04-09-2026 16:17 - Mauritanie : après 17 ans de détention, le frère d’Amara Camara demande son extradition vers la Guinée
Mediaguinee -- Condamné à mort en Mauritanie dans une affaire de « complicité de meurtre », Amara Camara, détenu depuis 2008, continue de clamer son innocence. Son frère, Lamine Camara, multiplie les démarches pour obtenir son extradition vers la Guinée et vient d’interpeller directement le président de la République, Mamadi Doumbouya.
À Conakry, l’affaire Amara Camara connaît une nouvelle évolution. Après 17 années passées dans les prisons mauritaniennes, sa famille veut désormais accélérer les démarches visant à obtenir son extradition vers la Guinée.
Dans une lettre adressée au président de la République, en date du 3 septembre 2026, Lamine Camara, frère du détenu, demande au chef de l’État de s’impliquer personnellement dans ce dossier qu’il considère à la fois comme une question de justice et de dignité humaine.
« Je me permets de vous écrire pour vous soumettre un cas qui touche à la fois à la justice et à la compassion, celui de mon frère Amara Camara, un compatriote qui croupit depuis 17 ans dans les geôles mauritaniennes », écrit-il.
Né en 1984 , Amara Camara se trouvait à Nouakchott lorsqu’il aurait fait la connaissance d’un autre ressortissant guinéen, présenté comme Oumar. Quelques heures plus tard, ce dernier aurait pris la fuite, alors qu’il était soupçonné d’être impliqué dans une affaire de meurtre.
C’est dans ce contexte qu’Amara Camara a été arrêté puis poursuivi par la justice mauritanienne. Il a été condamné à mort le 10 juillet 2008 pour «complicité de meurtre dans une affaire impliquant une ressortissante française d’origine ivoirienne.»
Lamine Camara revient sur la situation de son frère et insiste sur le fait qu’il n’a jamais reconnu les faits qui lui sont reprochés.
«Il clame son innocence. Il purge une lourde peine pour un meurtre qu’il n’aurait pas commis. Son seul tort semble être d’avoir hébergé le véritable auteur présumé, un compatriote qui a pris la fuite », affirme-t-il.
Mais pour Lamine Camara, la responsabilité de son frère demeure contestée.«Il est dans une situation de détresse absolue. Seul, sans famille en Mauritanie, il est emprisonné depuis 2008 pour un crime dont il se dit innocent. La famille, désespérée, ne demande qu’à le revoir en Guinée », témoigne-t-il.
Pour la famille Camara, l’objectif est désormais de permettre à Amara de retrouver son pays. Une première démarche avait déjà été engagée par la Fondation Sahel auprès du consul de Guinée en Mauritanie afin de solliciter son retour en Guinée.
«Votre gouvernement négocie d’ailleurs activement son transfert pour qu’il puisse purger sa peine en Guinée », rappelle-t-il dans sa lettre au président de la République.
Mais il estime que le cas de son frère mérite une attention particulière:«Mais voilà , la situation de mon frère Amara Camara est bien plus grave et bien plus complexe», insiste-t-il.
Lamine Camara ne dit pas vouloir s’immiscer dans les affaires judiciaires de la Mauritanie. Il demande plutôt à la Guinée de renforcer les démarches diplomatiques afin de trouver une solution à la situation de son frère.
«Je ne me permets pas de remettre en cause la justice mauritanienne. Mais je vous implore, au nom de la dignité humaine et de la compassion, d’user de votre autorité morale et de vos prérogatives pour lui offrir une porte de sortie », plaide-t-il.
Selon Lamine Camara, les démarches entre les deux pays existent déjà . Il demande cependant qu’elles soient accélérées et renforcées:
«Cette demande n’est pas une ingérence. Les démarches diplomatiques sont en cours. Il s’agit désormais de les amplifier, de les accélérer, de les mener avec toute la force de votre conviction, pour que la voix de ce Guinéen, qui crie son innocence depuis une cellule mauritanienne, soit enfin entendue », écrit-il.
Le frère du détenu estime que le temps joue désormais un rôle important dans ce dossier, après 17 années passées derrière les barreaux.« Monsieur le Président, la République ne doit rien à celui qui a commis un crime. Mais elle doit tout à celui qui, peut-être innocent, attend depuis si longtemps la justice », affirme Lamine Camara.
« Le rapatrier en Guinée serait un geste fort »
Lamine Camara estime que cette démarche pourrait également traduire l’engagement de l’État guinéen envers ses ressortissants détenus à l’étranger:
«Le rapatrier en Guinée serait un geste fort. Un acte de foi en la justice qui s’applique à tous les hommes, même les plus oubliés », soutient-il.
Il rappelle également les précédentes mesures de grâce accordées en Guinée et demande au président Mamadi Doumbouya de considérer la dimension humanitaire du dossier.«Excellence Monsieur le Président, notre pays a une tradition de clémence que vous avez vous-même incarnée. Vous avez gracié, vos prédécesseurs l’ont fait, pour des raisons humanitaires ou politiques », souligne-t-il.
Dans son plaidoyer, Lamine Camara va jusqu’à demander au chef de l’État de faire de cette affaire une priorité.«Faites de ce dossier, Excellence, une affaire personnelle. Que cette main tendue que vous avez promise à tous les fils de Guinée aille chercher Amara Camara dans l’ombre de sa prison », demande-t-il.
Et d’ajouter : « C’est un geste pour sa vie, mais aussi pour l’âme de notre nation. »
Après 17 années de détention, la famille Camara entend donc maintenir la pression et poursuivre les démarches pour obtenir le retour d’Amara Camara en Guinée:«Je vous prie d’agréer, Excellence, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération et de mon profond respect », conclut-il dans sa correspondance.
En Mauritanie cette demande est soutenue par la Fondation Sahel, qui avait appelé les autorités guinéennes à engager les démarches nécessaires auprès de la Mauritanie pour permettre à Amara Camara de regagner la Guinée, au nom de considérations humanitaires.
Mayi Cissé
