29-06-2008 17:53 - Pouvoir: Pour qui roulent les Seconds Couteaux?
Pour réaliser une OPA, le financier californien Robert I. Weingarter donne la recette suivante : « La première chose à faire est de mémoriser vos critères d’action sur un ordinateur. Ensuite vous cherchez une société qui corresponde, en comparant vos critères à de diverses données, jusqu’au moment où vous identifiez la cible. Alors qu’est-ce qui vous reste à faire ? Vous convoquez une conférence de presse. Donc, vous commencez par l’ordinateur et vous finissez par la presse. »
L’establishment politico-économico-financier qui a le plus profité de la période de Transition et du passage de Zeine Ould Zeidane à la Primature est en train de réaliser une nouvelle OPA sur le pouvoir en voulant imposer des choix politiques qui ne répondent à aucune rationalité au sein de la Nouvelle Majorité.
La « Bande » du désormais ex-secrétaire général du PNDD-ADIL agit comme si le pouvoir n’était qu’une question de psychologie ou de manœuvre tactique. Ces « capos » pensent que leur constitution en groupes de pression et les liens qu’ils entretiennent avec certains cercles du pouvoir peuvent justifier les méthodes peu ragoûtantes dont ils usent aujourd’hui pour arriver à leurs fins :
S’opposer à un Président élu démocratiquement et lui imposer des choix politiques sur la base de la mise à l’écart de « roumouz el veçad » qui, s’il ne tient qu’à l’appartenance au régime de Ould Taya, sont, ma foi, partout.
Une question : Pour qui roulent, en fait, tous ces seconds couteaux, qui, ont peut le croire, ne sont pas mus seulement par le désir de servir la Mauritanie ?
À cet important lobby tapi dans l’ombre, je donne ce simple conseil : La remise en cause des acquis du 3 août 2005 peut être synonyme de l’ouverture de la boîte de Pandore. La Fronde a amorcé un très mauvais virage. Son entourage médiatique est en train de la « griller » en la mettant au centre d’un cercle où elle risque de se consumer très rapidement. Quels profits peut-elle tirer, en effet, de l’exacerbation de tensions entre les différents segments de la Majorité ?
C’est un peu ce qui était arrivé au malheureux Zeine Ould Zeidane qui, à la veille des élections présidentielles, a été engagé par « SA » presse, connue de tous, dans un conflit confus. Je reconnais aujourd’hui que c’était une stratégie payante. Dans l’espoir d’être partie prenante à la grande restructuration en cours, plutôt que l’une de ses victimes, la « Bande » avait choisi de brouiller les cartes. Elle se crée des ennemis, réactive ses circuits d’intox et ressort l’argent mal acquis pour le réinvestir à nouveau.
Le discours itératif de la « Bande » ne traduit en fait que les premiers coups de feu dans des batailles politiques, mais surtout d’affaires, qui vont s’élargir et prendre de nouvelles formes. On n’y peut rien : Les nouvelles techniques d’affaires supplantent les anciennes, des dirigeants politiques tombent et d’autres émergent, mais la prise en compte de cette nouvelle confrontation doit être saine et objective.
Le label « roumouz el veçad » pourrait valoir pour tout le monde. Même pour nous, journalistes ! À qui veut-on faire croire alors qu’il y a un journal mauritanien qui a réussi à bâtir sa fortune, au double sens du terme, grâce à son travail dans un domaine encore artisanal ? Tout le monde sait que, dans certains cas, ce ne sont pas les profits excessifs ou illégitimes, mais bien tous les profits qui résultent pour une part (et souvent pour une grande part) de la soumission des principes de la Profession au Pouvoir et non de l’efficacité de l’Institution de presse.
C’est dans ce domaine naissant que nous avons vu qu’une entreprise parfaitement inefficace peut quand même faire des bénéfices si elle est en mesure d’imposer ses propres conditions à son personnel, à ses fournisseurs, à ses distributeurs et à ses clients. Et la chose vaut pour tous les Systèmes, qu’ils soient politiques, économiques ou tout simplement maffieux. Prendre est venu avant produire.
Dans cet environnement toujours mouvant de l’après-Transition, je mets en garde les Mauritaniens contre des personnalités médiatiques « brillantes » et entraînées à la manipulation. Zeine Ould Zeidane l’a appris à ses dépends. Il aurait dû comprendre, pour son intérêt propre d’abord, que pour être un bon PM, il n’a pas besoin de la sorte de célébrité, autrefois réservée aux stars du rock et aux familles royales, que ceux qui ont été entraînés à se procurer le savoir (au besoin par des moyens illégaux) cherchent à lui forger.
La mutation stylistique des dissidents du parti ADIL, dont une bonne partie de l’ancien entourage de Zeine, ancien entourage de Ould Taya, - et bien oui ! - ne fait que réfleter les besoins nouveaux de cette bande où l’on rencontre tous les acabits de la pègre politique qui a perdu l’ancien régime, qui veut, certes, préserver ses anciens acquis mais aussi assurer sa part du gâteau post-transitoire, en voulant transformer le quiquennat de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi en laboratoire d’essai pour les échéances de 2012. Machiavéliquement bien pensé, n’est-ce pas ?
Sneiba Mohamed
Les Nouvelles Nouvelles n°11 du 29 juin 2008
