21-03-2026 21:00 - Reportage. En Mauritanie, des mariages secrets pour s’affranchir des normes
COURRIER INTERNATIONAL -
Le média américain “New Lines Magazine” s’est rendu dans des marchés de Nouakchott et de Nouadhibou pour échanger autour d’un thé à la menthe sur les mariages secrets. Cette pratique est devenue “banale” dans une société mauritanienne qui s’est profondément transformée.
Alors qu’elle est en pleine célébration du neuvième divorce de Nevissa, une de ses amies mauritaniennes, Tuti reçoit sur son téléphone un message qui contient une proposition particulière. “Un Marocain me demande si je veux me marier en secret avec lui, indique-t-elle en riant. Il quitte Nouakchott dans deux mois et souhaite avoir une épouse jusqu’à son départ.”
L’expéditeur a remarqué que la boutique de Tuti se trouvait au “‘marché des femmes divorcées’, […] un bazar du nord-est de Nouakchott où de nombreuses femmes divorcées vendent leurs biens après leur séparation”, précise le média américain New Lines Magazine.
Sans être aussi populaire que le divorce, le mariage secret, appelé “sirriya”, semble en vogue dans la société mauritanienne. Discrètement célébré par un imam, il permet notamment de pratiquer la polygamie, généralement acceptée dans l’islam, mais “mal vue” en Mauritanie.
La “sirriya” offre ainsi, selon le site d’information, une “solution de contournement à la stigmatisation liée au fait de prendre – ou d’être – une seconde épouse”, mais aussi à la sexualité hors mariage, proscrite par la religion musulmane.
Transformations profondes
New Lines Magazine inscrit ces pratiques dans le contexte d’une urbanisation rapide de la Mauritanie, où se télescopent tradition et modernité. “Les divorces successifs et les mariages secrets font partie intégrante du paysage social en pleine mutation d’une nation qui a connu l’une des transformations les plus profondes au cours du dernier demi-siècle”, relate ce reportage.
La sirriya est désormais “banale” et quotidienne, selon Nedwa Moctar Dech, directrice d’une ONG consacrée à l’autonomisation des femmes. Au point que sa fonction évolue : “Certains jeunes ont commencé à utiliser le mariage clandestin comme moyen de nouer des relations licites et occasionnelles incluant des relations sexuelles, se mariant en secret pendant quelques semaines ou quelques mois puis se séparant lorsque la relation se détériore ou que la nouveauté s’estompe”, lit-on.
“Nous avons envie de faire l’amour, c’est naturel”, plaide Mohamed, la trentaine, tandis qu’Ahmedou, 24 ans, narre ses premiers émois amoureux vécus grâce au mariage clandestin. Certaines femmes y recherchent une relation durable, d’autres des avantages financiers. Malgré ses quelques détracteurs, la sirriya semble bien ancrée dans le pays, en conclut New Lines Magazine.
Agnès Faivre
