d’Oudei Ould Hassane et ses frères Delim et Hamma comme le montre l’arbre généalogique suivant(9) :





La toute première présence arabe sur le territoire mauritanien date du début du XIVe siècle avec les Oulad Rizg suivis progressivement et sur plusieurs décennies des Béni Hassane vivant jusqu’ici dans la Saghié al hamra. Selon le maitre Ibn Khaldoun, pendant ce temps là « les Oulad Delim étaient encore dans la région côtière du Sud marocain … les Berabich n’avaient pas encore dépassé le Souss, alors que les Oudaia avaient déjà pris pied dans la région de Ouadane » (10).

A la fin du XVIIe siècle, les Béni Hassane après de solides résistances devinrent maîtres sur cet espace qui s’appellera plus tard avec la colonisation française « Mauritanie » et jadis entre les mains des populations nigritiques et des populations berbères. La voie leur est de la sorte ouverte pour amorcer l’arabisation du pays, devenue effective après l’épisode connu sous le nom de Charbeba et jeter les bases de l’organisation de la société sur un modèle déjà en place chez la composante négro-africaine du pays.

En établissant de puissants émirats comme ceux de l’Adrar, du Trarza, du Brakna à côté de très nombreuses autres chefferies tribales telles que celles des Oulad Mbarek, des Oulad Daoud ; des Ould Nacer aux Hodhs, et des Ould Delim dans la région de Tirs ; les Béni Hassanes avaient pu garder le territoire sous contrôle avant de le perdre avec la Colonisation française à la fin du XIXe siècle.

Au final, Béni Hassane appartiennent à la deuxième vague venue d’Arabie en Egypte. Leur migration a traversé sur quelques siècles la Tunisie, la Lybie, l’Algérie et le Maroc pour se ramifier en Afrique de l’Ouest : la Mauritanie, l’Azawad et même le Niger.

Le Royaume du Maroc, par respect à son histoire a inscrit dans sa constitution de 2011 en son article 5 ceci : « L’Etat œuvre à la préservation du Hassani en tant que partie intégrante de l’identité culturelle marocaine unie ». Apparemment, le Maghreb des peuples a précédé celui des Institutions, qui reste un vœu pieux.

Ely Ould Sneiba.

Référence :

1. شاهد على العصراحمد بن بلا - HTTP://WWW.YOUTUBE.COM/WATCH?V=NMSMR5UPY7A

2. http://fr.wikipedia.org/wiki/Banu_Maqtil

3. Portugais, Arabes et Français dans l’Adrar mauritanien. Bulletin du Comité d’Etudes Historiques et Scientifiques.1922, Tome V. http://www.mr.refer.org/numweb/spip.php?article23&artpage=5-18

4. Marty, Paul. Etudes Sur l’Islam et Les Tribus du Soudan. Tome III. Les Tribus Maures du Sahel et du Hodh. Paris, Ernest Leroux, 1921. P4. 5.Marty, idem.

6. http://www.oujdacity.net/regional-article-4917-ar/

6. http://www.oujdacity.net/regional-article-4917-ar/

7. Hachim, Mouna. La marche vers le nord des tribus sahariennes au xvie siècle. WWW.LECONOMISTE.COM, Édition N° 3386 DU 19/10/2010.

8. Khnata-Bent-Bakkar-Reine-Marocaine.HTTP://WWW.HORIZONS-DZ.COM

9. Marty, Paul. Etudes Sur l’Islam et Les Tribus du Soudan.

Tome III. Les Tribus Maures du Sahel et du Hodh. Paris, Ernest Leroux, 1921. P4.

10. Portugais, Arabes et Français dans l’Adrar mauritanien. Bulletin du Comité d’Etudes Historiques et Scientifiques.1922, Tome V.  http://www.mr.refer.org/numweb/spip.php?article23&artpage=5-18




" Libre Expression" est une rubrique où nos lecteurs peuvent s'exprimer en toute liberté dans le respect de la CHARTE affichée.

Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur responsabilité

Commentaires : 11
Lus : 5352

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (11)

  • antipervers (H) 24/02/2014 23:13 X

    Pour en revenir à l’article lui-même fort intéressant.

    1° sur l’extraction arabique : Ce qui fait consensus est que les beni hassan sont une branche d’un très vaste ensemble tribal nomade du Yémen : les benu maquil. Ce qui attend davantage de recherches scientifiques : ce sont les liens réels des maquil (pas seulement de sang) avec les qureish et les autres tribus de la péninsule arabique. La généalogie présentée qui conduit à jaavar tayar garde tout son intérêt mais trouve peu de sources concordantes externes aux maquils en Arabie et peut de sources concordantes externes à leur filiations magrébine en Afrique du Nord. Donc de très belles perspectives sont ouvertes à la recherche historique dans les prochaines décennies.

    2° La présentation de la présence et du parcours des benu hassan au Maroc est trop succincte et mériterait plusieurs articles. Au Maroc et en Afrique du nord elle est riche, pleine de rebondissements ; d’aller-retour ; de métissages et mérite davantage de développement. A la décharge de l’auteur sur un sujet aussi vaste, on fait nécessairement de mauvais résumé. 3° même remarque sur les parcours des beni hassan de Mauritanie et les vas et viens dans les échanges avec le Maroc mais aussi l’Algérie.

  • antipervers (H) 24/02/2014 20:33 X

    Je comprend aussi les réticences des mauritaniens vis-à-vis de leur histoire car il la confonde avec les récits agiographiques et mythologiques des traditions dont ils viennent. Lesquels serventles dominations hiérarchiques de leur société traditionnelle. Mais l’histoire ce n’est pas cela. et si l’on s’abstient de la connaître, elle meure et emporte avec elle la substance du peuple qui l’a laisse tomber aux oubliettes.

  • antipervers (H) 24/02/2014 20:19 X

    @choum
    je comprend votre commentaire, si certains continuent à bassiner en permanence avec le discours victimaire, sans avancer vers quelque choses de plus positif, il va falloir rappeler qu’être une victime ne fait pas de vous un héros !

  • antipervers (H) 24/02/2014 20:11 X

    @ MSEYKA
    en quoi l’histoire est une considération triviale ? En quoi être « intellectuel » fait que l’on se désintéresse de l’histoire ? Quand on est blessé par elle sans doute !

    @ cheikh tourad
    vous vous trompez, les peuples amnésique de leur histoire sont torturés dans leur présent et sans avenir en tant que tel. Histoire n’est pas passéisme.

    @wakhty
    L’histoire au service du biz biz autour du « beurre sur le couscous » n’est pas l’histoire. L’histoire des bidhane n’est pas un argument valable de légitimation pour eux contre les nègres de Mauritanie ; l’antériorité nègre sur le terroir non plus , pour ses derniers.

  • choum (H) 24/02/2014 17:56 X

    wakhty,
    vous dites: "si non je te dis et apres ? meme si Azize est benihacen en quoi ca fait evolier les choses en mauritanie . et puis les arabes sont arrivés ici au xiv siecle , oui , mais ils ont trouvé qui en place ??? certainement pas le desert .", et je vous repond même s'ils ont trouvé devant eux des kori, mauvais resistants ,en quoi cela avance t il la Mauritanie?

  • choum (H) 24/02/2014 17:52 X

    cheikh tourad,
    je ne peux pas laisser de te prouver que tu es un complexé. La preuve:"se réfugient dans les légendes d’une époque glorieuse pour se sentir important ou même parfois plus important (plus « noble ») que certains de leurs concitoyens. ". Qui se sent morveux se mouche

  • hathlele (H) 24/02/2014 13:27 X

    Je vous signale que les Brabiches existent en Mauritanie aussi depuis des millénaires. Pourquoi cette recherche de séparation entre les fils d'un même homme, les beni hassane? Il y'a les Aghzazirs qui ont été les premiers à créer l'emirat de l'Adrar de Mauritanie. Puis leurs cousins les Oulad Ammoni avec les oulad Ghailan et les Tourchanes ont fait une conspiration contre eux pour leur arracher l'Emirat (voir les conférences de L'EMIA d'atar en 2001). Et les premiers habitants de la région sont les Soninkés d'où les liens de parenté avec Laghlale de Chinguitti.

    Sidi ould Bobba
    D.E Collège "3" Zouerate

  • wakhty (H) 24/02/2014 12:39 X

    c'est pour expliquer indirectement la raison du soutient des maures au toireg malien ou quoi ? si non je te dis et apres ? meme si Azize est benihacen en quoi ca fait evolier les choses en mauritanie . et puis les arabes sont arrivés ici au xiv siecle , oui , mais ils ont trouvé qui en place ??? certainement pas le desert .

  • cheikh tourad (H) 24/02/2014 12:27 X

    Quelle transition ! passer de Ben bella à l’histoire des beni hassane bravo. Mais qu’est ce que cela change pour la RIM. En réalité, l’histoire de la sous région est bien sur liée. Les Maures sont venus en RIM depuis une dizaine de siècle, et ne peuvent venir dans cette région par parachute. Ils sont nécessairement passés par l’afrique du nord. Quand vous dite « .. les Béni Hassanes avaient pu garder le territoire sous contrôle avant de le perdre avec la Colonisation française à la fin du XIXe siècle » je trouve que vous êtes un peu nostalgique et surtout un peu subjectif : pouvons nous parler vraiment parler de « contrôle » et puis vous semblez oublier un émirat ancestral de la Mauritanie (le Tagant qui n’est pas beni hassan) et dites moi comment il a été arabisé comme vous dite par les benis hassan.

    Revenons sur terre SVP, même si les mauritaniens sont tous descendant direct du prophète (PSL) et ou des lignées royales d’Espagne, cela ne changera rien à leur quotidien ni à leur avenir sur terre et dans l’au-delà. Ce qui m’attriste, est que certains Mauritaniens, l’auteur n’en fait pas parti parce que je le connais bien, ne trouvant presque aucune raison de fierté de nos jours se réfugient dans les légendes d’une époque glorieuse pour se sentir important ou même parfois plus important (plus « noble ») que certains de leurs concitoyens.

    Autant je désapprouve certains qui ont une allergie épidermique à tout rattachement à l’arabité autant je suis contre cette fièvre de recherche des origines lointaines que certains des notre s’ingénient à prouver alors que les problèmes du pays sont ailleurs (sous-développement, pauvreté hygiène de vie, ordure, mortalité infantile, fracture sociale, perte des valeurs etc…)

  • mdmdlemine (H) 24/02/2014 12:05 X

    Merci Ely, content de vous voir. Vous êtes de cette élite qui doit assurer une assiduité sur la toile par ses idées constructives et utiles à ce pays. Votre apport est une valeur ajoutée incontestable à ces forums qui souffriraient considérablement de l'absence d'un intellectuel de votre gabarit.

    Un admirateur

  • MSEYKA (H) 24/02/2014 12:03 X

    Que Ben Bella soit arabe ; que les Oulad Nasser soient arabes , en quoi cela avance la Mauritanie, Mr SNeiba, vous qui pensez etre un intellectuel au-dessus de ces considerations triviales?