11-11-2022 23:15 - L'intégrité, la première qualité morale d'une autorité publique, aurait-elle disparu du champ politique ?

L'intégrité, la première qualité morale d'une autorité publique, aurait-elle disparu du champ politique ?

Béchir Fall - Lorsqu'il a été désigné Premier ministre du Royaume-Uni, Rischi Sunak d'origine indienne, a promis aux britanniques trois priorités : "Intégrité, Professionnalisme, Responsabilité." Ce qui me séduit dans cet enchaînement concis de bonnes pratiques c'est le premier terme cité, INTÉGRITÉ.

Une question cruciale toutefois. Pourquoi ce mot n'est-il jamais utilisé dans l'espace politico-administratif mauritanien ? Et pourquoi aucun dirigeant politique ne le mentionne jamais ? À fortiori, ne fait aucune promesse de l'appliquer en toute rigueur dans sa gouvernance une fois élu ?

Voilà une lacune rédhibitoire de nos dirigeants préférant s'agripper souvent à des préoccupations politiciennes stériles au lieu de chercher à garantir une gouvernance vertueuse, débarrassée de tout ce qu'avait suscité la déception du feuilleton judiciaire de la fameuse décennie qui s'étire sans raison depuis près de deux ans et demi.

Alors qu'en Algérie il a juste suffi de moins de 10 mois pour conclure le dossier de corruption des oligarchies politiques jusqu'à obtenir leur condamnation à des peines dissuasives de réclusion criminelle.

Rappelons la définition de ce concept moral, juridique et même religieux. "L'intégrité, c'est la vertu morale qui témoigne d'une honnêteté rigoureuse". Les termes de droiture, de probité, d'incorruptibilité et d'impartialité (jamais entendus, ni lus dans notre littérature politique) sont devenus étrangers à notre culture à force de s'en éloigner.

Sûrement à cause de notre histoire ambiguë, celle d'une anarchie séculaire, la "Seyba" caractérisée par un désordre infernal ou pillages et razzias avaient droit de cité.

Pourquoi cette amnésie collective qui nous fait oublier les bonnes postures face à l'attrait du gain facile ? Ainsi qu'à la fraude, la triche et les détournements en cascades dont notre administration n'arrive plus à se départir. À cet égard, la dernière conférence de presse de l'Inspecteur général d'Etat est très édifiante.

Notre pays est assurément sur une pente descendante en termes de respect et de protection de l’État de droit face à la délinquance financière et la criminalité en col blanc. À tel point que l'impunité, qui prend le pas sur ce que doit être une lutte sans merci contre la corruption, discrédite nos institutions républicaines, la justice en premier lieu. Il en résulte des appréciations négatives des organismes internationaux de notation des États.

Dans le dernier classement mondial 2022, établi par WORD JUSTICE PROJECT la Mauritanie occupe une décevante 131ème place parmi 140 nations. À titre de comparaison, huit pays africains obtiennent des places honorables comme le Rwanda 42ème, le Sénégal 56ème, le Ghana 58ème.

Des pays parvenant à faire partie de la moyenne supérieure des 70 les mieux classés. Rappelons par ailleurs le sérieux de ce classement qui place la France 21ème et les USA 26ème.

Par conséquent, réhabilitons ces qualités morales d'intégrité, de droiture, de probité, d'impartialité et surtout d'incorruptibilité que pourtant nos vaillants parents inspirés par les recommandations de notre sainte religion nous ont transmises dès notre prime jeunesse. Notre société avilie par une course effrénée vers le profit a tout balayé et fait disparaître ces grandes qualités morales qui caractérisaient les premiers dirigeants de la République.

Restaurons alors l'intégrité dans tous les domaines. Moralisons enfin la vie politique. Changeons de paradigme pour exiger des dirigeants politiques le respect scrupuleux d'une intégrité absolue, perdue de vue depuis plusieurs décennies.

Faisons en sorte que la déclaration de revenus des autorités investies d'un mandat ou dépositaires d'une mission d'intérêt publique soit publiée et non couchée sur une feuille cachée au fond d'un tiroir.

Il n'est pas logique qu'on puisse prendre intégralement connaissance de la déclaration de revenus du chef de l'État français et non de nos dirigeants au plus haut niveau. La transparence doit également jouer à fond. Elle constitue un attribut complémentaire de l'intégrité.

Rendons toutefois un digne hommage mérité à nos premiers hommes politiques bâtisseurs de la Nation dont l'intégrité était indiscutablement reconnue et ne souffrait d'aucune contestation.

On oublie souvent que le premier chef d'Etat de la Mauritanie était l'exemple emblématique et le symbole d'une Intégrité absolue. Les deniers publics étaient en son temps sacrés et la justice y veillait admirablement.

Béchir Fall, Expert International





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Source : Béchir Fall
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Commentaires (2)

  • pyranha (H) 13/11/2022 18:20 X

    Merci Mr Fall de ce réquisitoire .Malheureusement le civisme,la compétence ,le patriotisme et tout ce qui concourait à modeler un citoyen vrai d'un pays a totalement disparu de ce pays,qui pourtant à la veille des indépendances était une des références de ce continent. Je vous souhaite Mr Fall santé et paix pour vos interventions très utiles pour guider ceux rompus aux mauvais comportements .

  • Buwuelm (H) 12/11/2022 19:03 X

    Vous avez parfaitement raison de vous poser la question, et vous n’êtes pas le seul. Les vertus d’intégrité et d’humilité qui jadis, régissaient les attitudes de nos aînés, se sont effritées avec le temps, jusqu’à nous mener dans la situation déplorable que nous vivons actuellement.

    1) Aziz, Ghazouani, Macky, en prenant fonction, avaient exprimé leur vœu d’asseoir la bonne gouvernance. Seulement, c’était sans compter avec un entourage, généralement mu par des préoccupations personnelles, sur l’enrichissement rapide. La plupart des collaborateurs de présidents africains, n’ont qu’une pensée en tête : se remplir les poches avant de quitter le poste. Monsieur Rishi Sunak est, selon les dernières informations, plus riche que le roi Charles III. Lui et son épouse, ont une fortune estimée à 830 millions dollars et d’ailleurs, cela a fait grincer des dents au Royaume-Uni. Certaines personnalités britanniques, ont commencé à lui mettre les bâtons dans les roues, au sujet de sa fortune nette. C’est dire, que le Premier ministre de Sa Majesté, est à l’abri du besoin, et peut tenir sa parole. Quant aux africains, dépositaires d’un mandat de gestion, il va falloir leur appliquer un grand lavage de cerveau, en vue d’en soustraire toutes les idées négatives qu’ils ont cultivées au fil du temps et au gré des influences malhonnêtes. Je pense que M. le Président de la République, doit autoriser la création de « centres de formation au civisme ». C’est la seule façon d’inculquer au mauritanien, encore au stade d’apprentissage, comment il doit évoluer dans la société, en se dévouant entièrement pour la collectivité dans laquelle il vit, au respect de ses conventions ainsi que de ses lois.

    2) M. Béchir, vous avez fait le parallèle entre les justice algérienne et mauritanienne. Je comprends votre amertume face à la lenteur des procédures judiciaires, qui ont été enclenchées il y a plus de deux ans, et sans résultat au jour d’aujourd’hui. Je vous rappelle qu’en Mauritanie, il y a un gros frein qui ne laisse pas avancer les choses. Il est constitué de plusieurs ingrédients dont : le régionalisme, le tribalisme, l’ethnisme, le communautarisme et le clanisme. Trop de « isme » qui risquent de saper tout effort de développement global. Une éducation civique généralisée, pourrait sortir le pays du marasme dans lequel il s’est figé. Le temps perdu ne se rattrape jamais, mais les dégâts peuvent être limités.