13-05-2026 18:48 - Mauritanie : après les accusations contre Addax, le temps de la remise au point

Mauritanie : après les accusations contre Addax, le temps de la remise au point

FINANCIAL AFRIK - En Mauritanie, les mises en cause visant le groupe Addax se sont multipliées ces dernières semaines, alimentées notamment par un enregistrement audio faux largement relayé dans les boucles WhatsApp.

Le procédé est connu : un ton assuré, des accusations graves, une apparente maîtrise du sujet, et au final un récit qui se répend vite dans l’espace public. Mais lorsque l’on reprend les faits, document par document, la mécanique accusatoire apparaît beaucoup moins solide qu’elle n’en a l’air.

Le premier point de crispation concerne un épisode de carburant livré par Addax à la Mauritanie et présenté comme « non conforme ». C’est l’argument le plus frappant, parce qu’il laisse entendre une faute directe du fournisseur.

Pourtant, dans ce type de marché, les spécifications du produit, ne sont pas fixées par l’entreprise qui livre, mais par l’acheteur, c’est-à-dire l’État. Le fournisseur répond à un cahier des charges défini en amont.

Sur ce dossier précis, les éléments examinés montrent que le produit avait été contrôlé à plusieurs étapes, au chargement comme au déchargement, et qu’il correspondait bien aux spécifications alors en vigueur. Le carburant livré était conforme au contrat, mais un paramètre technique, qui ne figurait pas à l’époque dans les spécifications mauritaniennes, s’est révélé inadapté à certaines machines.

Ce n’est pas la même chose qu’une tromperie sur la marchandise. La nuance est fondamentale : elle ne disculpe pas seulement sur le plan juridique, elle change aussi la lecture du dossier sur le fond. On n’est pas face à un fournisseur qui aurait sciemment livré un produit défectueux, mais face à une difficulté technique révélée par l’usage, puis corrigée.

Le comportement adopté ensuite par Addax mérite d’ailleurs d’être relevé. L’entreprise a repris et remplacé le produit concerné, en absorbant un coût très important, estimé à 25 millions de dollars. Là encore, ce fait pèse dans l’analyse. Une entreprise qui chercherait à frauder ou à se défausser n’assumerait pas un tel effort de remplacement. Surtout, à la suite de cet incident, les spécifications ont été ajustées afin d’intégrer le paramètre manquant. Depuis, le même problème ne s’est plus posé.

Deuxième accusation : l’idée d’un monopole d’Addax sur le marché mauritanien. Là aussi, la formule est plus politique que rigoureuse. Le système en place repose depuis 2002 sur un mécanisme de regroupement des achats. Concrètement, l’État définit une période d’approvisionnement, lance un appel d’offres international, puis retient l’opérateur qui présente les meilleures garanties techniques et financières.

Ce n’est donc pas un marché attribué de manière automatique, ni un espace fermé à la concurrence. Dire qu’Addax aurait « verrouillé » le marché revient à ignorer le fonctionnement même de ce dispositif. D’autres fournisseurs ont été retenus avant elle. Si Addax remporte ces marchés depuis son implantation, c’est aussi parce qu’elle dispose d’atouts logistiques réels.

Son investissement dans un dépôt stratégique à Las Palmas, mis en service à partir de 2014-2015, lui a donné un avantage concret en matière de stockage, de réactivité et de coût, non seulement pour la Mauritanie, mais aussi pour plusieurs pays de la sous-région.

Le sujet des prix, enfin, est souvent traité de manière trop simplifiée. Le prix du carburant importé est d’abord indexé sur les cours internationaux. Le fournisseur n’en maîtrise pas la tendance. À cela s’ajoute une prime contractuelle couvrant des charges bien identifiées : achat, transport, financement, stockage, pertes techniques. En période de hausse des cours mondiaux, attribuer automatiquement la flambée au fournisseur revient à confondre le thermomètre et la température.

Au fond, ce que révèle cette séquence, c’est la facilité avec laquelle un récit viral peut prospérer sur des approximations techniques, des raccourcis et parfois des arrière-pensées concurrentielles. Rétablir les faits ne revient pas à sanctuariser une entreprise ni à nier le droit à la critique.

Cela consiste simplement à remettre un peu de rigueur dans un débat stratégique pour le pays. En matière d’approvisionnement énergétique, l’intérêt public commande mieux que des audios viraux : il exige des faits.

Par Jean Baptiste Noé, expert géopolitique





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