06-08-2026 14:19 - Le brasier de l’inflation. Par maître Taleb Khyar ould Mohamed Mouloud*
Au moment où la Banque Centrale resserre sa politique monétaire pour contenir la consommation, ce qui révèle bel et bien une inflation significative, où l’agence nationale des statistiques et de l’analyse démographique nous apprend que certains produits locaux tirent l’inflation vers le haut, il est temps de convoquer des états généraux portant sur ce système dont les effets sur l’économie sont identiques à ceux que le brasier opère sur une forêt dense par un temps défavorable.
L’inflation brûle tout sur son passage ; l’emploi, les ressources, la santé, l’éducation, altère la fonction de répartition qui devient un instrument de captation des richesses nationales, détruit le tissu social, précipite et accélère le délabrement des institutions.
L’inflation mine la société, déshumanise par la mise en exergue de l’instinct de survie, redistribue de manière arbitraire la richesse, altère la monnaie officielle qui perd son rôle d’intermédiaire d’échanges, au profit de monnaies étrangères, et peut même ramener une économie à l’âge du troc, perçu comme un moyen plus stable d’échanges.
L’inflation est décrite par l’économiste britannique renommé John Maynard Keynes comme un “système” qui œuvre à “appauvrir le plus grand nombre” au profit d’une minorité d’individus qui en tirent une richesse “non seulement nuisible à la sécurité publique, mais sapant également la confiance jadis établie dans l’équité de la répartition des richesses… ”, et de faire observer que “l’inflation est un système où les moyens de s’enrichir deviennent semblables à un jeu de hasard, ou à une loterie.(Les conséquences économiques de la paix, p. 119).
L’inflation se manifeste dans la hausse des coûts alimentaires, celles dépenses de transport, des budgets de l’éducation, des soins de santé…….. etc.
Elle constitue un problème structurel qui appelle une confrontation directe, par le biais d’outils législatifs et économiques efficaces, afin de combattre ce déséquilibre qui épuise le pouvoir d’achat et révèle par son aggravation du chômage, un gaspillage des ressources et des insuffisances dans la manière dont la main-d’œuvre est mobilisée au sein de l’économie.
Arthur Okun, éminent économiste américain, qui fut conseiller du président des Etats-Unis John F. Kennedy, a mis en évidence, selon la loi qui porte son nom, dite « Loi Okun », que les accroissements du taux de chômage induisent une baisse du PIB, dans des proportions alarmantes, chaque hausse du taux de chômage de 1% entraînant un ralentissement de la croissance du PIB de 2%.
Rapportant le témoignage d’un employé bolivien lors de l’hyperinflation ayant frappé son pays dans les années 80, le Wall Street Journal dans sa parution du 13 août 1985, lui accordait les déclarations suivantes : « Nous sommes devenus myopes : nous ne pensons qu’à aujourd’hui et à convertir chaque peso en dollars » et toujours dans le même ordre d’idées, un autre déclarait « Nous ne produisons plus rien, nous sommes tous devenus des spéculateurs monétaires »…..
« Les gens ne savent plus ce qui est bien et ce qui est mal, nous sommes devenues une société amorale… », et le journal de relever que « …dans le souci de survivre, aucun fonctionnaire ne délivre plus de formulaires sans prébendes…………….Les travailleurs vont de grève en grève et détournent l’argent de leur entreprise. Les responsables de celles-ci écoulent en fraude, à l’étranger, une partie de leur production, ou font des emprunts factices……..n’importe quoi pour obtenir des dollars à des fins spéculatives……dans les mines d’Etat, les mineurs se font payer leurs salaires en sortant frauduleusement les minerais les plus riches de la mine pour les livrer à un réseau de contrebande qui les achemine………….C’est ainsi que la Bolivie qui ne dispose d’aucune mine notoire d’étain est devenu un exportateur d’étain à hauteur de 400 tonnes par an ».
La lutte contre l’inflation est le seul combat qui vaille, et plus que de saupoudrages budgétaires et/ou monétaires, c’est d’une mobilisation nationale dont on a besoin pour endiguer ce système qui, selon Keynes, produit un appauvrissement généralisé.
« Sous un bon gouvernement, la pauvreté est une honte ; sous un mauvais gouvernement, la richesse est aussi une honte ». Confucius 551-479 av J.C. livre des sentences.
*Avocat à la Cour.
*Ancien membre du Conseil de l’Ordre.
