05-10-2026 10:35 - Vivement une gestion concertée des politiques agricoles avec les populations autochtones/ Par Maître Taleb Khyar ould Mohamed Mouloud*

Vivement une gestion concertée des politiques agricoles avec les populations autochtones/ Par Maître Taleb Khyar ould Mohamed Mouloud*

Les populations et collectivités locales doivent être associées à la gestion de leur territoire, conformément au principe 22 de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement qui énonce en termes clairs que : « les populations et communautés autochtones et les autres collectivités locales ont un rôle vital à jouer dans la gestion de l'environnement et le développement, du fait de leurs connaissances du milieu et de leurs pratiques traditionnelles. Les Etats devraient reconnaître leur identité, leur culture et leurs intérêts, leur accorder tout l'appui nécessaire et leur permettre de participer efficacement à la réalisation d'un développement durable ».

Il faut rendre à l’agriculture sa fonction sociale et environnementale, au mieux des intérêts de la préservation de l’écosystème et du bien-être des populations locales.

A cet effet, les politiques agricoles reposant exclusivement et aveuglément sur des mécanismes de marché, ne sont jamais compatibles avec les intérêts écologiques des autochtones, qui doivent primer sur ceux de nouveaux rentiers et spéculateurs de tous bords.

La fonction purement mercantile que l’on veut donner à la politique agricole, si tant est que cet objectif puisse être atteint par la dépossession et l’appauvrissement des populations locales, ne permettra jamais un développement durable.

Privilégions une gestion concertée des espaces naturels impliquant les populations autochtones, et ne nous laissons plus séduire par les slogans publicitaires de certains spéculateurs pour déposséder les gens du terroir, moyennant des royalties qui ne permettent même pas de garantir aux victimes écologiques de leurs abus, les soins de santé primaires.

C’est là tout le sens de la solidarité écologique énoncée sous forme de principe général du droit de l’environnement, recommandant la prise en compte des interactions des écosystèmes des êtres vivants et des milieux naturels ou aménagés, dans toute décision publique ayant une incidence notable sur les territoires concernés.

D’ailleurs, ceux qui disposent de moyens financiers ne sont pas toujours, pour ne pas dire, ne sont jamais, les occupants de la terre qui y vivent depuis plusieurs générations, seuls ces derniers ayant vocation à en être propriétaires par la voie de la prescription acquisitive, même si leur mode d’exploitation peut paraître rudimentaire, et parfois même, inaccessible à la perception qu’ont les économistes de la notion de mise en valeur.

Un autochtone qui pratique une culture vivrière est à l’abri des chocs monétaires, puisqu’il exerce une activité séculaire dont le caractère répétitif lui a toujours permis au fil des siècles, et depuis la nuit des temps, de subvenir à ses besoins, de conserver le surplus dans des greniers affectés à cet effet, et d’en écouler de temps à autre, sous forme de monnaie- marchandise, une portion pour se procurer les biens de consommation qui lui font défaut.

Il va de soi que cet agriculteur qui exerce son activité sur un espace déterminé depuis des générations, devrait être propriétaire de cet espace par la voie légale de la prescription acquisitive, comme relevé tantôt, sans qu’on ne puisse lui opposer la difficulté, voire l’impossibilité d’accéder à des capitaux afin de passer d’une exploitation vivrière à une autre de nature industrielle, pour avoir le droit de se maintenir sur les lieux ou, à défaut, en déguerpir au bénéfice d’un nouvel arrivant armé jusqu’aux dents des biens de la collectivité publique dont il dispose grâce à son accès illimité aux fonds du crédit agricole, ou ce qu’il en reste, et qu’il ne remboursera jamais.

Le même raisonnement est valable pour le pêcheur de la vallée dont l’activité n’est que le prolongement de son existence sur des espaces contiguës à ses parcours de pêche côtière ; demander à un tel autochtone de s’endetter afin de créer sur terre des pêcheries, pour justifier de la sorte son droit d’accès à la propriété au sol, revient à l’exproprier de facto.

Il faut laisser la terre à ceux qui, traditionnellement en sont les occupants, et les faire bénéficier prioritairement et de manière exclusive de toutes les facilités que l’Etat est susceptible de mettre à la disposition de sa politique agricole, y compris l’assistance technique et l’accès au crédit, pour leur permettre de se maintenir sur les lieux, en fonction de leur mode de vie traditionnel, où la gestion partagée des espaces de vie, en harmonie avec l’environnement, devrait prévaloir sur le mode d’exploitation individuel.

Certes, on ne peut exclure l’évolution du mode de production de ces communautés vers une marchandisation, mais qu’on leur laisse le temps et qu’on leur donne les moyens d’y accéder selon leur rythme, en toute normalité, loin de toutes contraintes déstabilisatrices, ou de toutes expropriations arbitraires.

Chaque fois que la fonction sociale et environnementale sera dissociée de la politique agricole, toutes ces populations qui en dépendent se verront confrontées à de profonds déchirements économiques et sociaux.

*Avocat à la Cour.

*Ancien membre du Conseil de l’Ordre.





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