11-04-2018 11:11 - L'Editorial du Calame : Sur quelle illusion, encore ?

L'Editorial du Calame : Sur quelle illusion, encore ?

Le Calame - Voilà deux semaines que l’UPR, le parti/État (PRDS, nouvelle version) a commencé sa campagne d’implantation sur toute l’étendue du territoire national. Une véritable course-poursuite pour tenir un maximum d’inscrits sous sa « coupe ».

La guerre des tendances fait rage à tous les coins de rue. Surtout à l’intérieur où l’on ne se fait aucun cadeau. C’est celui qui obtiendra le plus d’unités de base qui pourra influer, plus tard, sur le choix des structures locales et régionales du parti. Et prétendre ainsi à tenir cour, lorsqu’on viendra aux « choses sérieuses ».

Tout le monde est sollicité : famille, parents (proches ou lointains), amis, connaissances… La carte d’identité est devenue, du jour au lendemain, l’objet le plus convoité de la République. Obtenir le maximum d’adhésions, au plus vite, sans aucune explication, même si les adhérents ne connaissent le parti ni d’Adam ni d’Êve. Tout y passe : achats, ventes, promesses.

Des cartes ont même été échangées contre des sacs de blé. En cette période de vaches maigres et devant la démission de l’État, un petit plus est toujours le bienvenu dans la gamelle.

Mais à quoi cela rime-t-il ? À quoi sert-il de se targuer de centaines de milliers d’adhérents fictifs qu’on ne peut transformer en électeurs ? Dans les vieilles démocraties, un parti fort de quelques dizaines de milliers de militants convaincus, peut être considéré comme « grand ».

Il ne cherche ni à faire remplissage ni à se donner bonne conscience. Même au pouvoir, il reste l’égal des autres, n’embrigadant pas les ministres et les hauts fonctionnaires, n’obtenant aucune faveur de l’administration. Et ceux qui n’y militent pas ont les mêmes droits que les autres.

En Mauritanie, c’est tout le contraire. Le président de la République est allé lui-même prendre sa carte d’adhérent, montrant ainsi la voie à suivre, en violation flagrante de la Constitution.

Mais qui se soucie encore d’une Constitution si systématiquement piétinée, depuis 2008, par celui-là même censé en être le garant, que l’évoquer devient risible ?

Une fois cette campagne d’implantation achevée et l’UPR « fort » de près d’un million d’adhérents, à quoi s’attendre ? Normalement, à ce qu’il tente de transformer l’essai en victoire, lors des prochaines élections… mais il y a très loin de la coupe aux lèvres.

Si l’opposition participe – il y a de fortes chances qu’elle le fasse – et si une commission électorale consensuelle est mise en place, la compétition sera rude. Lourdement handicapé par une gestion catastrophique des affaires du pays, marquée, notamment, par la mainmise d’une ultra-minorité, sur ses ressources ; le surendettement, le zéro pointé pour les secteurs sociaux (éducation, santé) ; le népotisme, le favoritisme et une gabegie sans nom, le parti au pouvoir a toutes les chances de se faire laminer.

À moins que, comme en 2007 et 2009, les chefs de l’Armée, le gouvernement, les hauts fonctionnaires, l’administration territoriale ne se mettent au service d’un parti et d’un candidat.

Contre la volonté de tout un pays – plus exactement de toute une mosaïque d’ethnies, castes, fractions sociales variablement exaspérées par trop d’injustices cumulées – pays manifestement plus très chaud – c’est plus qu’un euphémisme : un oxymore – à se laisser rouler dans la farine.

Les goudrons d’Aziz sont défoncés, ses slogans pulvérisés : sur quelle illusion encore notre actuel Président compte-t-il, pour étayer un pouvoir pourri par ses « propres » faits ?

Ahmed Ould Cheikh



Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité


Commentaires : 2
Lus : 2412

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (2)

  • Aboulamine (H) 11/04/2018 16:18 X

    Monsieur

    Honnêtement, je vois que l’Editorialiste de Calame Ahmed CHEIKH et tous ceux qui pensent comme eux, ne voient pas au contraire que ce parti UPR, occupe le terrain politique et innove les approches pendant que les autres partis sont en récréation politique.

    Expliquant le les opérations d’adhésion pour l’implantation de l’UPR, vous dites « C’est celui qui obtiendra le plus d’unités de base qui pourra influer, plus tard, sur le choix des structures locales et régionales du parti. Et prétendre ainsi à tenir cour, lorsqu’on viendra aux « choses sérieuses », fin de citation. C’est bien de cela qu’il s’agit, mais seulement, vous avez omis de dire qu’il s’agit là d’une approche démocratique louable qui permet de redonner la parole à la base (unités de bases) auxquelles reviennent les pouvoirs de décision de désignation d’éventuels candidats aux postes électifs.

    Mohfaddel Abderrahim, auteur marocain disait : « Si on prend l'initiative de vouloir changer et si l'on ne change rien, rien ne peut être changé. » Il y a lieu de noter surtout que ce parti UPR qui a su bâtir, entre temps, une coordination technique rajeunie, est toujours à l’œuvre et en activités parallèles et n’a jamais été en court d’idées en termes d’innovations de techniques de sensibilisations pour occuper la scène politique !

    Cette approche originale que l’UPR, initiée, en dehors des forums de débats politiques sur les réseaux sociaux, consiste à identifier les grands électeurs au niveau national ; qu’il s’agisse de ressources humaines puisées de l’UPR, de l’opposition ou même de leadeurs de regroupements sociaux, traditionnellement non affiliés politiquement.

    L’essentiel est qu’il soit reconnu, pour ces personnes ou regroupements sociaux, une certaine popularité dans leur zone d’influence. Une fois ces catégories de personnes ou groupements identifiés, l’UPR les approche pour sceller un pacte politique où les deux parties sortiraient gagnantes.

    C’est alors, fort de ce pacte, que le grand électeur approché se met lui aussi en branle pour mobiliser les potentiels électeurs auprès-desquels il aurait une certaine influence. Ceux-ci, à leur tour, se mobilisent sur appel de cette personne d’influence qui compte à leurs yeux, avec une motivation et un engagement variable en degrés, selon le niveau d’influence et d’attachement à cette personne ou au regroupement social donné: d’où l’effervescence et l’affluence remarquées autour des centres ouverts pour l’adhésion au parti UPR et les nouvelles figures entrées en scène politique, remarquées ces deux semaines. On comprend donc que le Parti fait adhérer ces nouveaux militants par l’entremise de ces points focaux politiques.

    C’est autour de cette situation qu’Ahmed Cheikh essaie de bâtir son édito sur tond ironique et comique. Cependant, c’est de bonne guerre que chaque parti puisse faire usage de toutes les techniques et approches politiques légitimes possibles, à sa disposition, pour faire peser la tendance en sa faveur.

    Seulement, pour cela, il faut une certaine fécondité d’esprit politique, une capacité d’analyse perspicace du terrain, de la société et de son fonctionnement, une capacité d’anticipation et d’innovation politique, pour y arriver. John KESSEL, célèbre penseur disait : « Il y a deux situations dans le volley : ou vous avez l'initiative ou c'est l'équipe adverse qui l'a ».

    Ainsi, je crains que les partis d’opposition défendus par Ahmed et engagés dans le même jeu que l’UPR, ne se soient pas transformés en spectateurs qui se contentent de crier hors-jeu à un parti UPR qui joue franc, mais use d’ une novelle technique dépassant les autres qui n’arrivent plus à suivre, ni à en assimiler les rouages et prouesses.

    J’exhorterais seulement notre ami Editorialiste, pour des raisons de crédibilité et d’équité, et de conformisme de bien vouloir appeler les choses par leur nom. Ce sera plus simple et clair pour le lecteur de lire UPR que de voir « UPR parti/État (PRDS, nouvelle version)…etc ..» . UPR n’est pas PRDS comme RFD n’est pas UFD-EN, qui à son tour n’est pas UFD ou Front…

    On remarque la facilité rhétorique et tacite de l’argumentaire reviennent toujours vite dans les éditos trop passionnés d’Ahmed qui tire toujours à boulets rouges sur le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz ! Mais justement la survie, et l’originalité de votre journal, ce sera, non pas d’être contre tout, mais de proposer une alternative crédible en jouant pleinement son rôle de quatrième pouvoir et servir de contre-pouvoir face aux trois pouvoirs incarnant l'État.

  • hadhad (H) 11/04/2018 13:02 X

    Le même discours vieillot,des paroles fumeuses...Nous avons besoin de propositions concrètes...Les mauritaniens ont peur de cette Opposition blottie à l’Extérieur qui a des moyens de nuisance énorme et qui travaille dans le noir et ne font point confiance à cette Opposition à l'Intérieur dite radicale qui est devenue le nid de tous les extrémismes,religieux et autres ...