22-06-2018 13:33 - Expropriation en Mauritanie : « Je les ai nourris pendant 35 ans sans contrepartie. Aujourd’hui, ils veulent me déposséder de ma terre. »

Expropriation en Mauritanie : « Je les ai nourris pendant 35 ans sans contrepartie. Aujourd’hui, ils veulent me déposséder de ma terre. »

Lactuacho - Je viens partager avec vous ce témoignage d’une victime de pratique esclavagiste dans un village Soninké de Mauritanie.

L’histoire peut choquer, mais avons estimé que nous serons tout simplement des complices si nous la taisons : Cela se passe à Daffort à 60 KM au nord de Séilibaby, en l’an 2018. Les manifestations peuvent différer mais la mentalité et les pratiques sont les mêmes dans tous les villages Soninké de Mauritanie.

« Je les ai nourris pendant 35 ans sans contrepartie, Aujourd’hui, ils veulent me déposséder de ma terre. »

Je m’appelle L. Coulibaly, j’ai environ 65 ans. Depuis ma tendre enfance, je voyais, ma mère K.D aller travailler dans la famille de Djadjé Seibané Camara comme esclave de case. Ma mère s’occupait de tous les travaux de ménage dans la cour familiale des Camara. Cela ne l’empêchait guère de participer activement aux travaux champêtres.

Quand j’ai atteint l’âge de 18 ans, les maitres de ma mère sont venus me récupérer chez mon père. A partir de cette date j’ai commencé à travailler pour eux comme esclave cultivant les champs et s’occupant des animaux.

Mon frère ainé, qui se trouve actuellement en France, lui m’avait déjà précédé de quelques années chez les maitres. Nous constituons donc la force de travail de la famille. J’y suis resté pendant plus de 35 ans travaillant et labourant les champs dans des conditions de traitement qui frisent l’animalité. Il nous arrivait de travailler pendant une journée entière sans nourriture. Nous n’avions droit d’aller dans nos propres champs que les Vendredis ou quelques fois après la descente, tard dans les après-midis.

Je n’ai arrêté cette corvée que lorsque je suis tombé malade, Il y a environ une dizaine d’années. A partir de ce moment j’ai commencé à encadrer mes enfants pour exploiter mon lopin personnel.

En Avril 2018, les maitres par l’intermédiaire de Youba Sourakhé Camara qui se trouve être l’oncle de Moussa Seidy Boubou, Président du CA de Tadamoun ) ont envoyé un émissaire à nos familles nous sommant de quitter nos lopins.

Parmi les anciens esclaves seuls ceux qui ont adhéré au mouvement Ganbanaxu sont concernés par ces représailles, nos autres parents qui continuent d’obéir aux maitres en revendiquant leur statut d’esclave n’ont pas été inquiétés.

Mon père à son tour disposait d’un vaste champ qu’il exploitait, mais à son décès aucun d’entre ses cinq enfants n’ont pu avoir accès à cette terre. Elle a été littéralement récupérée par nos maitres laissant sa nombreuse progéniture sans autre source de revenus.

Présentement, je suis à Nouakchott pour les besoins d’un traitement médical, mais à mon retour je ne ménagerai aucun effort pour récupérer mon lopin de terre et le léguer à mes enfants qui sont les seuls ayants droit.

A titre de rappel voici quelques articles tirés de la loi foncière en vigueur en Mauritanie pour ceux qui sont sincères:

ART.3.-Le système de la tenure traditionnelle du sol est aboli.

ART.6.-Les droits collectifs légitimement acquis sous le régime antérieur, préalablement cantonnés aux terres de culture, bénéficient à tous ceux qui ont, soit participé à la mise en valeur initiale, soit contribué à la pérennité de l’exploitation.

Baliou Mamayary Coulibaly/ Facebook



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Commentaires (3)

  • Buwuelm (H) 23/06/2018 12:52 X

    Je ne pouvais pas imaginer qu'en Mauritanie, il y avait encore en 2018,des esclavagistes noirs. Apparemment le cas de l'une des victimes, en l'occurrence M. Coulibaly des environs de Seilibaby, n'est que la face visible de l'iceberg.

  • lass77 (H) 23/06/2018 09:09 X

    Il n'est pas question ici de culpabiliser tout une communauté mais juste une clique parmi cette communauté.Quant à cette affaire , la Mauritanie representée par sa justice doit faire respecter ses propres lois et condamner ceux qui les violent, les méprisent ou ceux qui font obstructions dans ses genres d'affaire notamment ce lobby déguisé installé à Nouackhott qui je rappelle ne sont devenus dignitaires du pays à la faveur de leurs patronymes.

  • None69 (H) 22/06/2018 15:05 X

    Ayez l'honnêteté intellectuelle de spécifier les choses. Ce qui se passe à daffort que voyons à travers cette histoire anecdotique est déplorable. Mais de là à généraliser la situation, culpabiliser toute une communauté pour une singularité ; relève vraiment d'une pure malhonnêteté et le mot n'est d'ailleurs pas assez fort pour vous le qualifier...