13-05-2026 18:47 - Accusations d'ingérence au Mali : Paris renvoie la responsabilité de la crise sécuritaire à la Russie

Accusations d'ingérence au Mali : Paris renvoie la responsabilité de la crise sécuritaire à la Russie

AGENCE ANADOLU - Le Quai d’Orsay a rejeté des « allégations sans fondement » après une chronique de RTL évoquant une implication indirecte française dans le nord du Mali via des relais ukrainiens.

La Diplomatie française a rejeté, ce mercredi, les affirmations rapportées par le journaliste Georges Malbrunot sur RTL concernant une supposée implication indirecte de la France dans les combats en cours au Mali, tout en attribuant la dégradation sécuritaire dans le pays à la Russie.

« Nous ne souhaitons pas commenter ces allégations sans fondement », a indiqué une source au Quai d’Orsay à Anadolu.

Dans la même réponse, la source diplomatique a directement mis en cause Moscou dans l’aggravation de la crise sécuritaire malienne.

« Comme l’a déclaré le Ministre [Jean-Noël Barrot], la situation au Mali est le résultat d’un échec patent de la Russie. Comme dans d’autres pays, la Russie conduit au Mali une politique prédatrice qui ne vise qu’à servir ses intérêts, au détriment des populations locales et de la souveraineté des Etats », a affirmé la même source.

Le Quai d’Orsay estime également que « son action n’est pas de nature à résoudre la crise sécuritaire au Sahel ».

La diplomatie française a aussi défendu le bilan de l’engagement militaire français dans la région.

« La France a joué tout son rôle pour faire reculer le terrorisme au Sahel, au côté des armées de la région et à la demande des autorités locales. Mais c’est aux autorités locales de décider des alliances qu’elles souhaitent pour leur pays », a ajouté la source diplomatique, alors que Bamako accuse régulièrement Paris d'ingérence au Mali.

Ces déclarations interviennent après une chronique diffusée sur RTL dans laquelle Georges Malbrunot affirmait que, malgré le retrait officiel des forces françaises du Mali en 2022, des acteurs agissant « dans l’orbite de la France » continuaient d’opérer dans le nord du pays.

Le journaliste expliquait que des unités du renseignement militaire ukrainien (GUR) seraient actuellement engagées « en coordination avec les rebelles touaregs » contre les forces maliennes et leurs alliés russes d’« Africa Corps », structure ayant succédé au groupe Wagner.

Citant une « source sécuritaire française », Georges Malbrunot affirmait également que « quelques dizaines d’ex-légionnaires ukrainiens, des francophones », participeraient à ces opérations. Selon lui, « la France joue sur le vivier des nombreux militaires ukrainiens passés par notre Légion étrangère ».

Le journaliste soutenait que cette coopération reposait sur un « partage d’intérêts » : les rebelles touaregs chercheraient à affaiblir les pouvoir malien, tandis que les Ukrainiens et « nous autres Français », selon ses termes, voudraient « faire mordre la poussière aux supplétifs russes de la junte, les ex de la milice Wagner, renommés l'Africa Corps, qui ont tout fait pour nous faire partir d'Afrique ».

Georges Malbrunot affirmait également que les services ukrainiens avaient proposé dès l’année précédente aux autorités françaises un plan destiné à « déloger les juntes de la région du Sahel et faire reculer leur ennemi russe », mais que Paris n’y avait pas donné suite à l’époque « pour des raisons sécuritaires ».

Selon le journaliste, « cette fois, le verrou semble levé ». Il ajoutait que la France limiterait son aide à « du soutien technique en matière de transmission ».

Le journaliste reconnaissait néanmoins que cette stratégie s’inscrivait dans une configuration où les rebelles touaregs coopèrent ponctuellement avec des groupes terroristes affiliés à Al-Qaïda. « Cela s’appelle hiérarchiser ses ennemis », déclarait-il sur RTL, en estimant que l’objectif prioritaire consistait à affaiblir l’influence russe au Sahel.

Le contexte sécuritaire malien connaît une forte dégradation depuis plusieurs mois. Le pays est confronté à une intensification des attaques menées par le JNIM et d’autres organisations terroristes, tandis que les mouvements touaregs du nord ont repris les hostilités contre Bamako après l’effondrement de l’accord de paix d’Alger signé en 2015.

Plusieurs offensives coordonnées ont récemment visé des positions de l’armée malienne dans le nord du pays. Les autorités de Bamako accusent régulièrement les groupes indépendantistes touaregs de coopérer avec des organisations terroristes contre les forces gouvernementales.

Dirigé par le général Assimi Goïta depuis les coups d’État de 2020 et 2021, le Mali a progressivement rompu sa coopération militaire avec la France avant de se rapprocher de Moscou et des forces russes déployées dans le pays.

Les tensions entre Paris et Bamako se sont fortement aggravées après les critiques françaises visant la transition militaire malienne et des accusations de rapprochement du pouvoir avec le groupe Wagner. En janvier 2022, les autorités maliennes ont expulsé l’ambassadeur français Joël Meyer après des déclarations jugées « hostiles » de responsables français.

Quelques semaines plus tard, la France et ses partenaires européens ont annoncé le retrait coordonné de la force Barkhane et de la task force Takuba du territoire malien, mettant fin à près d’une décennie de présence militaire française dans le pays.

Le dernier contingent français a quitté la base de Gao en août 2022 à la demande des nouvelles autorités maliennes. Depuis, Bamako accuse régulièrement Paris d’ingérence et de soutenir indirectement des groupes armés hostiles au pouvoir malien, accusations rejetées par les autorités françaises.

AA / Paris / Ümit Dönmez





Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité


Commentaires : 0
Lus : 210

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (0)