28-01-2026 21:00 - AD1122: Les Mauritaniens soutiennent des droits limités pour les femmes en matière de santé reproductive
Afrobarometer -- L’utilisation de contraceptifs modernes est en croissance en Afrique de l’Ouest, mais à des rythmes variables selon les pays. Les besoins non satisfaits en matière de planification familiale dans la région sont passés de 24% à 22% entre 2018 et 2021 chez les femmes de 15-49 ans mariées ou en union.
Toutefois, la proportion de femmes en âge de procréer (15-49 ans) qui utilisent, ou dont le partenaire utilise, une méthode contraceptive demeure faible (Fonds des Nations Unies pour la Population, 2022).
En Mauritanie, la planification familiale est entravée par un cadre juridique et réglementaire rigide, ce qui contribue à l’augmentation des grossesses non désirées, la recrudescence des abandons d’enfants et au recours à des avortements clandestins, souvent à l’origine de décès (République Islamique de Mauritanie, 2018a).
Bien que la loi reconnaisse l’accès aux contraceptifs et services de planification familiale comme composante de la santé reproductive (République Islamique de Mauritanie, 2018b), l’accès effectif à ces services est souvent conditionné à la présentation de la carte d’identité de l’époux. Cette exigence exclut de fait les femmes célibataires et les jeunes de l’accès aux méthodes contraceptives (Bouh & Aïdara, 2016).
Par ailleurs, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) demeure pénalisée par la loi et n’est autorisée que sur prescription médicale spéciale lorsque la santé de la mère est en danger (République Islamique de Mauritanie, 2017).
Cet article présente les résultats d’un module spécial inclus dans le questionnaire du Round 10 de l’enquête Afrobarometer, qui explore les perceptions des Mauritaniens sur les droits et la santé sexuels et reproductifs.
Les perceptions des Mauritaniens révèlent un paysage d’opinions marqué par de fortes réserves. L’accès universel aux contraceptifs demeure largement rejeté. Seuls environ un sur 10 citoyens estiment qu’ils devraient être disponibles pour toute personne sexuellement active, indépendamment du statut matrimonial ou de l’âge.
Cette réserve s’inscrit dans une vision plus générale où l’autonomie des femmes reste limitée. Moins de la moitié des répondants pensent que les filles et les femmes devraient décider librement si et quand se marier, et moins d’un tiers jugent qu’elles devraient choisir quand et combien d’enfants avoir.
Dans le même temps, certaines attitudes traduisent une ouverture prudente face aux réalités sociales. Une courte majorité des Mauritaniens considèrent que les filles qui tombent enceintes ou deviennent mères devraient pouvoir poursuivre leur scolarité, reconnaissant ainsi l’importance de l’éducation féminine.
Toutefois, cette ouverture ne s’étend guère à la prévention. Seuls deux répondants sur 10 soutiennent l’enseignement de l’éducation à la sexualité à l’école, signe d’un tabou persistant autour de ces questions.
S’agissant de l’avortement, les perceptions oscillent entre reconnaissance de situations extrêmes et rejet généralisé. Si près des trois quarts jugent l’avortement justifié lorsque la grossesse met en danger la santé de la femme, la majorité des répondants le rejettent dans les cas de viol ou d’inceste, de difficultés économiques ou pour toute autre raison.
