08-11-2026 16:33 - Le général Hanene Ould Sidi Ould Hanené : le "septennat" martial / Ely Sidahmed Krombele
Officier éduqué, à la limite des humanités et des valeurs disciplinaires observées chez le dalaï lama du Tibet. Agressif ? non...impérieux ? ..non plus. Hanené Ould Sidi a plutôt le caractère d'un guerrier frugal, mesuré, mais qui semble trempé depuis l'enfance dans l'eau de bain d'un marabout de l'Ouest mauritanien.
Et voilà l'exception à l'origine de la contradiction géographique qui confirme la règle du caractère hybride ou interchangeable d'un homme de l'Est labourant et piochant inconsciemment dans le terroir de l'Iguidi.
Général d'Armée très calme, sobre même, sec comme un arbuste à épineux, mais cette impression cache une caractéristique trompeuse car l'homme a aussi un allant tacite vindicatif, puisque sa vengeance, même tardive se manifestera comme un "plat qui se mange froid".
Elle viendra sans tambour ni trompette, parfois avec un sourire narquois s'il le faut. Silence... La vie est comme un miroir que l'on promène autour de la société disait l'écrivain du 19ème siècle Stendhal. Être Rastignac ou Vautrin, subir ou faire subir, il faut choisir....selon Honoré de Balzac dans sa "Comédie Humaine".
J'ai connu le sous-lieutenant Hanené Ould Sidi alors qu'il est instructeur en 1982 à l'EMIA d'Atar, l'année où je suis venu passer mon activation avec mes collègues de promotion dont 3 sont de nos jours des généraux à la retraite, Dieu merci. On le disait compétent, affable, de bonne moralité et se contentant de peu. Du peu qu'il recevait de l'administration militaire bien entendu.
Hanené n'est pas l'adepte des revendications intempestives, ni des réactions d'autorité. Simple de par son éducation, façonné par un milieu géographiquement loin des mers chaudes, moulu dans un environnement difficile, voire hostile, socialement rustique et austère comme d'ailleurs partout en Mauritanie beidane. Ce fils de "grande tente" qui a choisi le métier des Armes, a finalement occupé des postes importants dans l'Armée et clôturé avec le prestigieux ministère de la Défense nationale sept longues années durant.
Mais auparavant, il fût instructeur, Chef de bataillon, commandant de Centre d'instruction à Akjoujt, commandant de Région militaire à Nouakchott et Atar, Directeur du Renseignement Extérieur (BED), Inspecteur des Forces Armées, Chef d'état-major adjoint ou Cemgaa. Et depuis sa retraite, il est muté au G5 Sahel, pour qu'en fin Ghazwani lui offre sur un plateau d'argent le poste de ministre de la Défense de 2019 à 2026. Quel cursus envieux!!!
Ah oui, Ghazwani n'oublie jamais ses collègues de promotion, sortis avec lui en 1981 de l'académie royale de Meknès tels les généraux Dah Elmamy, Mohamed Znagui Ould Sidahmed Ely et consort ...Si Ghazwani n'était pas là, Hanené Ould Sidi n'aurait aucune chance du temps de Mohamed Ould Abdel Aziz, qui le détestait vraiment, à telle enseigne qu'il l'a muté au "cimetière des invalides", c'est à dire à l'Inspection des Forces Armées.
Selon feu le cdt Chérif Ahmed Ould Krombelé, à l'inspection des forces armées, dès que Hanené ouvre la fenêtre de son bureau pour aérer, il ne voyait que le cimetière du Ksar. Le spectacle quotidien était désolant, soit une prière sur un défunt avant son enterrement ou un enterrement après une prière mortuaire. Et c'est Ghazwani qui a fait sortir Hanené de ce spectacle du corbillard métaphorique pour le proposer comme adjoint, lorsque l'actuel président était Cemga.
Au plan politique on peut certes déceler quelques erreurs de casting chez Ghazwani, surtout dans le choix des hommes mais en tant qu'être humain, il coche toutes les bonnes cases et des plus meilleures. Mon expérience d'un quart de siècle dans l'Armée, Machallah, m'a permis d'observer certains officiers ne jubiler que quand ils voient quelques uns de leurs collègues en difficulté. Tout le contraire de Ghazwani qui a toujours tendu la perche à ses frères d'armes...Ghazwani oublie rarement ceux avec qui il a fait un chemin et je défie quiconque de me démentir.
A/ Hanené Ould Sidi : d'officier intègre à homme politique :
Je me souviens les années "80" et "90", quand on faisait l'inventaire des officiers intègres ou compétents, le nom de l'ancien ministre de la Défense nationale figurait en haut de liste, juste après certains officiers pionniers. Certes un ministre fait de la politique et doit aller dans le sens du parti majoritaire qui détient le pouvoir.
Un ministre de la république est là pour tous les citoyens mauritaniens. Quand il est dans son fief à Bassiknou, il doit penser à raffermir tout ce qui va dans le sens de la politique du président de la république, Mohamed Ould Cheikh Ghazwani. Sauver les intérêts du président d'abord avant de penser à son propre avenir ou à celui de ses cousins.
B/ Ne jamais vendre la peau de l'ours avant...:
Le premier mandat du président Ghazwani de 2019 à 2024 a permis au général Hanene Ould Sidi Ould Hanené de se tailler une audience surtout auprès de la hiérarchie militaire. On le disait très proche du président, chef suprême des Forces Armées et de Sécurité.
Donc Hanené avait la voix au chapitre, surtout en ce qui concerne les chefs de corps militaire ou gendarme, ces derniers voyant en lui l'alter ego du président de la république. Ses déplacements à Bassiknou ressemblaient à des foires carnavalesques et ses prises de paroles avaient des allures de meetings de pre- campagne présidentielle.
C'est à partir du début du 2ème mandat 2024- 2029 que le président Mohamed Ould Cheikh Ghazwani a sonné la fin de la récréation. Car on avait l'impression que Hanené roulait en solo rien que pour lui-même, en pensant sans doute à 2029 où il se voyait déjà le dauphin constitutionnel de Ghazwani. L'ambition est légitime chez un homme, mais la fidélité l'est à l'égard de celui qui t'a créé à partir de rien.
Hanené a été trompé par ses parents qui ont voulu lui forcer un destin de chef d'Etat. Beaucoup de ses cousins ont profité de sa posture pour s'adonner tantôt à des pratiques dolosives comme par exemple le trafic des armes, tantôt au trafic d'influence etc...
Un petit détail au niveau de la Gendarmerie illustre bien cette assertion. En effet Jeloud est un petit vendeur de voitures d'occasion dans une des nombreuses bourses de Nouakchott. Il s'avère être aussi un indic au service d'un officier de Gendarmerie, avec qui il partage des secrets.
Ce Jeloud m'a confirmé le mois d'août passé par téléphone qu'à chaque fois que cet officier est en manque d'argent, il mobilise son équipe, part à la recherche de personnes soupçonnées de délinquance, pour leur soutirer de l'argent. Ceci est grave, car c'est un abus d'autorité, voire même une pratique mafieuse.
Cet officier agissant ainsi doit se sentir probablement couvert, étant le parent du MDN..Ce sont ces genres de petits détails qui, accumulés portent atteinte à la crédibilité de la gouvernance et aux orientations du président Mohamed ould Cheikh Ghazwani et par ricochet à l'ancien ministre de la Défense nationale, Hanené Ould Sidi qui se voit cristalliser le mécontentement de dociles citoyens sans défense. Ce n'est pas juste.
Le général Hanene Ould Sidi a été remplacé par un civil monsieur Ba Ousmane, un homme politique, fidèle, qui ne fera sans doute pas ombrage au chef de l'Etat. Quand on est ministre, on exerce une fonction politique au sein d'un gouvernement.
Le gouvernement est une équipe soudée dirigée par un Premier Ministre dont le seul but est de mettre à exécution le programme pour lequel le peuple a élu le président. Ni plus, ni moins. Aussi il ne faut jamais vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Avoir des prétentions en 2029 pour un ministre en exercice depuis l'entame du second mandat, est suicidaire.
En 2029, si une révolution radicale à la bolchevique n'est pas à l'ordre du jour, s'il faut juste remplacer un tchapato par un autre tchapato, cette fois à deux inconnues, personnellement je préfère conserver celui que je connais déjà, en le poussant à améliorer sa politique davantage.
Ce que le gouvernement 2 de Moktar ould Eday commence à faire, en bougeant les lignes sous la direction et l'orientation du président Mohamed ould Cheikh Ghazwani. Qui disait que la politique c'est l'art du tout possible ?./.
ELY SIDAHMED KROMBELE
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